Des eaux du Baptême à la tentation au désert jusqu’à la mission.

En seulement quatre versets Saint Marc nous raconte des évènements ponctuels de la vie de Jésus : la tentation dans le désert et l’inauguration de son Ministère. Il ne fait pas allusion au contenu des tentations (à la différence de Matthieu 4, 1-11 et de Luc 4, 1-13 ). Les tentations de Jésus en Saint Marc ont lieu pendant quarante jours, mettant à l’épreuve la fidélité de Jésus au plan tracé par Dieu.

Cette scène de l’Evangile de ce premier dimanche de Carême, nous enseigne tout le chemin ministériel de Jésus, chemin que chacun de nous est appelé à parcourir, dans la prière, le jeûne et la solidarité.

Relisons ces moments que nous relate Saint Marc.

Alors que résonne à ses oreilles les paroles de tendresse du père : «  Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur » (Marc 1-11). Le même Esprit qui l’a consacré au Jourdain, maintenant le conduit au désert pour être tenté. Le baptême a été cependant le point de départ pour la mission, mais …avant Jésus devait passer par une zone obscure, dure, difficile.

Continuons avec Saint Marc : «  Et aussitôt l’Esprit le pousse au désert.12 Et il était dans le désert durant quarante jours, tenté par Satan »13a

Une fois que Jésus a assumé le plan de salut du Père, l’Esprit le conduit maintenant au désert, mais pourquoi l’amener au désert lui qui vient d’être reconnu par Dieu lui-même comme son Fils bien aimé ?

Le désert nous rappelle le peuple hébreu, qui marche à travers le désert (Exode 15, 22…) pendant 40 ans ( Dt 8, 2) Ainsi la fidélité à Dieu est passé par de dures épreuves. Le désert est le lieu de l’épreuve, de la tentation, de la rencontre de l’homme avec lui-même face à Dieu, aussi nous pouvons dire que l’élu de Dieu est avec Dieu. Un face à face dans la solitude ayant pour seul témoin la nature.

Maintenant c’est Jésus qui est appelé au désert, école de formation, d’écoute, d’obéissance, de prière; curieusement l’Esprit ne le conduit pas immédiatement à la mission sinon au combat de la tentation, de la séduction, ce que le peuple hébreu avait vécu au Sinaï, comme ELU entre les peuples.

Ce passage par le désert est nécessaire pour Jésus, et doit l’être aussi pour nous.

Jésus, vainqueur au désert «  Et il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient »13b

Dans le désert, Jésus apprit à vivre avec les animaux sauvages, c’est-à-dire avec ceux qui attaquent l’homme dans son intégrité. N’est-ce pas ce que jésus rencontra, durant son ministère, dans les synagogues et en tous lieux ; animaux ou hommes sauvages ? Ainsi dans le désert, apprit-il à vivre avec eux, les aimant jusqu’à la fin.

Dieu, ne pouvait laisser seul son Fils bien aimé, de même qu’il n’avait pas laissé le Peuple Hébreu. La protection de Dieu se fait à travers la présence des anges pour son Prophète Elu, son Fils bien aimé. De cette manière Dieu participe aux combats de son Fils et avec lui à celui tous ses élus.

Jésus est éprouvé dans le désert, comme l’or au creuset (1 P 7). Il part en Galilée, en mission pour accomplir le plan du Père, pour annoncer « les temps sont accomplis : le règne est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Evangile »15

C’est une invitation de Jésus à chacun de nous et comme nous l’enseigne le Pape François dans son message de Carême «  Le Carême est un temps de renouveau pour l’Eglise, pour les communautés et pour chaque fidèle. Mais c’est surtout «  un temps de grâce » (2 Co 6,2). Dieu ne nous demande rien qu’il ne nous ait donné auparavant : « Nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimé le premier » (1 Jn 4, 19). »Capture d’écran 2015-02-22 à 15.01.55

 

Sr María Esperanza OLARTE M.      

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Pedro Meca (1 janvier 1935 – 17 février 2015)

Pedro, beaucoup d’entre nous l’ont connu et aimé. Toujours partant pour réfléchir avec d’autres, ne pas se lasser d’avancer…

Nous sommes tristes, c’est vrai, mais tellement reconnaissantes de l’avoir rencontré. Que le Seigneur qui gouvernait sa vie l’accueille en sa paix et donne la force à d’autres de se lever à leur tour.

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« Laissez-moi partager avec vous un de ces moments où, pour moi, Dieu était là, proche. L’eucharistie la plus émouvante à laquelle j’aie participé eut lieu à Paris. C’était la messe de Noël des clochards, célébrée dans une grande tente au centre de Paris. Le prêtre était un Dominicain, Pedro Mecca, qui vit comme un clochard dans les rues de Paris et revient chez ses frères une fois par semaine pour une douche et un bon repas. Je pense que les frères espèrent qu’il prenne sa douche avant le repas ! Tous les indigents, les sans-abri, étaient invités à cette messe. Mille d’entre eux sont venus. Ce fut une célébration d’un bonheur intense et parfois confus. L’autel était fait de boîtes de carton pour célébrer ce Christ né pour tous ceux qui vivent aujourd’hui dans des boîtes de carton. Quand Pedro a fait sauter le bouchon de la bouteille de vin à l’offertoire, des cris de joie ont jailli. Après la messe, tous étaient invités à un superbe banquet. Dieu était avec nous ».

(Fr. Timothy Radcliffe).

Je le veux, sois purifié !

40Un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »

Saisi de compassion, Jésus étendit la main… Qu’est-ce qui a suscité cette compassion ?

La lèpre, évidemment : une maladie terrible, pratiquement incurable au temps de Jésus, et qui plongeait le malade dans un isolement absolu. Mais je crois qu’il y a autre chose : le lépreux sait bien qu’il ne doit approcher personne, et pourtant, il vient auprès de Jésus. Quelle confiance ! Il n’a pas peur d’être repoussé. Cette foi-là est bien faite pour toucher le cœur de Jésus. Elle s’exprime aussi en paroles : « Si tu veux, tu peux ». D’autres malades diront : « Si tu peux » Lui est sûr de Celui à qui il s’adresse : tu peux. Dans un même mouvement, il avoue sa lèpre (elle pouvait ne pas se voir au début) et sa foi en Celui qui, il le croit vraiment, va le purifier.

De tout temps la lèpre a été considérée comme le symbole du péché.

Lorsque nous venons à Jésus, à l’Eucharistie par exemple, nous venons avec notre poids de péché. Et il peut être très lourd ! Mais le lépreux est venu quand même, avec son horrible maladie. Qu’importe, si nous sommes sûrs de Celui que nous allons approcher ! « Préparons-nous à la célébration de l’Eucharistie en reconnaissant que nous sommes pécheurs ». Si nous faisons nôtre ces paroles du prêtre, avec quelle foi ne chanterons-nous pas « Seigneur, prends pitié » (ou prends compassion, c’est à peu près pareil), sûrs que nous sommes d’être purifié de notre lèpre et de pouvoir rencontrer Jésus sans aucune crainte !

Nous serons capables alors d’implorer la même grâce pour ceux qui nous sont proches, et aussi, pour tous ceux dont on nous raconte chaque jour les atrocités. Aucune lèpre jamais rebuté Jésus…

Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »

Soeur Marie-Thérèse Perdriault IMG_0077

Marcher vers l’innocence

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L’une de nous publie à l’occasion du carême un petit livre de méditations à partir de l’évangile de Jean. Ce peut-être un support de lecture pour ces 40 jours, mais aussi pour tout autre moment.

N’hésitez pas à diffuser l’information auprès de ceux qui pourraient être intéressés !

Extrait :

« D’où me connais-tu ? » demande Nathanaël à Jésus, peut-être peu habitué à la perspicacité de ce regard qui touche d’emblée au fond de l’être. C’est une expérience rare. Vous rencontrez quelqu’un, et ce quelqu’un vous voit. Difficile de bien dire ce qui arrive. Mais le regard de l’autre, ou plutôt sa présence, voit en vous ce que peu voient, et c’est beau. Le fond de l’être, lorsqu’il se donne à connaître, est bonté, clarté, beauté. L’amour seul donne des yeux assez neufs pour le voir.

Jésus le Christ, parce qu’il est l’innocence, voit en nous l’innocence et nous connaît. Mais nous, peu habitués à cela, nous ne le connaissons pas. C’est pourtant tout simple et Jean l’évangéliste ne va pas cesser de rabâcher la même chose : Dieu en Jésus est venu pour nous dire qu’il était là, de notre côté, sans défection, quoi qu’il arrive. Il est venu le dire, lui le Verbe, il est venu le vivre, lui le Verbe fait chair, et nous demande d’en vivre, d’accueillir la vie de l’autre, de

donner notre vie, notre temps, notre joie pour l’autre, parce que la vie n’existe que de se donner. Peut-être avons-nous du mal à y arriver parce que nous ne croyons pas que c’est absolument, inconditionnellement vrai, et qu’il n’y a pas d’autre contenu à l’évangile que cette gratuité. « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas. »

Possibilité de le commander via La Procure.

Anne Lécu, Marcher vers l’innocence, Cerf, 12 euros.

Une scène familiale

Un tableau en trois scènes dans ce passage de Marc :

Une scène familiale

Jésus, avec Jacques et Jean, quitte la synagogue pour se rendre dans la maison de Simon et d’André. Dans cette maison, l’inquiétude : la belle-mère de Simon est malade et Jésus, mis au courant, se rend à son chevet, lui prend la main et la fait lever, ce qu’elle fait immédiatement pour se mettre à les servir.

Deux remarques sur ces quelques lignes :

« Il la fit lever » : dès ce début de l’Évangile, Marc suggère déjà par ces mots le cœur de la foi de la communauté chrétienne : la résurrection d’entre les morts.

« Elle les servait » : trait caractéristique aussi de la communauté chrétienne où chacun doit être au service des autres.

  • C’est par ce service – notre foi en actes – que nous pouvons révéler que Dieu est relation et que chacun compte pour lui.

Une scène publique

Le soir, la nouvelle de cette guérison a fait le tour de la petite ville. La foule se presse autour de Jésus pour qu’il guérisse les malades, les possédés. Jésus accueille, il ne se dérobe pas, il est attentif à chacun et en guérit beaucoup. Il n’est pas dit qu’il guérit tout le monde mais sa compassion, sa sollicitude n’étaient-elles pas déjà bienfaisante et source d’espérance pour tous.

  • Sommes-nous toujours attentifs à être ces personnes remplies de compassion pour celles et ceux qui souffrent ? Nos gestes, nos attitudes révèlent aux autres ce qui nous fait vivre ou au moins leur posent question sur ce qui nous habite si notre agir est toujours réponse aimante à ceux qui nous entourent.

Un moment de solitude et de prière

Le matin suivant, pour échapper à la foule, il se retire seul dans la montagne pour prier, pour garder le contact avec son Père dont il ne veut que faire la volonté sans se laisser prendre par la réussite de sa mission et l’attente immédiate de la foule. Devant l’expression de Simon, il témoigne par son « partons ailleurs » que sa véritable mission est de proclamer l’Évangile à tous et non d’être reconnu en tant que guérisseur. L’intimité avec son Père lui donne de rester « le Fils du Père » et de travailler pour le Royaume selon cette identité.

  • Cette conduite nous interpelle afin de prendre, nous aussi et chaque jour, le temps de relire notre journée devant notre Dieu pour rester dans sa volonté et ne pas tomber dans la tentation d’être celui ou celle que les autres attendent mais d’être en toute humilité le témoin de l’amour.

 Seigneur à ta suite donne-nous le courage et la force d’être des relais de l’Amour du Père pour chacun de ceux que nous côtoyons dans l’humilité et la douceur, dans la recherche incessante de ce que tu attends de nous là où nous sommes et dans le cœur à cœur avec toi pour que nous aussi soyons les fils du Père, les témoins du Royaume et non les porteurs de notre propre volonté aussi généreuse soit-elle.

Soeur Catherine Aubry     425121_108950605897511_1585549933_n

Quatre semaines après… Bonjour tristesse, adieu tristesse


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« Bonjour tristesse », ce titre du premier roman de Françoise Sagan, en 1954, est tiré d’un poème de Paul Eluard, écrit en 1932 et publié dans le recueil La vie immédiate. C’est bien le seul mot qui vienne en ce 8 janvier, jour de deuil national, suite à l’assassinat de douze personnes au siège du journal satirique Charlie Hebdo. Des journalistes, des policiers, des proches, des personnels de service. Douze vies arrachées à leurs proches, à leurs amis, à notre monde et à nous-mêmes. À travers eux, tenter de tuer une manière d’être : la capacité de dérision, de rire, de l’art de savoir se moquer, et tout d’abord de soi, juste avec un crayon.

Au soir du 11 janvier, nous sommes plus interdites encore, car en trois jours 17 personnes, dont 4 assassinées parce que juives, sont mortes sous les balles de 3 tueurs. Vingt morts en tout.

Mais nous sommes aussi fiers, comme rarement, devant ces presque 4 millions de personnes se levant comme un seul homme, dans des foules aussi innombrables que paisibles et bon enfant, pour dire non à la violence et oui à la liberté autant qu’à la fraternité. Une fraternité qui n’est pas liée au sang, mais au sens que nous donnons à notre vie ensemble.

Les mois à venir nous diront si nous avons su, tous, politiques, religieux, citoyens, transformer ce jour historique en mouvement de fond…

 

Pour le moment, deux questions me poursuivent.

La première : comment encore croire en l’homme ? Ce drame avec tous ceux qui se déroulent encore et toujours sur le théâtre du monde – comme au Nigeria, en Centreafrique ou en Syrie et en Irak – tout cela ne peut pas ne pas nous interroger.

Nous connaissons la question – à défaut de la réponse : « comment croire en Dieu au regard de la souffrance de l’innocent ? » Mais la question « comment croire en l’homme ? » est au moins sinon redoutable.

Et pourtant.

C’est à elle qu’il nous faut aussi nous atteler. Et ne pas renoncer. Au contraire, résister et réformer notre courage. Car ce qui nous définit est bien notre désir, notre capacité et notre volonté d’agir et de dire, malgré la puissance du mal commis par des hommes. Le christianisme est un combat – pacifique mais actif – contre la fatalité et, ce, malgré la tristesse, le désarroi ou la colère. Converser ensemble, du sein de nos différences sociales, de nos sensibilités politiques, religieuses ou générationnelles. Faire de nos maisons des lieux où la parole est accueillie, recueillie, partagée, discutée. Nos paroles, à chacune, modestes et maladroites mais qui traduisent la volonté de vivre ensemble, de rester lier dans un même destin et de construire des ponts plutôt que des murs.

Face à la barbarie, la question posée sans cesse à l’humain est : veut-il, ou non, entrer dans la conversation du monde ? Ces meurtriers ont choisi la brutalité la plus vile contre toute parole, frêle par nature.

Croire au Christ nous supplie de faire de nos maisons des maisons de paix. Sinon comment l’invoquer pour ce monde tremblant ? Bâtir la paix implique de pouvoir se parler, se reconnaître, s’estimer et agir ensemble, du sein de la singularité, du mystère, de chacun et du respect de tous.

Croire en l’humain. Tâche qui nous incombe à tous. Aux chrétiens plus encore, peut-être. Car notre Dieu a choisi d’habiter cette condition humaine, de l’aimer à la folie, avec ses fragilités, sa pauvreté autant que de sa grandeur, qui n’est autre que de pouvoir se tourner vers autrui avant de s’occuper de soi-même.

Alors oui, croire en l’homme, marqué de complexités, d’ambivalences. Croire en l’homme avec autant de lucidité – car capable du pire – que d’espérance, car sa vocation est dans le don de lui-même en faveur d’autres.

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Ma seconde question concerne la place de l’humour et du rire dans nos façons d’être et de croire. Nous le savons, ces hommes se sont attaqués – dans l’attentat au Journal – à tout un symbole de notre démocratie : la capacité à rire, rire des puissants, rire de nous-mêmes, rire de nos systèmes de pensée. Rire, pour justement ne pas cogner ni haïr.

Le rire du fou, du bouffon du roi qui montre que le monarque, quel qu’il soit, est toujours nu et rappelle ainsi à tous que riches et puissants ne sont que des hommes et que croyances et convictions demandent du recul, de la profondeur historique et de la connaissance. L’impertinence est alors une nécessité, une cure qui dessille et lave les yeux de l’intelligence.

Non qu’il faille avoir été un lecteur assidu de Charlie Hebdo, ou partager tous ses « coups de gueule », ses caricatures, par définition excessives et qui peuvent ne pas nous faire rire du tout. Non. Mais oui, par contre, partager la même passion pour une liberté de penser et de s’exprimer qui continue de coûter cher en ce monde, tragiquement. Une liberté fondamentale et, pour cela même, limitée par l’interdit du mépris de l’autre et de l’incitation à la haine.

Rappelons-nous la lecture du Nom de la Rose (1982) d’Umberto Eco. Dans ce roman, aux allures policières, le cœur de l’intrigue se joue autour d’un traité – sorti de l’imagination de l’auteur- du philosophe grec Aristote. Texte sur la poésie, sur le comique, l’ironie et la plaisanterie.

Lors du dénouement, dans la mystérieuse bibliothèque de l’abbaye bénédictine, Guillaume de Baskerville – héros du livre – comprend que le bibliothécaire, le fr. Jorge de Burgos, a empoisonné les pages de cet ouvrage – pourtant rarissime.

« — Mais qu’est-ce qui t’a fait peur dans ce discours sur le rire ? Tu n’élimines pas le rire en éliminant ce livre [demande Guillaume].

— Non, certes [répond Jorge]. Le rire distrait, quelques instants, le vilain de la peur. Mais la loi s’impose à travers la peur, dont le vrai nom est crainte de Dieu. […]Et que serions-nous, nous créatures pécheresses, sans la peur, peut-être le plus sage et le plus affectueux des dons divins ? »

Pour le fr. Jorge aucun doute : l’État, la religion, l’Église ne tiennent que par la peur. Sa conclusion est alors implacable, celui qui rit ne croit pas.

Les propos du vieil aveugle font réfléchir aujourd’hui. Car le rire et l’humour sont résistances, antidotes contre les certitudes faciles et l’esprit de sérieux qui s’oppose à la gravité de la pensée. Un humour qui n’humilie jamais l’autre mais qui aide à transmettre l’essentiel et à rester critique, avec soi-même avant tout. Un humour qui donne un peu de légèreté à la vie.

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Là encore, revenons aux Écritures. Les récits de la Passion nous racontent que Jésus fut raillé et humilié lors de sa passion, jusqu’à être revêtu comme un roi, afin de se moquer de lui jusqu’au bout. Mais voilà, il est vraiment roi. Ainsi quand Pilate dit « voici l’homme, voici votre roi », il dit la vérité. Le Christ a traversé la dérision, celle qui le mène à la mort. Non seulement elle ne l’a pas atteint, mais il en a retourné le sens, il l’a transfiguré. Dans cette mort, pourtant infâme, se révèlent le seul véritable roi et l’homme véritable.

Alors cultivons l’humour comme la juste distance avec nous-même, comme un art qui désamorce des pulsions de violence.

Et méditons encore sur ce que dit, à la fin du roman le frère franciscain Guillaume de Baskerville :

« Peut-être existe-t-il finalement seulement une chose à faire si l’on aime les êtres humains : les faire rire de la vérité, et faire rire la vérité elle-même, car la seule vérité est d’apprendre à se libérer de la passion maladive que l’on éprouve pour la vérité. »

Car la vérité nous devancera toujours et la bonté marche à ses côtés.

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Véronique Margron op.