Retournement

« Tous lui rendaient témoignage ; et ils s’étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. » … « Tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville jusqu’à un escarpement pour le précipiter en bas. »

Dans ce passage de l’évangile, ce qui frappe au premier abord, c’est le retournement de la foule dès que Jésus prend la parole. On ne peut que penser à ce qui va se passer à Jérusalem, quand les mêmes foules qui acclament Jésus le jour des Rameaux réclament, quelques jours après, sa crucifixion.

Qu’a bien pu faire Jésus pour voir l’opinion publique se retourner ainsi ? Pourquoi ses concitoyens de Nazareth, qui semblaient tout disposés à l’entendre, se mettent- ils soudain à le haïr ?

D’une part, cette petite communauté qui pensait le connaître – c’est le fils de Joseph, le charpentier, quelqu’un qui a grandi parmi nous…. Il dit de belles paroles, il a fait beaucoup de miracles à Cana et à Capharnaüm; et en plus il est de chez nous ! – découvre soudain que Jésus n’est pas celui qu’ils croient. Il n’est pas le voisin sympathique qui est prêt à tous les arrangements, et même à toutes les compromissions, pour se faire bien voir du public. Il est proche de tous, c’est même un ami, oui, mais un ami exigeant. Un ami exigeant parce qu’il veut notre bien mais qui connaît nos faiblesses.

Et d’autre part, en choisissant l’exemple d’une veuve sauvée de la famine, et d’un étranger, guéri de sa lèpre, Jésus résiste à l’attitude possessive manifestée par son peuple. Il refuse de placer ses dons extraordinaires au service de son propre peuple, plaçant les étrangers en premier, il signifie son orientation particulière vers les pauvres : si l’Évangile s’adresse à tous, Jésus rappellera à plusieurs reprises qu’il est venu pour les exclus, les petits, les sans-voix… Alors, ils ferment leur cœur et leur esprit et passent au rejet.

Est-ce que cette histoire ne nous est pas encore familière ? Combien de fois nous sommes-nous trouvés dans des situations similaires ? Les critiques les plus sévères viennent souvent de gens proches de nous et nos critiques touchent souvent ceux que nous côtoyons …

Puisse le Seigneur nous accorder un cœur magnanime, afin que nous reconnaissions la bonté, la grandeur et la beauté des autres personnes, au lieu d’être jaloux de leurs dons. Que le Seigneur nous aide à développer l’amour en nous. Qu’il nous rende dociles à sa parole pour que jamais nous ne soyons tentés de le rejeter et que nous trouvions la force d’agir envers nos frères à l’image de l’amour que le Christ nous a manifestés, Lui qui est venu donner sa vie pour nous apporter la Bonne Nouvelle de notre salut, lui qui est passé au milieu de nous en faisant le bien, pour nous permettre de marcher, à sa suite jusqu’aux biens éternels qu’il nous a promis.

 

Soeur Catherine Aubry

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Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture

Avant tout, « Pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus »v.4

Au cours de ce prologue dédié à un certain Théophile, (ami de Dieu), saint Luc annonce qu’il n’écrit pas à partir de rien, ce qu’il écrit est le fruit de ce qu’il a vécu et reçu des apôtres et qu’il veut transmettre dans son intégralité, il veut témoigner aux « Théophiles », d’aujourd’hui, qui ont besoins d’une parole libératrice.

Après cette présentation que nous fait l’Evangile de ce dimanche, Luc, nous présente le début de la vie de Jésus en Galilée, avec la puissance de l’Esprit, revenons un petit peu en arrière aux versets.1-13, ou Jésus sort victorieux de la tentation au désert. Alors, avec cette puissance, il « revint en Galilée » où il commence son ministère, sa vie publique, de là il traverse pour arriver à Nazareth, sa patrie (de là l’expression « Jésus de Nazareth ») où il est connu comme le fils de Marie et de Joseph le charpentier.

Et aujourd’hui, Jésus se présente dans la synagogue pour inaugurer son ministère apostolique par une liturgie de la Parole. (Le texte nous montre le cérémonial de la proclamation de la parole : il se leva… on lui remet le livre… il ouvrit et trouva le passage… Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit).

Cette même liturgie que les juifs célébraient fidèlement chaque jour du sabbat. La parole proclamée par Jésus dans la synagogue, est tirée du prophète Esaïe, cette parole annonce une conversion, une libération, sous l’action de l’Esprit de Dieu. Jésus va réconforter et libérer les opprimés, à travers la proclamation de la bonne nouvelle.

Le texte, nous dit qu’après avoir remis le livre au servant, Jésus s’assoit probablement pour méditer. Tous les yeux sont fixés sur lui, nous dit saint Luc, après les regards des Nazaréens, c’est alors que Jésus annonce : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’écriture que vous venez d’entendre »

Jésus est venu annoncer une année de grâce, el il ajoute : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’écriture… » C’est le temps où les promesses deviennent réelles. Nous sommes dans le temps de l’Eglise dans « une Année Sainte extraordinaire pour vivre dans la vie de chaque jour la miséricorde que le Père répand sur nous depuis toujours. Au cours de ce Jubilé, laissons-nous surprendre par Dieu. Il ne se lasse jamais d’ouvrir la porte de son cœur pour répéter qu’il nous aime et qu’il veut partager sa vie avec nous. L’Eglise ressent fortement l’urgence d’annoncer la miséricorde de Dieu. La vie de l’Eglise est authentique et crédible lorsque la miséricorde est l’objet d’une annonce convaincante. Elle sait que sa mission première, surtout à notre époque toute remplie de grandes espérances et de fortes contradictions, est de faire entrer tout un chacun dans le grand mystère de la miséricorde de Dieu, en contemplant le visage du Christ ». (Misericordia Vultus, N° 25).

 

Sr. María Esperanza Olartemateus

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Tu seras appelée « Ma préférence »

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C’est une histoire de noces.

Depuis le début, l’histoire biblique est une histoire de noces entre Dieu et son peuple.

Ce n’est pas n’importe quelle eau qui est transformée en vin ce jour là : mais l’eau des jarres qui servaient à la purification. Avec le Christ, cette purification est devenue inutile. Il est, Lui, Celui par qui tout est purifié.Le vin de fête a remplacé l’eau de la purification. Et les jarres sont remplies, tassées, débordantes de cette eau inutile qui devient vin de fête et de joie.

Cette histoire se situe au chapitre 2 de l’évangile selon Jean. C’est la première fois que l’on voit la mère de Jésus, dont le nom n’est pas prononcé. On la verra une seconde et dernière fois au chapitre 19, à l’heure de la croix, quand Jésus lui-même va verser son sang, l’ultime vin de noce. Alors l’alliance sera définitivement scellée lorsque lui et nous pourrons entendre à nouveaux frais ce cri de joie d’Isaïe :

Toi, tu seras appelée « Ma préférence », cette terre se nommera « L’Épousée ». Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra « L’Épousée ».

 

Que chacun de nous puisse croire que ce titre de gloire « Ma préférence », lui est adressé en propre, d’une manière toute singulière, par le Dieu de miséricorde qui remplace l’eau des purifications par le vin de son amour, versé pour nous !

 

Soeur Anne Lécu o.p. Soeur Anne Lécu

Le baptême du Seigneur

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Magnifique prophète Isaïe. Comment ne pas croire qu’il est inspiré par l’Esprit de Dieu. Par Lui, il sait déjà tout, il a tout compris. « Notre service est accompli, notre crime est expié ». Nous sommes le peuple de Dieu, son peuple consolé relevé, pardonné, saint.

Pourtant, on ne peut pas vraiment dire, au regard de notre réalité humaine, que cela apparaisse aussi évident ; mais ça aussi, il le sait. Dans nos déserts, nous avons nos chemins tortueux, ou nous sommes nous-mêmes torturés. Notre espérance alors est de compter sur la simplicité d’un Dieu UN et sans partage. Les ravins de nos manques, que jamais rien ne peut combler ici-bas, nous entrainent constamment vers la faute ou le péché parce qu’un manque ne se comble pas, mais se guérit. Notre espérance alors est de nous tourner vers Dieu, le Très Miséricordieux. Nos montagnes ou nos collines d’orgueil sont abaissées et deviennent de larges vallées ouvertes aux autres, à l’Autre parce que Dieu Trine est doux et humble.

Nous, tout ce que nous connaissons de Dieu nous l’apprenons de Jésus, vous savez bien, Celui des Béatitudes. Nous croyons qu’Il est « la bouche même de Dieu, le berger qui rassemble ses agneaux et les porte sur son cœur ». Isaïe (40, 1-5, 9-11).

Oui, bien sûr, nous attendons chaque jour, autant pour nous-mêmes que pour les autres, que se réalise « la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ ». Mais croyons-nous suffisamment que nous sommes rendus justes par sa grâce afin de devenir, au moins en espérance, héritiers de la vie éternelle… Désirons-nous vraiment la sainteté et en prenons-nous tous les moyens…

En définitive, mais vraiment sincèrement, nous savons bien que nous n’avons réellement que notre désir de Lui obéir, que notre espérance, chaque jour à réanimer, que notre foi, parfois bien vacillante, à Lui offrir parce que c’est tout ce qu’il nous demande. Saint Paul à Tite (2, 11-14 ;3, 4-7).

Baptisés, par et dans le Christ, nous le sommes dans l’Esprit et le feu. Alors ce feu, ne serait-il pas ce temps de purification nécessaire : ce qui manque à notre désir, à notre espérance, à notre foi, éprouvés ou/et confortés par l’attente de la révélation des fils de Dieu. Afin qu’un jour, à notre tour, chacun, chacune, puisse entendre et prendre à son compte : « Toi, tu es mon fils, ma fille, bien aimé en toi, je trouve ma joie » Lc, ( 3, 15-16.21-22)

Sr. Christine  photo

Épiphanie

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Quelques savants fous, orientaux il est vrai, mais érudits pourtant, se lancent dans une recherche peu commune. Leur science n’est d’ailleurs ici d’aucune utilité, car ils cherchent un enfant. Un enfant roi. Ils partent donc, du côté de la lumière commençante du monde, vers Jérusalem. Eux, des païens, entrent en ce lieu du Temple pour que les Écritures les instruisent. Se laisser toucher, emmener par la Parole du Livre sur le chemin de Bethléem. Là, une étoile pas comme les autres, une étoile pour leurs cœurs, les guidera jusqu’à l’étable.

Des mages quêtent un visage d’enfant. Hérode, lui, enquête, habité par la peur. Tout le drame est à cet endroit. Les uns vont une rencontre bouleversante, inédite et pourtant minuscule : un enfant nouveau-né. L’autre, roi malade de son pouvoir et ses pompes, mène sa chasse policière pour parer à tout danger potentiel. Son obsession va lui faire exécuter nombre de ses propres fils, innocents tous.

Le sort de Dieu est là ; devenir des naissants qui n’en finissent pas de découvrir, d’apprendre, de tenter de comprendre leurs vies et le monde. De les aimer comme Dieu les aima au point de leur confier son fils unique. Ou s’agripper à ses certitudes, son pouvoir, son dérisoire royaume jusqu’à en étouffer de violence aveugle.

Ces hommes du pays du soleil levant viennent se prosterner devant le silence fait chair. Car la révélation du Dieu incarné est d’abord silence. Les limiers d’Hérode peuvent-ils recevoir ce silence ? sans doute pas. Car il n’y a là ni investigations, ni papiers à déclarer. Juste contempler. Déchiffrer le silence. Les mages savent, eux qui s’inclinent doucement au pied de ce nouveau-né, sans autre parole que sa vie offerte à qui s’approche. L’invisible du Sauveur est là, dans le visible de l’enfant. Déjà nous voyons sa gloire, dira Jean. Dans sa chair vulnérable, les mages honorent la vraie royauté : se donner au monde. Eux non plus d’ailleurs ne parlent pas. Discrétion des mots, pour ne pas faire peur au silence qui protège la parole naissante, l’entoure ; elle qui demain proclamera la tendresse de Dieu pour chacun de ceux qui se croient à l’écart. Ces visiteurs du lointain, comme les bergers, comme Marie et Joseph, sont émerveillés devant ce petit d’homme, beauté unique de tout enfant aimé. Seule l’hospitalité peut recevoir le silence qui s’ouvre au Verbe.

 

Pouvons-nous, nous aussi, suspendre nos voix, pour qu’advienne en nous le souffle du Vivant. En ces jours où la Parole est si fragile, remise à notre recueillement, saurons-nous voir entre les choses, entre l’étable et l’enfant, auprès des mages, un fils d’homme s’exposant à nos soins, Dieu lui-même qui s’offre à chacune de nos histoires.

Les mages le comprirent. N’est-ce pas pour cela qu’ils vont repartir par un autre chemin ? Après la rencontre du Dieu vivant, impossible de revenir à sa vieille route.

Invitation faite par cette douce clarté de la nuit de Bethléem : oser prendre un nouveau chemin pour la vie, en cet an neuf.

 

Véronique Margron op. IMG_3138 - Version 2