« Si quelqu’un veut marcher derrière moi… »

« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. » (Mt 16, 21-27)

Effrayant, non ?

Mais la lettre de saint Paul au Romains (12, 1-2) me donne courage. Il nous parle de la tendresse de Dieu qui accepte l’offrande de notre vie telle qu’elle est avec ses failles, en renouvelant notre façon de penser pour reconnaître la volonté de Dieu et vivre dans la paix.

Devant les difficultés qui émaillent les jours de notre vie, porter sa croix, c’est quoi ?

C’est vivre la passion de Jésus.

Mais Jésus n’a pas été seul à porter sa Croix. Simon de Cyrène était là. A-t-il proposé son aide ? Jésus l’a-t-il sollicité ?

Dans nos vies, il y a aussi des Simon de Cyrène. Ils nous aident par leur présence, leur tendresse, leur efficacité. Ce sont nos sœurs, nos amis, parfois même des inconnus. Sans eux, nous serions parfois écrasées, démunies. Ils nous proposent spontanément leur aide, ne serait-ce que par un sourire, un geste de la main. A d’autres moments, nous avons à mettre notre orgueil de côté et à solliciter cette aide qui très souvent nous est accordée. Si elle nous est refusée, nous avons à entrer dans un processus de pardon (l’autre a la liberté de dire non), qui nous aide « à renoncer à nous-mêmes » avec apaisement et un certain regard de tendresse sur notre vie.

Oui, alors, nous pourrons suivre le Christ et porter notre croix sans être accablés par celle-ci et pourquoi pas paisibles et joyeux.

Sœur Jeanne Marie Guergadic         Jeanne Marie Guergadic

Publicités

Un dialogue

Un dialogue. Entre Jésus et ses disciples.

D’abord pour connaître l’opinion des hommes.

Opinion, somme toute flatteuse, car … Jean Baptiste, Elie ou Jérémie, ce n’est pas si mal !

Les amis répondent assez vite … cela ne les met pas directement en cause …

« Pour vous qui suis-je ? »

C’est Pierre qui se jette à l’eau avec sa fougue habituelle,

Sans tourner sept fois sa langue dans sa bouche.

« Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »

Voilà, c’est dit et Jésus confirme.

Il confirme et donne les clés pour entrer chez lui, enfin chez son Père ce qui pareil :

Mon enfant tout ce qui est à moi est à toi …

Confier ses clés, c’est une manifestation de confiance.

De grande confiance : on peut aller et venir à son gré …

Et dans la maison du Père, il y a beaucoup de demeures,

Donc beaucoup de portes … normal qu’il faille des clés …

Dieu nous a donné ses clés, toutes ses clés.

Quelles portes avons-nous ouvertes à nos frères ?

La porte de la tendresse ? Celle de la justice ? De la miséricorde ? Du pardon ?   …

 

                            Sœur Françoise Chantal Lelimouzin o.p.
Sr Françoise Chantal

« Jésus se retire dans la région de Tyr et de Sidon » (Mt15, 21-28)

Le texte de l’évangile de ce dimanche commence sur un détail très important : «  Jésus se retire dans la région de Tyr et de Sidon », c’est-à-dire dans une région païenne. Est-ce un choix volontaire? Ou est-ce un hasard ? Non ! Ce n’est pas un hasard même s’il affirme n’être « envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.». L’initiative vient de Jésus : sauver non seulement la fille, mais aussi la mère. Il est le premier à entendre les cris de détresse et les agitations de la Cananéenne avant même qu’elle ne se présente à lui : « Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par un démon ». La femme supplie Jésus parce qu’elle sait que le « Fils de David » peut sauver sa fille. Pourtant, ses cris de détresse rencontrent le silence de Jésus. Alors les disciples interviennent, car leurs oreilles sont abasourdies par ses cris. Mais, hélas ! Peine perdue, la satisfaction n’est pas pour maintenant. Il leurs faudra un peu plus de patience.

A partir du verset 25, l’agitation de la femme s’estompe pour faire place au calme. Les paroles de Jésus suscitent chez la Cananéenne une prise de conscience et un changement d’attitude. Elle « vint se prosterner devant Jésus : Seigneur, dit-elle, viens à mon secours ». Jésus semble ne pas comprendre encore son besoin lorsqu’il lui répond : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens ». La réponse de Jésus peut nous paraître choquante. Mais Jésus lui permet de faire son chemin de conversion pour qu’une fois guérie elle ne retourne plus dans ses pratiques païennes qui la lient au démon. La femme comprend le langage de Jésus et elle lui répond: « C’est vrai, Seigneur ! …et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. ». Cette réponse de la femme montre une certainement proximité qu’elle a dû avoir avec la foi du peuple élu. Et c’est ce qui lui a permis de se nourrir des miettes c’est-à-dire de la vie et des enseignements du peuple d’Israël. En effet la grande foi de la femme dont parle jésus se traduit par sa confiance et son humilité. Et c’est ce qui lui a ouvert l’accès au Salut.

Puissions-nous demander, nous aussi, pour chacun de nous, la grâce de l’humilité et une grande foi.IMG_20140720_124502

Soeur Rosalie Silga o.p.

Affaire de conversations de femmes (Lc 1, 39-56)

25814408 2

Pour ouvrir son évangile, Luc parle des femmes et de leurs rencontres. L’ange et Marie tout d’abord, avec l’annonciation où elle va consentir à l’inouï de Dieu. Puis c’est encore elle qui part « en toute hâte » chez Élisabeth, sa cousine.

Marie n’est jamais seule : la décision qu’elle a prise d’accueillir le fils de l’homme en son sein ne la retranche pas du monde des humains. Bien au contraire. Son choix la plonge plus encore dans le quotidien des liens humains : elle devient épouse de Joseph, d’une façon qui seuls les regarde, elle se rend chez sa cousine pour la soutenir. Bref, Marie est entourée de rencontres. Elle est une femme habitée par l’Esprit : elle sait ce qu’elle a à faire. Marie n’est le jouet de personne, surtout pas d’un dieu qui se servirait d’elle comme d’un être passif. Non, c’est bien elle qui donne corps à la volonté du Père, qui donne corps, déjà, au visage du Christ, à la parole qui entre dans notre histoire.

Car telle est sa vocation, pour toute l’humanité : indiquer, par sa propre chair, le Dieu qui vient se faire corps, qui désire d’un grand désir entrer en notre temps, en ce monde, tel qu’il est, afin de lui offrir sa grâce, sa compassion, son amitié.

Marie et sa cousine annoncent aujourd’hui quel est le lieu authentique pour dire le Dieu fait homme, le Seigneur et le frère, le maître et l’ami. Ce n’est pas d’abord le discours, mais bien les entrailles. Là où nous nous soucions pour l’autre et pour le monde tout entier, là où nous les aimons, où nous supplions pour eux, où nous rendons grâce, aussi.

Ces deux femmes témoignent toutes deux, par la parole qui vient de leur chair, que le Fils de Dieu va planter sa tente en notre histoire, pour se lier d’amitié avec toute l’humanité. Spécialement avec les plus humbles, ces préférés du Fils et du Père. Non parce qu’ils ont faim. Mais parce qu’ils espèrent. Ils savent qu’ils ne peuvent se suffire à eux-mêmes. L’orgueil est cette dramatique illusion de l’autosatisfaction et de l’autosuffisance, où l’on se croit assez fort pour vivre à soi seul. Sans recevoir, sans attendre, sans espérer de l’autre, sans donner.

Le Seigneur qu’elles annoncent, – celui dont Jean le baptiste témoignera le premier – lui, va se faire mendiant. Mendiant de la parole de son Père, mendiant de la réponse, de l’engagement, de celles et ceux qui le suivront, mendiant de leur amour. Dieu décide, en son fils, de ne pas vivre pour lui-même, mais pour se livrer en partage.

25815178_p

Histoire de femmes. Comme celle que Jésus donnera en exemple pour leur apprendre à prier. Là encore, pas de traité théologique, ni de modèles venus de la tradition qui pourtant n’en manque pas : Abraham, Isaac, Salomon…. Non, juste mettre ses pas dans ceux d’une pauvre veuve qui chaque jour va demander justice à un juge inique (Luc 18, 1-8).

Aujourd’hui, c’est à toutes les femmes que l’évangile rend hommage. A elles, témoins de la vérité de l’incarnation, de la passion, de la résurrection du Fils de l’homme, par leur chair trop souvent souffrante et humiliée. À toutes celles-ci l’évangile annonce : « l’Esprit Saint vient sur toi et la puissance du Très-Haut te prend sous son ombre » (1, 35).

Sr Véronique Margron

 Véronique Margron o.p.

Une voix de fin silence

Le même Élie qui avait envoyé le feu de Dieu sur des holocaustes inondés d’eau pour montrer aux prophètes de la reine Jezabel que le Seigneur est le plus fort, apprend à l’Horeb que « le Seigneur n’était pas dans le feu ». (1 Rois 19)

La voix de Dieu ne fait pas de bruit. Elle n’est ni un ouragan ni un tremblement de terre. A l’heure où notre terre tremble, à l’heure où nos frères et soeurs d’Irak saignent et meurent, où Gaza n’est plus que ruine, l’espérance, plus fragile qu’une flamme vacillante, n’a pas d’autre force que celle d’une brise légère, « une voix de fin silence », comme le traduisait Levinas.

Le texte du Notre Père en araméen

photo

Croire en la force de ce murmure, en la force du Verbe, en la force de la non-violence, ne peut que s’enraciner dans la victoire du Christ sur toutes les forces de destructions. Jésus marche sur l’eau (Mt 14, 22-33), il marche sur le royaume de l’accusation, de la division et du mensonge, il marche sur le royaume de la violence et de la mort, lui le Verbe qui a accepté de se laisser abattre par la mort pour la vaincre.

Marcher sur l’eau vers Lui et avec Lui, c’est croire qu’en Lui, notre Seigneur et notre frère, la « voix de fin silence » qui nous habite peut vaincre les ouragans et les incendies dont ce monde est traversé.

Prions, pour que nous n’ayons pas peur de nous jeter à l’eau, afin que chacun à notre mesure, nous soyons artisans de paix. Et laissons nous réveiller par ce cri de Pierre « Seigneur, sauve-moi », poussé par tant et tant d’hommes et de femmes qui attendent que quelqu’un leur saisisse la main pour sortir de l’enfer où ils se noient.

 

Soeur Anne LécuSoeur Anne Lécu

Bonne fête à toute la famille de saint Dominique !

A l’occasion de la fête de notre père saint Dominique, nous souhaitons à toutes nos soeurs, nos frères, nos amis une belle fête ! Nous vous partageons à cette occasion un court extrait de la retraite que nous a donnée notre frère Bruno, avant l’élection de notre nouvelle prieure générale.

Famille dominicaine

« Conversation. Voilà le mot qui peut le mieux définir le service de la parole que la famille dominicaine doit apporter aujourd’hui dans la vie de l’Église : aider l’Église à se faire conversation. Dans un monde traversé par des dynamiques où la parole a du mal, l’Église se fait conversation. La famille de Dominique doit aider l’Église à se faire conversation. » […]

« La prédication, ce n’est pas un frère ou une sœur qui transmet une connaissance, c’est un frère ou une sœur qui part avec la parole et essaie de l’inscrire dans la conversation et qui découvre que la parole qu’il transmet va se mettre à dialoguer avec la parole qui déjà travaillait dans le cœur des interlocuteurs. La prédication permet de prendre conscience du dialogue intérieur que le Verbe entretient déjà avec nos interlocuteurs et c’est cette conjonction de la conversation de notre conversation et de la conversation que Lui a déjà avec eux, qui fait la prédication. » […]

« L’Église est conversation. Sa mission est de prêcher l’évangile et d’implanter le feu de l’Évangile, c’est-à-dire la dynamique, la joie des communautés réunies à cause de la parole parmi les peuples qui ne croient pas encore au Christ. […] Mais la vie religieuse dominicaine, par cette façon d’être totalement dédiée à l’évangélisation de la parole de Dieu doit faire entendre que l’Église, le corps du Christ, l’assemblée des croyants au Christ est appelée à s’étendre, c’est-à-dire à entrer en conversation avec d’autres religions, avec ceux qui ne croient pas, avec les savoirs nouveaux de ce monde, avec les ennemis de la foi, et c’est peut-être la tâche spécifique de notre famille religieuse de provoquer au cœur de l’Église une insomnie, une intranquilité, tant que l’on n’a pas conversé avec ceux qui ne veulent pas nous rencontrer, avec des cultures auxquelles on ne comprend rien, avec de nouveaux savoirs, avec d’autres religions, afin que cette tente ait l’audace de s’élargir aux dimensions du monde. Trop souvent à cause des peurs de trop d’insécurité, nous préférons consolider l’Église telle qu’elle est à un moment donné de l’histoire, plutôt que d’inscrire au cœur de la vie de l’Église le désir de s’étendre encore et d’ouvrir encore de nouvelles conversations. »

 

phoca_thumb_l_IMG_2135

Frère Bruno Cadoré, maître de l’Ordre,

Conférence donnée au chapitre des sœurs dominicaines de la Présentation, Tours, le 27 juillet 2014.

 

 

Souhaitons à notre Ordre d’être cette maison où ensemble, avec ceux qui se sentent indignes, éloignés de l’Église, imparfaits (et dont nous sommes aussi) nous célébrions l’amitié de Dieu incarnée dans l’amitié que nous tentons de vivre au milieu de ce monde.

Et plus que jamais, supplions notre Dieu pour les membres de la famille dominicaine en Irak, qui au milieu des chrétiens et de tous leurs voisins musulmans chassés eux aussi de leurs maisons, doivent fuir, souvent sans rien, en catastrophe, sans aucune idée de ce que réserve l’avenir.

« Levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ».

Évangile de Jésus Christ selon Saint Mathieu 14,13-21 (18ème dimanche du temps ordinaire)

Dans ce passage de l’Évangile, les disciples, ceux des premières communautés chrétiennes, reconnaissent Jésus ressuscité à la bénédiction eucharistique qu’il prononce, à la fraction et à la distribution du pain. A travers cet évènement, ils comprennent que leurs attitudes de cœur et d’esprit doivent être converties : les temps ont changé. Avec Jésus, la peur, la pauvreté individuelle et ecclésiale, devant l’immensité de la tâche, s’estompent. Ils découvrent simultanément, que la clé de cette libération se trouve dans une relation personnelle et communautaire au Christ, à l’image de la communion que Jésus entretient avec son Père : « Levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction…». Parce qu’il lui a tout donné, Jésus nous dit qu’il reçoit tout de son Père. Dans ce « tout », il y a son immense compassion pour les foules, dont nous sommes, affamées de la vraie vie et en quête de guérison. A leur tour, les disciples reçoivent ce don de compassion essentiel à l’annonce de l’Évangile, don de charité qui mûrit dans le cœur à cœur de la prière et dans le « prendre soin » des frères proches et de ceux de la « périphérie ». « Tous mangèrent à leur faim », mais tous ne devinrent pas disciples pour autant.

Que par la solidarité authentique des chrétiens, Christ puisse continuer à inviter l’humanité à venir se rassasier aux douze corbeilles, inépuisables de la tendresse et de la libéralité divine.

Sr Viviane Martinez

??????????