Mon enfant, pourquoi ?

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A 12 ans Jésus prend de la distance.
Il prend du large et non le large.

Il affirme sa liberté.

Il sort des usages, des coutumes.

Il sort de la loi.

Quand on le retrouve à la fin d’un cauchemar, après l’avoir cru mort trois jours durant, c’est comme une résurrection, une sortie de tombeau.

 

Un soulagement libère les cœurs de Marie et Joseph du poids de l’angoisse et la question maternelle, celle qui fuse de toutes les bouches des mères d’hier et d’aujourd’hui, jaillit comme un reproche :

« Mon Enfant POURQUOI nous as-tu fait cela ? »

Question que tant de mères reconnaissent pour l’avoir prononcée à leur tour …

Longue litanie des POURQUOI des mères de toujours … à leur enfant …

 

Mon enfant,

Pourquoi t’es-tu réfugié dans la mort à l’aube de tes 20 ans ?

Pourquoi les seringues qui trahissent ta dépendance à la drogue ?

Pourquoi ta séropositivité ?

Pourquoi ces fréquentations qui t’avilissent ?

Pourquoi cette ceinture d’explosifs autour de ta taille ?

Pourquoi ce reniement des valeurs que nous t’avons inculquées ?

Pourquoi cette violence ? Ces refus ? Ce rejet ?

Pourquoi cet éloignement ? Cet égarement ?

Pourquoi as-tu quitté le Dieu de tes pères pour te tourner vers d’autres dieux ?

 

Longue plainte des POURQUOI des mères de toujours … à Dieu

 

Mon Dieu

Pourquoi ma fille ainée est-elle lesbienne, nous privant de la joie de devenir grand parents ?

Pourquoi ce handicap qui obscurcit l’intelligence de mon enfant ?

Pourquoi mon petit garçon ne parle-t-il pas ?

Pourquoi l’enfant de mon cœur – sinon de mon corps – me rejette-t-il ?

Pourquoi mon aînée n’accueille-t-elle pas son frère handicapé ?

Pourquoi vais-je devoir supprimer l’enfant à naître dont mon compagnon ne veut pas ?

Pourquoi mon fils, devenu père à son tour, nous néglige-t-il autant ?

Pourquoi ma fille me prive-t-elle de mon petit-fils?

Pourquoi le meurtre de Kévin et Sofiane ?

Pourquoi mes deux enfants assassinés au Bataclan ?

Pourquoi la disparition d’Estelle jamais retrouvée ?

Pourquoi le long gémissement de Rachel qui dans Rama pleure ses enfants.

Pourquoi le massacre des innocents de Bethléem, de Syrie ou d’Afrique ?

 

Tous ces effrois, tous ces sanglots, toutes ces complaintes, toutes ces douleurs, toutes ces révoltes qui demandent compte à Dieu …
Et Dieu les entend, les comprend, les endure.
Et Il y répond par le cri du Bien Aimé écartelé au Golgotha avec tous les Sofiane et toutes les Estelle,

 

« Mon Dieu, mon Dieu POURQUOI m’as-tu abandonné ? »

 

Sœur Françoise-Chantal o.p.

Sr Françoise Chantal

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Un enfant nous est né !

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(Matisse, « Nuit de Noël 1952 »)

Voici le corps de Dieu posé tout bas

sur la surface de la terre,

sur la pierre d’une mangeoire.

Demain, ce sera sur la pierre d’un tombeau…

Mais aujourd’hui est heure de joie.

Nous n’avons plus besoin cette nuit

d’élever les yeux,

seulement les ouvrir.

Dieu s’est agenouillé à notre hauteur.

En tout homme

désormais Il murmure :

« Ceci est mon corps »

A chacun, toutes et tous, belle fête.

Et que la paix de Dieu soit nôtre.

Anne Lécu o.p.  Soeur Anne Lécu

Visitation

Avec la rectitude de jugement qui le caractérise, saint Luc évoque de façon imagée la rencontre de Marie chez sa cousine Élisabeth.

D’une part, Élisabeth, mue par l’expérience d’un âge avancé interprète en son sein le tressaillement de son fils comme un sursaut de joie, saluant la présence bénie du Messie dont il sera le précurseur. D’autre part, marie, elle, fait l’éloge de Dieu dans un vibrant Magnificat qui honore sa modestie et son humilité. A des degrés d’importance différents, une même attente habite ces deux mères au sujet de l’avenir de leur enfant respectif.

L’attente fait partie de la vie chrétienne. Nous l’attestons par ces mots après la consécration eucharistique : « … et nous attendons ta venue dans la gloire ».

Selon le dessein de Dieu, et comme le dit saint Jean dans son prologue évangélique : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » Cet avènement est une première réponse à l’attente du Messie. Faisant son entrée dans le monde, la venue du Fils de Dieu est l’aventure la plus merveilleuse que l’humanité n’ait jamais connue. Tout au long de l’existence chrétienne, l’attente d’un royaume éternel motive la pratique des vertus et de la Parole de Dieu. Cependant, il ne faut pas oublier que le Christ s’est incarné dans un monde de pécheurs. Et l’attente parfois – tout en guidant notre marche vers les hauteurs surnaturelles – est parfois mise en échec par des facteurs de régression, tels que la lâcheté, l’inertie ou le découragement. La crainte de Dieu, mal comprise, éclipse parfois les bonnes résolutions ! C’est le moment de raviver l’espérance en se laissant émouvoir par les charmes et la tendresse du divin nouveau-né de la Crèche.

Le désir de perfection de cette dernière semaine d’Avent passe par le gage de rédemption universelle de l’humanité. Cette vérité incite les âmes consacrées, en ce Jubilé de la Miséricorde, à un redoublement de ferveur et d’amour de Dieu et du prochain.

Sr Suzanne Dangel       DSC09477

Dans l’Eglise Notre Dame de l’Arche d’Alliance, à Paris, dans le XVe,  Jean-Baptiste danse dans le ventre d’Elisabeth de la même façon que David dansait devant l’Arche d’Alliance. Les deux vitraux renvoient l’un à l’autre et font danser le texte biblique dans lequel nous sommes pris.

Or, le peuple était en attente… (Luc 3, 15)

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Soyez dans la joie ! Gaudete !

Oui, c’est un dimanche de joie, parce que nous attendons le Sauveur et qu’il vient. C’est un dimanche de joie, plus encore cette année, car nous nous apprêtons à plonger dans la miséricorde pour près d’un an.

Jean annonçait au peuple dans l’attente un baptême de conversion. Il donnait des conseils afin que chacun puisse se tenir prêt pour accueillir Celui qui vient. Il savait que son baptême n’était qu’un plongeon dans l’eau, et que le feu du Verbe ne ferait pas que « nettoyer » les fautes, mais qu’il les brûlerait. La miséricorde est au pardon ce que le baptême dans l’Esprit et le feu est au baptême de Jean.

La miséricorde de Dieu a commencé à la création du monde, quand l’amour de Dieu, brûlant, s’est déployé en création, belle, bonne, infiniment bonne. La miséricorde a culminé quand il a de ses mains, fait l’homme à son image, et qu’il s’est reposé heureux, tellement heureux d’une si belle œuvre.

La miséricorde de Dieu, c’est sa prévenance, quand il annonce un fils au vieil Abraham, ou quand il accompagne le peuple hors de l’esclavage en se faisant feu pendant la nuit et nuée pendant le jour. La miséricorde de Dieu, c’est à l’heure de l’exil quitter le temple, (comme nous le raconte Ezéchiel 10), pour aller chez les exilés. La miséricorde de Dieu, c’est encourager les prophètes à encourager le peuple. «  Ne crains pas Sion, ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu est en toi ».

La miséricorde de Dieu, c’est la présence de Dieu toujours fidèle, forte, contre vents et marées, cette présence qui reste là, aux côtés de l’homme, même quand il s’éloigne loin, loin. Et c’est en même temps le bouleversement des entrailles de Dieu, qui s’adapte, prend des chemins vertigineusement tortueux, pour rester avec nous, tellement cela seul compte pour lui, être « avec nous ».

« Dieu avec nous », pour les fêtes, dans les malheurs, dans la vie la plus ordinaire.

« Dieu avec nous » sur les chemins, à l’heure de la pêche et à l’heure de la mort.

« Dieu avec nous », crucifié, entre deux compagnons d’infortune, confondus avec eux, afin qu’ils ne meurent pas seuls.

« Dieu avec nous » dans un tombeau.

Souvenez-vous, c’est le nom de notre Dieu. C’est le nom de celui qui vient : Emmanuel. Dieu avec nous.

Le baptême d’Esprit Saint et de feu que Jean annonce, c’est cette plongée dans un amour brûlant qui fait de nous des Christ. Car Dieu a choisi d’être si pauvre qu’il n’a que nos mains, nos mots et notre amour pour être aimé. La véritable conversion, celle qui va au delà du partage avec celui qui n’a pas, au delà d’une morale respectable, c’est croire qu’avec l’incarnation du Verbe de Dieu, c’est désormais nous la maison de Dieu. Sa tente. Son Temple. C’est croire que plus rien, jamais, ne pourra dissoudre cette alliance de « Dieu avec nous ».

Oui, le peuple est dans l’attente.

Si nous ne savons plus très bien parfois ce que Noël peut signifier, c’est cela : croire que chaque vie humaine porte l’image du Fils unique de Dieu, et que nul ne peut défaire cette ressemblance.

Vivre de la miséricorde de Dieu aujourd’hui, c’est nous préparer à faire naître le Verbe en nous et à le reconnaître présent dans la vie de nos compagnons de route. En somme, il nous revient d’abriter Dieu.

C’est une joie immense.

Et difficile.

C’est même sans doute impossible.

Mais « rien n’est impossible à Dieu ».

Anne Lécu o.p.    Soeur Anne Lécu

Préparons le chemin du Seigneur

En ce 2ème dimanche de l’Avent, l’évangéliste Luc en la Bonne Nouvelle nous annonce la venue du Seigneur, en nous le situant dans l’histoire. Pour cela, il nous donne les noms des gouverneurs de ce temps dans la région de la Palestine, en nous précisant les lieux de leurs juridictions : Ponce Pilate, gouverneur de la Judée, Hérode en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène.

Il étend ces lieux à tout l’empire romain : règne de l’empereur Tibère en précisant la date : l’an 15. Luc situe aussi cet évènement dans le temps d’Israël : Les grands Prêtres qui officiaient en ce temps étaient Hanne et Caïphe.

« Et voilà que la Parole de Dieu fût adressée à Jean, » le Fils de Zacharie dont Luc narrera aussi sa conception. Cette Parole de Dieu lui fût adressée dans le désert. Le désert, lieu du « rien », de la solitude, des grands espaces, lieu dépouillé, superbe, peut et doit être : lieu de l’écoute, de la recherche, de la méditation, du discernement…. Ce n’est que là dans le retrait de la vie ordinaire, des préoccupations, loin des accaparements de choses matérielles, non essentielles que nous pouvons capter, entendre la Parole qui fait Vivre, nous fait agir….

Cette Parole de Dieu entendue par Jean est pour lui, la certitude qu’un autre temps arrive… qu’il faut s’y préparer, qu’il faut l’attendre, mais l’attendre dans l’action.

Et Luc nous dit que Jean va quitter le désert et parcourir toute la région du Jourdain, région où il y a un peuple assez nombreux. Et il va proclamer un temps de conversion comme d’autres prophètes l’ont fait avant lui, mais son cri sera plus fort, autre…. Car d’autres Prophètes ont demandé que le peuple change de comportement lorsque ce dernier s’éloignait de la Loi, s’éloignait de son Dieu.

Jean va demander à tous mais à chacun de se convertir et le signe de ce changement sera donné par un baptême. L’eau a toujours été signe de mort et de vie, mort au péché et vie nouvelle, signe du pardon des péchés.

Ce qu’il y a de nouveau dans cette voix qui crie dans le désert ou du désert d’où Jean revient: c’est l’urgence, car la proximité de la venue du Messie est tout proche. « Préparez le chemin du Seigneur ! » «rendez droit ses sentiers » Et ensuite, l’évangile nous dit : Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis… »

Non, ces éléments naturels ne changeront pas, mais avec la venue du Seigneur Jésus, de son amour, de sa fidélité et de la réponse qui lui sera donnée par les hommes, oui les obstacles à la rencontre, à la reconnaissance de Dieu, de son amour, de sa miséricorde, seront abolis ou tout au moins plus faciles à surmonter, à les vivre dans la Foi .

« Et tout être vivant verra le salut de Dieu ! »

En ce temps de l’Avent, puissions-nous prendre cette nouvelle pour nous, préparons-nous, convertissons-nous afin que le Seigneur puisse nous accorder son Salut. Peut-être, pouvons-nous aussi crier à ceux que nous rencontrons : « Préparez le Chemin du Seigneur, car Il est venu, mais Il vient encore pour nous aujourd’hui. » Ne nous trompons pas de chemin !

 

Sœur Marie Christine         Marie Chrisitne