« Ils ne se sont pas lavé les mains »

Cette remarque, avec l’injonction :… va te laver les mains… nous l’avons certainement entendu, un jour, dans notre enfance, avant de passer à table.. !!! mais dans l’Evangile de ce jour, la remarque des Pharisiens n’a rien à voir avec l’hygiène…pas plus que la réponse de Jésus…

Sans doute , faut-il être pur, pour approcher d’un acte sacré, ou du moins religieux, comme le repas était considéré chez les juifs, les pharisiens…Mais quel est le sens donné par eux à la pureté ?…Jésus remet les pendules « à l’heure… ».

La pureté du cœur ne vient pas des contraintes extérieures subies ou acceptées, mais bien dans les comportements moraux inspirés par un choix libre… Les pharisiens, en cette réflexion, et Jésus le souligne, font référence davantage au paraître qu’à l’être, à une certaine casuistique légaliste qu’au véritable amour de la loi, à des préceptes et traditions humaines plus qu’à un choix vrai et libre.

Et là, nous pouvons, nous aussi, nous interroger…

Ce qui compte, dit Jésus c’est le cœur de l’homme,…là où il prend ses décisions, en toute liberté, en réponse à l’amour du Seigneur et de ses frères, car : «  le plus grand commandement c’est d’aimer le Seigneur de tout son cœur, de toute son âme…et le deuxième qui lui est semblable : …aimer son prochain comme toi-même..

Jésus revalorise ainsi la liberté de chacun, le rendant conscient de sa responsabilité devant Dieu et autrui, en l’émancipant des contraintes purement extérieures. Désormais: « soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir, tout est à vous, mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu. » (1 Co 3,22b-23)

                                                                                    Sr Catherine de la Présentation

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Celui qui me mange vivra par moi

« Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. » Jn 6,53.

Jésus ne craint pas de scandaliser ses disciples, de nous scandaliser. Qui oserait donner sa chair à manger, son sang à boire ? Ces images en elles-mêmes sont propres à provoquer chez ses auditeurs un mouvement de recul, chez nos contemporains aussi.

Pourtant , si nous ne nous nourrissons pas de tout ce qui constitue Jésus, de sa parole que nous sommes invités à manger aussi, de sa chair, oui ; si nous ne nous abreuvons pas de sa vie même – son sang dans la culture juive – nous ne serons jamais capables de pardonner comme il pardonne, d’aimer comme il aime. Nous ne serons jamais capables de prier pour ceux qui commettent tant de crimes odieux et de violences intolérables… d’être miséricordieux comme notre Père est miséricordieux.

                  « Celui qui me mange vivra par moi… »Pour nous qui avons été marqués par son sceau, c’est la seule manière de vivre, vivre par lui, vivre en lui, manger sa chair, boire son sang, ne faire qu’un avec lui.

 

Sœur Marie-Thérèse Perdriault

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      « Quelle excuse nous restera-t-il… si en mangeant l’Agneau, nous devenons des loups et si en nous nourrissant de la chair de cette brebis sacrée, nous ne laissons pas d’être aussi furieux et aussi avide que les lions ?…

Ne nous imaginons pas que lorsque nous avons dépouillé les veuves et les orphelins par nos rapines et nos violences, ce soit assez pour être sauvé de donner à cet autel un calice d’or enrichi de pierreries… La table sur laquelle Jésus-Christ fit a Cène avec ses disciples n’était pas d’argent, et le calice dans lequel il leur donna son sang divin n’était pas d’or. Cependant tout y était précieux et digne d’un profond respect parce que tout y était plein du Saint-Esprit.

Voulez-vous donc honorer le corps de Jésus-Christ ? Ne le méprisez pas lorsqu’il est nu et pendant qu’en cette Eglise vous le couvrez d’étoffes de soie, ne lui laissez pas souffrir ailleurs le froid et la nudité… Le corps de Jésus-Christ qui est sur l’autel n’a pas besoin d’habits précieux qui le couvrent, mais d’âmes pures qui le reçoivent, au lieu que cet autre corps de Jésus-Christ formé des pauvres qui sont ses membres, a besoin de notre assistance et de tous nos soins…

 

Jean Chrysostome, Commentaire de l’Evangile de Matthieu, homélie 3.

Marie métisse du monde

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La Dormition de la Vierge. 1495. 
Bois polychrome. 
Eglise abbatiale de la Trinité 
de Fécamp (Seine-Maritime).

La Vierge repose paisiblement sur un lit drapé 
d’un riche brocart aux lourds plis, 
parsemés de fleurons. 
Saint Pierre, lit la prière des morts 
et tient dans sa main droite l’aspersoir.

Mémoires de ceux que nous avons aimés. Qui se sont endormis pour toujours. Des traces de leur tendresse se sont inscrites dans notre chair. Empreintes de douceur qui nous protègent, nous guérissent dans nos douleurs d’aujourd’hui. Fidélité aimante à toute épreuve jusque celle de la mort.

Marie, femme pour nos histoires sinueuses. Douceur tenace, liens sûrs. Comme ceux qui raconte l’évangile de ce jour. Nous imaginons peut-être l’Assomption comme un événement grandiose, où s’ouvre le ciel en recevant la vierge. Où elle est couronnée de gloire et de beauté, comme je l’admire dans la peinture de Fra Angelico et de la Renaissance. Mais ce jour est plus humble. Une jeune fille enceinte de Dieu même par l’enfant qu’elle porte, qui vient de dire à un ange « que tout se passe pour moi selon ta parole », (Lc 1, 38) part rapidement visiter une autre femme. Sa cousine, qui se croyait trop vieille et délaissée dans sa stérilité (1, 36). Car elle aussi attend un enfant, l’inespéré. Marie entreprend donc un long voyage pour visiter et soutenir Élisabeth. La solennité de l’Assomption — selon la traduction latine : « enlever », « s’adjoindre » — trouve sa vérité dans un modeste récit, celui d’une Visitation. Histoire de femmes, de solidarité, de fidélité, de bénédiction.

Marie, première des croyantes, reconnue ainsi par sa cousine Élisabeth : « La mère de mon Seigneur vient jusqu’à moi ». Depuis le Ve siècle, l’Eglise célèbre avec ferveur Marie qui, jusqu’en sa chair, entre dans la vie éternelle et vit dans la gloire de Dieu, dans l’éternelle proximité de son fils. Son fils et son Dieu. Marie, mère car elle a écouté la parole, l’a retenue en son être, l’a vécue en toute sa chair, jusqu’en ce jour où à trois heures il faisait nuit : celle de la mort de son fils unique. Chacun peut devenir la mère du Seigneur : en le recevant en sa vie intégralement, lui, la vérité et la vie. Lui, le fils, ami de ceux qui se croient loin et désolés. Destinée offerte à tous, femmes et hommes, juifs et païens… Une unique condition : écouter. Entendre jusqu’en ses entrailles celui qui frappe doucement et attend. Avoir de l’espace en soi. Voilà pourquoi les arrogants et ceux qui croient posséder le monde, ou leur vie, ne peuvent y consentir. Car il n’y a aucune place dans l’auberge de leur cœur. Elle affiche complet depuis longtemps.

Depuis les premiers temps de l’Eglise, c’est toujours la même histoire. Du Mexique à la Pologne, de Madagascar au Togo, ou à Paris, Rocamadour ou Lourdes, et sous tant de cieux, Marie est choyée, priée, bénie. Non comme une sorte de déesse. Mais parce qu’elle est la sœur de chacun, son proche. Métisse en quelque sorte, des couleurs du monde, des cœurs, des histoires et des croyances.

Affection et protection de toujours, depuis l’heure où Jésus lui dit « Mère voici ton fils » en parlant de Jean, le disciple et l’ami, qui la prit chez lui. En cette heure, la fatalité a été renversée. Nous ne sommes pas seuls et l’histoire n’est pas close, fermée à triple tour sur nos malheurs pourtant parfois si violents. Marie ne craint rien de nos douleurs ou de nos errements. Elle peut tout entendre, tout porter vers son Fils.

Luc nous enjoint de suivre ce que Marie accomplit aujourd’hui : aller visiter les hommes qui se croient délaissés, abandonnés des hommes comme de Dieu. La mission de l’Eglise en fidélité à la dormition de Marie, n’est autre que l’humble compagnonnage avec toute humanité. Grâce à la force que nous offre les entrailles aimantes de Marie.

Véronique Margron op

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« Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel »

Quand une personne est persécutée, la tentation est de fuir au désert pour y mourir ou pour s’y cacher. Mais notre Seigneur veille sur nous. Ainsi, Il va réveiller le prophète Elie : «  Mange, prends des forces, ton chemin est encore long. Quarante ans, un chiffre symbolique pour indiquer une durée assez longue. Pensons aux quarante ans où le peuple d’Israël va errer dans le désert, où ce peuple va douter de Dieu alors que celui-ci lui donne ce qui lui est nécessaire pour traverser ce temps et aller à la rencontre de Dieu.

St Paul dans sa lettre aux Éphésiens, nous parle du Saint Esprit de Dieu que nous recevons lors du baptême. Ainsi nous sommes marqués d’un sceau indélébile et nous revêtons le Christ. C’est-à-dire que nous nous mettons à son école, nous devenons les disciples du maître. Nous sommes invités à nous approprier son héritage : l’agapê et la confiance sans retour.

Mais quand Jésus nous dit : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel », qui est-il pour affirmer cela ?

Le Père et Jésus ne font qu’un, nous dit Saint Jean, cependant ils se complètent. Au désert, Dieu a donné la manne comme nourriture. Ici, Jésus va plus loin car Il se donne lui-même à ceux que le Père attire. Dieu attire à lui les hommes. Il frappe à la porte du cœur. Va-t-elle rester fermée ou va-t-elle s’entrouvrir ?

Si j’entrouvre ma porte alors Dieu va prendre la place, il va s’installer. Il va m’habiter, me guider, me montrer le chemin qui mène vers son Fils avec beaucoup de délicatesse et de patience. A travers le temps que je vais lui consacrer, il va m’instruire, me faire grandir dans ce mystère de la Trinité. Qui m’a vu a vu le Père. Il me donne la force d’agir, de témoigner par son Esprit.

Ainsi la prière, l’Eucharistie, m’emmènent dans l’intime de Dieu. Voilà le pain quotidien offert en plénitude, ce compagnonnage vers l’éternité en devenir ici-bas. Cette grâce que je reçois n’est pas seulement pour moi car elle ne produirait pas de fruit si je ne la partageais pas.

Laissons-nous habiter par la Parole à travers notre prière quotidienne.

Laissons-nous mener par son Esprit d’amour.

Soeur Corine      cru00e8che

Bonne fête de saint Dominique

Aujourd’hui, nous fêtons notre père saint Dominique, et en ce 800ème anniversaire de l’Ordre des prêcheurs, cette fête a une couleur toute particulière.

A Tours, nous célébrons les anniversaires de profession de nos soeurs. Certaines ont 25, 50, 60, et 70 ans de profession religieuse !

En guise de cadeau pour ce jour, voilà un lien vers une video du frère Elie Pascal, mort en 2008, qui présentait comme personne saint Dominique : ici

Belle journée à tous nos frères et soeurs, ainsi qu’à tous ceux qui se retrouve dans la figure de notre bienheureux père.

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Le pain de Dieu, c’est celui qui donne la vie au monde.

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Après la multiplication des pains ( Jn 6, 15 ) «  Jésus s’est retiré seul sur la montagne sachant qu’on allait l’enlever pour le faire roi » .

Les témoins n’ont pas compris. A nouveau Jésus fait remarquer l’incompréhension de ceux qui l’entourent

«  Vous me chercher non parce que vous avez vu des signes,…mais parce que vous avez été rassasiés » Jésus interprète comme une démarche matérielle, intéressée qui rappelle le don de la manne dans le désert. La manne pour les juifs est le symbole de la loi de Dieu transmise par Moïse. Ils attendent la même chose de la part de Jésus .Mais il n’en est rien, Jésus les invite à se nourrir du pain que donne le Fils de l’homme, c’est-à-dire sa Parole. Ce n’est pas une nourriture temporaire mais le pain éternel de sa Parole.

« Que devons- nous faire… » Le pain demande le travail de l’homme, le pain de Dieu ne demande aucun travail mais seulement la Foi. Les interlocuteurs de Jésus n’ont pas compris que le don du pain en abondance, n’était qu’un signe. Que faut-il faire ? Croire en lui tout simplement.

« Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde »

La manne ne passait pas la nuit, le pain nouveau, pain de Dieu ne périt pas et donne une vie impérissable.

Gratuité de ce don qui nous vient sans travail, sans mérite de notre part, qui ne vient pas de la nature comme la manne. Ce pain c’est le Christ lui-même. C’est Dieu qui se donne, qui donne sa vie pour nourrir notre vie. Il donnera la vie pour toujours.

Jésus est ce pain et en offrant de partager ce pain avec nous, il nous appelle à croire en lui, à regarder vers lui, l’écouter, être enseigné par lui. Sa parole est nourriture pour notre foi, mais il est difficile dans le monde d’aujourd’hui de passer du signe tangible au mystère, de passer du pain quotidien au pain qui « donne la vie éternelle. Dans nos propres vies il n’est pas facile de faire ce passage du signe au mystère.

Seigneur creuse en nous la vraie faim d’aimer et d’être aimée et délivre nous des faims illusoires et inutiles : faim de posséder, de consommer….

Creuse en notre monde la faim de justice, de liberté et de paix.

Soeur Monique Pelletier o.p.    Capture d’écran 2015-08-02 à 10.26.54