Le pas de la liberté

 

Frères,
je vous le dis :
marchez sous la conduite de l’Esprit Saint,
et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair.
Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit,
et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair.
En effet, il y a là un affrontement
qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez.
Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit,
vous n’êtes pas soumis à la Loi.
On sait bien à quelles actions mène la chair :
inconduite, impureté, débauche,
idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité,
jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme,
envie, beuveries, orgies
et autres choses du même genre.
Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait :
ceux qui commettent de telles actions
ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
Mais voici le fruit de l’Esprit :
amour, joie, paix, patience,
bonté, bienveillance, fidélité,
douceur et maîtrise de soi.
En ces domaines, la Loi n’intervient pas.
Ceux qui sont au Christ Jésus
ont crucifié en eux la chair,
avec ses passions et ses convoitises.
Puisque l’Esprit nous fait vivre,
marchons sous la conduite de l’Esprit. (Ga 5, 16-25)

 

 Capture d’écran 2015-05-17 à 22.55.56

 

Marchez !

Tout un programme. Plus, un art de vivre. Marcher en son corps, marcher en son intelligence, comme en son cœur. Marcher dans sa foi. Consentir au mouvement, à l’imprévu, à la déroute parfois aussi. Et repartir, sans savoir ce qui passera à chaque pas. Marcher : La vie évangélique est là dans ce verbe de décision, de mouvement et de lenteur. Marcher, ou rencontrer des terres inconnues, en soi, en l’autre. Les apprivoiser, les aimer. Marcher, ou le propre de l’humain, capable de se relever, de ne pas rester le nez collé à la poussière et de prendre le risque du déséquilibre qu’impose le déplacement du corps comme du regard ou de l’âme.

Aux Galates, et aux lecteurs que nous sommes, Paul offre un guide à cette marche, afin qu’elle ne se transforme pas en errance et en épuisement : Marcher sous la conduite de l’Esprit au grand vent de la liberté. Elle qui est au centre de l’annonce de Paul à la Galatie : « Car vous, c’est pour la liberté que vous avez été appelé » (5,1). Le moteur de la marche est là : devenir libres. La liberté, et non plus la soumission ni l’esclavage de la loi. C’est d’elle que nous sommes libérés par le Fils. Non que la Loi de Moïse ne fût pas importante, qu’elle n’ait pas été une pédagogue dans l’Alliance avec Dieu. Mais voilà, la manifestation définitive de Dieu n’est pas la Loi, mais le Christ. Et le Christ crucifié, pendu au bois de la Croix. Là est toute notre liberté, comme notre force. Car c’est le Christ qui rend libre et l’esprit du Christ qui conduit en cette liberté, la fortifie et lui fait porter des fruits de justice et de bienveillance, de douceur et de paix. Des fruits qui dessinent les traits du visage du Christ. Lui qui a épousé la cause des pécheurs, afin que plus personne ne soit exclu de son amour, de son salut.

Alors, s’écarter de la « chair » ne signifie nullement oublier sa condition mortelle et limitée. Pas davantage considérer que ce qui vient du corps est mauvais et qu’il faudrait bannir nos sentiments, le sens de la caresse, ou du goût du bon vin. Non, s’écarter de la chair, c’est renoncer à l’autarcie prétentieuse de réussir par ses seules œuvres, comme par la seule conformité à la loi – ce qui peut bien s’avérer similaire. Le salut est un don. L’Esprit aussi. Ils ne se méritent jamais, mais se reçoivent pour qui simplement les implore en se tournant vers le Père comme un fils. Rien de plus. Comme le larron en sa dernière heure.

Quitter une religion du mérite et de la seule conformité à des règles, comme la mesure du vrai.

Se déclarer en faveur d’une foi liée à la Promesse tenue en Christ, totalement et définitivement. Sur le bois de la Croix, le Christ a banni toute malédiction : tout peut être restauré en nous et la vie porter du fruit en abondance. Un fruit qui ne se décide pas, mais demande du soin puis se reçoit, se goûte et se partage.

Que faire alors ? Grâce à l’Esprit du Christ qui fait lentement marcher vers la liberté, nous détourner de ce qui est  tapi en nous et nous maintient fixés au sol, ligotés à de la violence: « idolâtrie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme et autre chose du même genre… » Et être conduit à recevoir un cœur de chair, celui-là même du Dieu fait chair.

« Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre esprit. » (Ezechiel, 36, 26)

Ce jour est là, à l’œuvre : Pentecôte.

Reste à marcher, ensemble., sous la conduite de l’Esprit.

Véronique Margron op              IMG_3138 - Version 2

 

Dernier livre paru : Solitudes nuit et jour, Bayard, 2014

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