Épiphanie

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Quelques savants fous, orientaux il est vrai, mais érudits pourtant, se lancent dans une recherche peu commune. Leur science n’est d’ailleurs ici d’aucune utilité, car ils cherchent un enfant. Un enfant roi. Ils partent donc, du côté de la lumière commençante du monde, vers Jérusalem. Eux, des païens, entrent en ce lieu du Temple pour que les Écritures les instruisent. Se laisser toucher, emmener par la Parole du Livre sur le chemin de Bethléem. Là, une étoile pas comme les autres, une étoile pour leurs cœurs, les guidera jusqu’à l’étable.

Des mages quêtent un visage d’enfant. Hérode, lui, enquête, habité par la peur. Tout le drame est à cet endroit. Les uns vont une rencontre bouleversante, inédite et pourtant minuscule : un enfant nouveau-né. L’autre, roi malade de son pouvoir et ses pompes, mène sa chasse policière pour parer à tout danger potentiel. Son obsession va lui faire exécuter nombre de ses propres fils, innocents tous.

Le sort de Dieu est là ; devenir des naissants qui n’en finissent pas de découvrir, d’apprendre, de tenter de comprendre leurs vies et le monde. De les aimer comme Dieu les aima au point de leur confier son fils unique. Ou s’agripper à ses certitudes, son pouvoir, son dérisoire royaume jusqu’à en étouffer de violence aveugle.

Ces hommes du pays du soleil levant viennent se prosterner devant le silence fait chair. Car la révélation du Dieu incarné est d’abord silence. Les limiers d’Hérode peuvent-ils recevoir ce silence ? sans doute pas. Car il n’y a là ni investigations, ni papiers à déclarer. Juste contempler. Déchiffrer le silence. Les mages savent, eux qui s’inclinent doucement au pied de ce nouveau-né, sans autre parole que sa vie offerte à qui s’approche. L’invisible du Sauveur est là, dans le visible de l’enfant. Déjà nous voyons sa gloire, dira Jean. Dans sa chair vulnérable, les mages honorent la vraie royauté : se donner au monde. Eux non plus d’ailleurs ne parlent pas. Discrétion des mots, pour ne pas faire peur au silence qui protège la parole naissante, l’entoure ; elle qui demain proclamera la tendresse de Dieu pour chacun de ceux qui se croient à l’écart. Ces visiteurs du lointain, comme les bergers, comme Marie et Joseph, sont émerveillés devant ce petit d’homme, beauté unique de tout enfant aimé. Seule l’hospitalité peut recevoir le silence qui s’ouvre au Verbe.

 

Pouvons-nous, nous aussi, suspendre nos voix, pour qu’advienne en nous le souffle du Vivant. En ces jours où la Parole est si fragile, remise à notre recueillement, saurons-nous voir entre les choses, entre l’étable et l’enfant, auprès des mages, un fils d’homme s’exposant à nos soins, Dieu lui-même qui s’offre à chacune de nos histoires.

Les mages le comprirent. N’est-ce pas pour cela qu’ils vont repartir par un autre chemin ? Après la rencontre du Dieu vivant, impossible de revenir à sa vieille route.

Invitation faite par cette douce clarté de la nuit de Bethléem : oser prendre un nouveau chemin pour la vie, en cet an neuf.

 

Véronique Margron op. IMG_3138 - Version 2

 

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Une réflexion au sujet de « Épiphanie »

  1. C est
    Superbe chère Véronique. ..ce silence fait chair! Sois remercié e…tu élèves mon âme et me donnes à méditer. Je t embrasse affectueusement. Anne-Marie Saunal

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