Un coeur de chair

« Heureux ceux qui pleurent :

ils seront consolés ! »

Méditer ce texte central pour ma foi. Mais cette dernière est en guerre une fois de plus, au moins en colère, ou perdue peut-être. Rencontre avec un couple, jeune, aimant, plein d’avenir, de projets. Deux fois le malheur total est venu faucher la vie. Dans la même année, ils ont perdu leurs deux bébés : l’existence semble n’être plus qu’une béance. Alors oui, j’ai du mal à croire que sont heureux ceux qui pleurent.

Je suis plutôt comme mon frère Job criant sa détresse et implorant son Dieu d’oser se montrer.

Pourtant ma foi est là : lire les béatitudes, croire qu’elles sont le secret de mon Dieu.

Me voilà au pied du mur. Il faut que je me décide. Qui est mon Dieu pour que mon âme puisse croire en lui en des heures si sombres comme notre monde en connaît tant, trop ? Que puis-je partager qui ne soit pas scandaleux pour qui pleure, a peur, ne peut plus regarder vers le ciel ? Quels mots auront la force de se frayer un chemin escarpé ?

Où trouver une voie sinon en revenant à l’évangile même, en demandant au Dieu de mon amour de me donner de quoi lutter tout contre ma colère et mon incompréhension, celles-là mêmes que j’éprouve envers Lui.

Jésus, assis, enseigne à tous, sur une montagne. Une montagne qui en rappelle une autre. Là où Moïse reçu, au Sinaï, les dix Paroles : « C’est moi le Seigneur ton Dieu qui t’ai sorti du pays de servitude… Tu ne te feras aucune image de moi… Tu ne tueras pas… Tu ne convoiteras pas… »

Dans les Béatitudes, pas question de commandements. Pas davantage d’un programme pour le bonheur, où d’un formulaire pour être assuré de le trouver plus tard. Ni une liste de détresses, d’échecs qui se serait métamorphosée en coups de chance. Aucune leçon de morale, ou d’héroïsme. Juste une affirmation : « Heureux », comme un appel, une vocation.

Se recentrer sur ces versets essentiels c’est doucement apercevoir, phrase après phrase, une silhouette : celle de Jésus, homme véritable, libre. Lui le pauvre, le doux, l’affligé, l’affamé, le miséricordieux, le cœur pur, l’artisan de paix, le persécuté pour la justice.

Mais ce n’est pas là un état dont il aurait hérité de sa famille. Ni une performance acquise de haute lutte volontariste. Mais une façon – primordiale – d’habiter chez soi, en soi-même. Aux jours lumineux mais aussi quand ils ressemblent à des murs où le cœur se fracasse.

Là, peut-être, se trouve le secret qui permet de croire encore en la vie, d’espérer malgré tout, de se risquer à aimer, toujours. Car le bonheur du Christ, son invitation à le partager, ne relève pas d’une opposition avec le malheur. Il peut rouvrir le temps clos par le non-sens et le découragement. Non par magie, mais par son doux et humble compagnonnage, car il a décidé de nouer sa vie à la nôtre. Jusqu’à la fin.

Alors prendre ces versets, en faire une supplication, afin que je puisse m’entendre dire, avec tant d’autres « heureux êtes-vous d’être des compagnons de Jésus… » Nous n’y trouvons aucun privilège. Mais une joie intime qui recueille la douleur, la peine, la joie, l’espérance.IMG_3138 - Version 2 À la condition de ne pas garder sa vie pour soi.

 

Véronique Margron op

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