Nouvelle Maison Saint-Charles

Vous vous souvenez peut-être d’un article de La Croix présentant le projet que nous avons  dans le XVe arrondissement de Paris d’habitat intergénérationnel. Vous pouvez retrouver cet article ici.

Désormais, la future maison Saint Charles a son site internet !

N’hésitez pas à vous y rendre !

Capture d’écran 2016-03-31 à 09.16.08

 

Publicités

Divine douceur

Un soir du monde, un ami est mort.

Lazare est mort et Jésus est bouleversé. Lazare est mort et ses sœurs sont effondrées.

Alors Jésus vient, réconforte et se rend au tombeau. Là, après avoir fait rouler la pierre, il dit d’une voix forte « Lazare, sors dehors ! », et il sortit du monde des ombres. Jésus de poursuivre : « déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11). Un mort est revenu chez les vivants. De la vie a été arrachée à la mort qui la tenait captive. Force inouïe et unique de l’amitié de Jésus. Divine douceur.

 

Un soir sur le monde, l’Ami par excellence, l’Ami de tous les délaissés, l’Ami des plus fragiles est mort, lui aussi. Assassiné. Exécuté afin de ne pas déranger l’ordre établi qui prétend garder maîtrise sur Dieu.

Quelques temps avant son arrestation, il disait à son Père « ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi » (Jn 17, 25-26). Cet homme-là, dont la vocation est d’être un passeur, a été séparé des siens par la Croix et par la mort.

Tout semble alors fini. Pour les ennemis comme pour les amis. Pour les puissants comme pour les humbles. Nuit obscure du monde, d’hier comme d’aujourd’hui.

 

Capture d’écran 2016-03-26 à 13.03.37

Mais voilà, une femme veille. Une femme aura suffi pour que s’inaugure le matin du monde.

Marie de Magdala se lève, alors que « la ténèbre était sur les eaux » (Genèse 1, 2), au creux de la nuit encore, de la peur, de la fatigue et de l’incompréhension. Elle part seule vers le tombeau de Jésus. Pourquoi ? Nul ne sait. Sinon que son amour fait aller ses pas, il lui intime que rien d’autre ne compte que de se rendre auprès de celui que son cœur a tant aimé. Marie de Magdala, elle, témoin de la Croix, témoin de la mort. Présente jusqu’à la fin. Témoin alors de l’eau et du sang jaillis du côté du crucifié : la vie ne saurait être retenue par les clous et déjà se transmet pour tous. Inouï de l’amitié de Jésus pour son peuple. Pour tous. Partager non la mort, mais la vie encore et encore. L’offrir, gratis.

La Madeleine, sœur de tous les perdus du monde, de tous les aimants du monde aussi, s’élance, seule réponse possible à tous les pourquoi, du sein même de la perte de l’Aimé. Elle vient pour se tenir là. Simplement. Encore au plus près, comme durant la vie de Jésus. Opiniâtreté des femmes, dans la nuit.

 

Mais la ténèbre a été fracturée : de la mort, auprès de laquelle elle vient se recueillir et qu’elle ne trouve pas, elle repart aussitôt vers la vie. Courir, dire, revenir avec d’autres.

Elle ne cherche ni explication, ni preuves. Elle ne fait pas d’enquête.

Juste une divine douceur : un tombeau scellé a été ouvert. Un tombeau extérieur : celui du Jésus le Nazaréen. Un tombeau intérieur : en elle.

Pierre et le disciple que Jésus aimait arrivent. Ils entrent, ils voient. Quoi donc ? Le plein d’une présence. Mais pas celle de la mort. Des signes attestent pourtant qu’elle est bien passée par ici : les bandelettes et le linge qui enveloppaient le visage sont là. Oui, il était bien mort. Mais la mort a disparu et les bandelettes n’ont pu la maintenir.

 

Quelle présence alors ? Celle d’une vie qu’on ne peut saisir, du souffle du Vivant qui poursuit sa course. Pour ouvrir les tombeaux des vivants.

 

Divine douceur du matin du nouveau monde. L’amitié de Dieu fait toutes choses nouvelles.

 

Un peuple nouveau va naître. Non du sang, non de la terre ni des pouvoirs ou des savoirs, mais de l’amitié incomparable du Père pour le Fils. De l’amitié du Fils pour toute femme, tout homme dont le cœur est ouvert. De l’amitié qui nous tire vers le souffle de l’avenir, quand la douleur et les malheurs voudraient nous garder au fond du désespoir.

 

Un peuple nouveau va naître. De l’amitié de Dieu pour ce monde renaissant.

 

Véronique Margron op.

IMG_3138 - Version 2

…car le Seigneur en a besoin…

Il faut détacher le petit âne car le Seigneur en a besoin.

C’est de toi, de moi, que le Seigneur a besoin cette semaine, pour être porté.
Fais toi Christophore.
Laisse toi délier, car le Christ a besoin de toi.
Porte ton Dieu.
Monte avec lui à la ville sainte.
Accompagne ses pas,
Laisse toi mener par lui comme il se laisse mener par tous.
Ne crains pas d’assister au renversement de tout ce que tu croyais.
Ton roi éphémère est bien l’Unique.
Mais en cette heure, c’est à toi de veiller sur lui.
Il a besoin de toi.

Anne Lécu

IMG_1528

Parce que la Passion de Jésus-Christ révèle dans le temps l’éternelle passion de Dieu pour l’homme, Dieu sera éternellement crucifié tant qu’il y aura un seul être, une seule créature qui dira non. Il n’y a pas de partialité en Dieu. Dieu n’est pas une mère qui discerne entre ses enfants ; chaque créature est l’objet d’une tendresse infinie et, tant qu’il y en aura une seule qui ne sera pas engrangée dans les moissons éternelles, Dieu sera crucifié. C’est cela l’Enfer, l’Enfer de Dieu, l’Enfer dans la lumière de la Croix, l’Enfer auquel nous condamnons Dieu et dont il faut absolument le délivrer. C’est la seule façon d’entendre l’appel de la Croix. Il ne s’agit pas d’un sacrifice offert à un Moloch par un innocent traqué et abandonné, il s’agit de cette innocence du Dieu révélé en Jésus. Il s’agit de la Passion d’un Dieu qui est mère, infiniment plus que toutes les mères, et dont la justice maternelle comporte cette substitution de l’innocence infinie à la culpabilité illimitée. Et si cela est vrai, il faut absolument renverser toutes les perspectives : ce n’est pas nous, c’est Dieu qu’il faut sauver. Il faut sauver Dieu de nous-mêmes, comme il faut sauver la musique de notre bruit, la vérité de nos fanatismes et l’amour de notre possession. La Croix est finalement la cicatrisation de toutes les blessures que Dieu n’a pas cessé d’endurer au cours de l’Histoire, puisque tous les maux et les catastrophes qui ont affecté l’Univers, la Vie et l’humanité, ont été autant de blessures dans le Cœur de Dieu.

Maurice Zundel

 

Moi non plus, je ne te condamne pas.

Le texte suivant est à paraître pour Carême dans la ville, cette semaine.

Le Christ est au temple et le temple c’est lui.

Au centre du cercle, au cœur du temple, voilà cette femme, accusée par les hommes du temple, menacée, condamnée bientôt. Sans comprendre ce qu’ils font, ils la placent au milieu, c’est-à-dire là où est Jésus, lui qui est « le milieu de nous », le cœur de nos relations, l’entre-nous, le cœur de Dieu, le point focal de la miséricorde.

En la mettant au milieu de leur cercle pour l’accuser, les hommes du temple placent la femme en compagnie du Christ, et dans le même mouvement l’accusent, lui, implicitement, de désinvolture devant la loi de Moïse. Subrepticement, Jésus prend la place de la femme, de l’accusée, (à tel point que quelques versets plus loin, c’est lui que l’on cherchera à lapider).

Ce geste, il le fait avec chacun de nous. La non condamnation de la femme est en même temps la non condamnation des scribes et des pharisiens. Ils se sont jugés eux-mêmes, cela suffit. Au cœur de nos fautes, il est là, lui le Défenseur, à nous tenir la main et à recevoir l’offense à notre place. Jusqu’à la croix, où il a porté la condamnation pour nous en délivrer. Il faut se blottir près de lui, jusqu’à se glisser dans son côté ouvert pour recevoir la vie qu’il offre : « Moi non plus, je ne te condamne pas ».

Le Christ, aujourd’hui, te dit cela à toi. Ce faisant, il te fait naître à la vie. Il te crée du dedans. Il fait de toi, de ta chair, de ta peau, son temple. Dans le saint des saints que tu es, il n’y a pas de place pour la condamnation. Ni pour l’accusation.

 

Anne Lécu o.p.

Prêcher au féminin ? L’évangile a tout à y gagner

Nous reproduisons ici un article paru dans La Croix, le 7 mars 2016.

Véronique Margron, provinciale des dominicaines de la Présentation et professeur à la Faculté de théologie de l’Université catholique de l’Ouest à Angers.

Dans l’Évangile, les premières à annoncer la Résurrection sont des femmes. Et en 2016 on est en train de se demander si des femmes pourraient prêcher… C’est un lien facile, mais cela paraît un peu décalé.

Permettre aux laïcs de prêcher est de l’ordre de l’évidence, dans une humanité composée pour moitié de femmes, et dans une Église composée à plus de 90 % de laïcs… D’ailleurs, beaucoup de laïcs prêchent déjà, par exemple dans le cadre de la pastorale des funérailles. L’Église n’a rien à craindre à aller au-delà, l’annonce de l’Évangile a tout à y gagner.

Contempler la Parole et le monde

On doit comprendre l’argument de l’unité de la présidence de l’Eucharistie. Mais la proposition d’Enzo Bianchi est raisonnable : il suffit que le prêtre manifeste par une forme de rite qu’il donne la parole à une personne pour prêcher.

La prédication est liée à la contemplation de la Parole et du monde, à l’étude, qui ne sont pas réservées au prêtre. L’annonce de l’Évangile est au cœur de notre foi, et de la condition de tout baptisé. Bien sûr, ce n’est pas parce qu’on est baptisé qu’on peut automatiquement prêcher, mais c’est profondément lié.

On peut instaurer des critères pour encadrer ce genre de pratique, comme l’implication dans la foi de l’Église, le charisme personnel pour prendre la parole en public, et bien sûr une formation théologique. Et il ne s’agit pas qu’un laïc prêche tous les dimanches !

> À lire aussi : Dominique Coatanéa, théologienne du bien commun

Bien sûr, le risque d’abus existe toujours, de même que des prêtres peuvent parfois abuser de leurs prérogatives. On peut toujours faire de la parole un lieu de pouvoir. Mais l’immense majorité des chrétiens pratiquants sont des gens de bonne volonté, il ne faut pas imaginer qu’ils vont s’en emparer et revendiquer un « droit à prêcher ».

Une autre expérience d’humanité

L’enjeu, c’est de servir au mieux la parole du Christ, qui est la seule qui puisse tout accueillir de nos vies. Dans l’Église, il ne faut pas penser de façon exclusive : ce n’est pas parce qu’on rend quelque chose possible pour quelqu’un qu’on l’enlève à quelqu’un d’autre.

Cela ne remettrait pas du tout en cause le fait que l’enseignement fasse profondément partie du ministère du prêtre. Mais cela permettrait de rééquilibrer sa parole en l’ouvrant au-delà de lui-même, parce que son expérience, sa sensibilité et sa formation ne sont pas le tout de l’interprétation de l’Évangile et de sa transmission à une communauté.

Dans les paroisses où il y a des diacres, on voit bien l’importance de leur prédication, tout simplement parce qu’ils ont une autre expérience d’humanité, qui permet de faire entendre autre chose.

Personne ne possède l’Évangile, pas davantage la capacité et la responsabilité de le transmettre. Ce qui importe c’est que l’Évangile soit offert à toute la communauté, dans sa pluralité, et que la question centrale, c’est de savoir comment la prédication parle à la vie réelle.

Gauthier Vaillant

De la difficulté de devenir chrétien

Le texte choisi aujourd’hui ( 2e lecture du 4e dimanche de carême ) , est tiré de la deuxième lettre de St Paul aux chrétiens de Corinthe, dont certains membres – influencés, d’une part, par les moeurs encore païennes de cette grande ville commerçante, et d’autre part, par une habitude de la débauche, – s’opposaient fortement à l’enseignement de St Paul.

St Paul insiste donc sur le « temps présent », temps du Christ, mort pour nos péchés et ressuscité :

2Co5,17 : «  Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle ; l’être ancien a disparu, un être nouveau est là ».

Il faut donc laisser au passé les idoles et la débauche, et s’ouvrir au Christ qui nous a réconciliés avec Dieu.                                                                                          Et St Paul ajoute :

2Co5,19 : «  De toutes façons, c’était Dieu qui, dans le Christ, se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ : c’est comme si Dieu exhortait par nous ».

St Paul est profondément douloureux de constater que le message du Christ,…

–   et quel message … mort pour nous bien que totalement innocent, et pardonnant tout, alors qu’Il est sur la croix…- que ce message d’une infinie miséricorde , n’atteigne pas ce groupe de Corinthiens embourbés dans leurs habitudes anciennes.

St Paul avait dit un jour :

Gal 2,20 : « Avec le Christ, je suis un crucifié ; je vis, mais ce n’est plus moi , c’est le Christ qui vit en moi…je ne rends pas inutile la grâce de Dieu. ».

 

C’est pourquoi il dit encore à ces Corinthiens :

« 2Co5,20 : « Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu »

Toute la souffrance de Paul est là : la souffrance et la miséricorde du Christ seraient-elles donc vaines ? Quelle est cette liberté que le Créateur a donnée à l’homme pour que celui-ci ose ainsi défier Dieu lui-même ?

L’appel de Paul a-t-il été, et est-il encore entendu ?

 

Sr. Elisabeth Frey  Capture d’écran 2015-07-19 à 09.44.52