Une ferme résolution

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Dans ce passage, Jésus dit au revoir à la Galilée, terre de grande mission et ouvre la voie à Jérusalem, la terre de son destin. Maintenant le temps est accompli selon le plan du Père: « Il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens… qu’il soit tué et que le troisième jour, il ressuscite” (Luc. 9,22)

 Les six chapitres suivants, nous allons voir Jésus « Monter vers Jérusalem» avec un itinéraire plus missionnaire qu’un simple changement de topographie.

Nous allons regarder ce passage en trois étapes:

  1. La décision de Jésus (9,51) « Comme arrivaient les jours où il allait être enlevé, il prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem ».

Jésus achève sa mission en Galilée, maintenant c’est le moment de « monter ». D’inaugurer d’autres missions, sur des chemins différents, où les hommes ont besoin d’écouter pour être sauvés. Mais pour Jésus ce sera l’accomplissement du temps, le temps d’être « enlevé ». Cette nouvelle voie, ce temps nouveau a une cible bien définie: Jérusalem. Jésus a fixé son regard vers la Cité Sainte, la décision a été prise avec « résolution », donc Jésus accueille la manière dont le Père a préparé ce chemin, qui sera pour Lui le prélude de sa mort et pour nous un prélude à la vie…

  1. L’échec avec les Samaritains. (53)

Un chemin qui commence mal: «  Mais on refusa de l’accueillir parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.   (Luc. 9, 53)

Jésus avait non seulement décidé d’aller à Jérusalem, mais aussi de

s’arrêter en Samarie, ne pas être seulement quelqu’un qui traverse cette région, mais là, il voulait être missionnaire. “ Il envoya devant lui des messagers. Ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains, afin de faire des préparatifs pour lui » (52). Dans cette ville ennemie des Juifs, Jésus a voulu réaliser le projet du Père; « Qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » 1 Tm 2,4

Mais comme il se dirige vers Jérusalem, il n’est pas accueilli, aucune hospitalité envers Jésus, il y a un rejet total de sa mission, de sa MISERICORDE ; devant cette réponse les disciples Jacques et Jean, connu sous le nom de «fils du tonnerre» pour son tempérament (Mc 3,17), ont demandé à raser cette ville au feu (9, 54) mais Jésus ne leur permet pas, il veut mener à bien le projet du Père, atteindre son but, il les réprimandes pour leur manque de compréhension et leur violence “Mais lui se retournant , les réprimanda”  (9.55)

Il est vrai que Jésus demande à être accueilli, mais il est également vrai qu’il laisse les hommes libres, il ne veut pas s’imposer, mais être accueilli librement. Le chemin de croix comprend le rejet, et cette expérience de Jésus le long de la route, ne l’empêche pas de poursuivre sa mission : « Et ils allèrent dans un autre village ». (9.56)

  1. Les exigences d’une suite inconditionnelle. (9, 58-62)

Sur la route, il sera résolument à la rencontre de son destin à Jérusalem, le Maître, rencontre trois candidats à être disciple pour une vie missionnaire.

Le premier (9,57) et le troisième aspirant (9,61) se présentent spontanément à Jésus. Le second est appelé directement: « suis-moi » (9,59); L’évangéliste ne dit pas qu’elles ont été les motivations qui les ont attirés vers Jésus.

La vérité est qu’ils sont fascinés par l’enseignant et veulent rester avec Lui. Mais il y a des exigences qui en découlent. Quand on vient à suivre Jésus on doit être prêt à… Soyez prêts à partager sa pauvreté. (9,57 à 58),

En quittant le royaume de la mort pour entrer dans la vie, selon le Royaume. (9,59 à 60),   Un vrai adieu au passé et toujours mis en avant, (9,61 à 62).

L’Évangile nous laisse en suspens, les trois personnages après les paroles de Jésus, l’ont-ils vraiment suivi ou non ? Chacun de nous est en attente d’une réponse.

Sr. María Esperanza OLARTE-MATEUS.Capture d’écran 2016-06-26 à 08.34.27

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Prix de spiritualité Panorama La Procure

Jeudi 23 juin, Anne Lécu, dominicaine de la présentation, a reçu le prix de spiritualité « Panorama La Procure » pour son dernier livre Tu as couvert ma honte. 

En même temps était remis le prix spécial du jury à Jean-Pierre Lemaire, poète peu connu, dont toute l’oeuvre poétique vient d’être publiée dans un magnifique volume de Gallimard : Le pays derrière les larmes. A lire absolument !

La page Facebook du site de Panorama retransmet l’événement ici :

 

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Ce livre est un cadeau…

 

Ce livre est un cadeau car j’ai joué en écrivant ce qui au début était une retraite pour des frères et pas du tout un livre, orienté sur la miséricorde de Dieu alors que l’année de la miséricorde n’avait pas été annoncée.

 

C’est un cadeau du père Lataste, qui m’a fait progressivement approfondir la notion de discrétion de Dieu lui-même qui ferme les yeux sur ce qui dans nos vies n’est pas à la hauteur, sur la honte, sur nos manquements.

 

C’est un cadeau de mes frères dominicains, qui m’ont encouragée à travailler (je pense à Bertrand et à notre premier livre ensemble il y a dix ans), qui m’ont encourager à prêcher (je pense à Thierry et à Retraite dans la ville, mais aussi au frère de St jacques et à ceux du Caire qui m’ont conviée à prêcher sur ce thème de la tunique), qui m’ont encouragée à publier (Je pense à Renaud et au Cerf.)

 

C’est un cadeau que m’ont permis mes sœurs, en me donnant du temps pour étudier et en m’encourageant à travailler en prison depuis si longtemps (20 ans presque) et en me permettant d’y rester, car seule la longue durée de présence dans un endroit si particulier que celui-ci peut avoir des effets durables dans une vie comme la nôtre, effets sur la manière de lire, la manière de vivre et peut-être la manière d’aimer.

 

Ce livre est un cadeau, de vous ce soir, car des lecteurs m’ont fait à cette occasion des confidences sur ce que ce texte a été pour eux qui clairement, me dépassent…

 

Ce livre est un cadeau pour moi, reçu des découvertes faites en jouant avec le texte. J’ai été émerveillée de découvrir que le mot KPPR pour dire le grand pardon, c’était « recouvrir ». J’ai été émerveillée de la discrétion de notre Dieu qui préfère dès la Genèse recouvrir la honte d’Adam pour qu’il puisse vivre, et qui à l’heure de la passion, échange une tunique de luxe contre un linceul…

 

Et je crois tellement que c’est urgent de dire que ce n’est pas le péché qui intéresse notre Dieu, mais nous !

Anne Lécu o.p.

Pour vous, qui suis-je ?

Nous avons tous remarqué que les personnes âgées (et quelquefois de moins avancées en âge) évoquent leurs souvenirs … les ressassent … les rabâchent. Le présent, l’avenir, ne semblent pas avoir place dans leur existence. Celles-là sont « vieilles ».
D’autres, au contraire, aiment leur vie d’aujourd’hui. Et même sont tournées vers l’avenir. Il va encore se passer quelque chose : un coup de fil comme une bonne surprise, la visite inattendue d’un enfant, le SMS du petit fils annonçant son succès au bac, un message internet venu des antipodes de la part d’une petite fille …..

Bref, la vie c’est « chouette ».

Jésus, après avoir prié, c’est-à-dire après avoir pris de la distance avec le quotidien, après avoir trouvé dans la prière un espace de liberté, pose une question à ses disciples :

« Pour la foule qui suis-je ? »

Pour la foule … pour ceux qui marchent derrière des banderoles, qui s’égosillent à crier des slogans, qui guettent le manant pour lui proposer le dernier sondage … les suiveurs, quelquefois les casseurs …..

Et les disciples répondent : «  Jean-Baptiste, Elie, un prophète d’autrefois …» Autrement dit la foule ressasse, rabâche.
Elle est tournée vers hier et même vers « autrefois » !

Jésus ne fait pas de commentaire. Mais pose à nouveau la question à ceux qui le suivent, à ses proches. Pierre, le spontané, l’extraverti, celui qui réfléchit après avoir parlé, répond « Le Messie de Dieu »

Un nom qui ouvre l’avenir,

Un nom qui inaugure le changement,

Un nom qui déverrouille le passé.

Mais attention de quel Messie parle Pierre ?

Un roi conquérant ?

Un libérateur de l’occupant ?

Non, prophétise Jésus : un Messie souffrant, conspué, abandonné, crucifié. Et, pour faire bonne mesure, parce que le disciple n’est pas au-dessus du maître, celui qui veut entrer dans « Son » histoire, vivre « Son » histoire dans sa vie de disciple, doit prendre sa croix, celle qui est exactement à la taille des ses épaules.

Tout est marqué du possessif « ma suite », « sa croix », « sa vie ». « Perdre sa vie » c’est vivre au présent !

Sœur Françoise-Chantal Lelimouzin

Sr Françoise Chantal

 

Parle maître !

Évangile selon saint Luc 7,36 à 8,3

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Cette parabole est bien surprenante si on considère la scène : Simon, un pharisien invite chez lui Jésus pour le repas jusque là on peut comprendre mais qu’une femme, pécheresse l’y suive et puisse rentrer … Que peut bien vouloir nous dire ce récit ?

Nous y trouvons deux situations : Un homme situé selon les bonnes manières, un homme religieux et une femme perdue, méprisée … Cela invite chacun, chacune de nous à voir comment nous rencontrons le Seigneur dans notre propre prière notamment ? Nous pouvons nous poser comme celui/celle qui a l’initiative alors nous L’invitons, nous en sommes même peut-être fiers ou alors nous venons à Lui avec notre pauvreté radicale, nous nous plaçons à côté de Lui, à ses pieds, nous savons qu’Il nous attend et nous lui offrons notre cœur ouvert …

« Derrière lui« . Une femme survient que Jésus ne semble pas voir, elle s’installe tout proche du Seigneur, elle vient avec tout son cœur, elle offre du parfum, le meilleur qu’elle puisse donner, elle est là désarmée, reconnaissante, pauvre, recevant et donnant. Elle est à côté du Seigneur, le plus proche possible et le cœur ouvert, sachant que le surcroit de vie qu’elle ressent en cet instant, elle le reçoit de lui, qu’elle lui en est éperdument reconnaissante, que le temps qu’elle passe à son côté en pleurs la reconstruit. Elle va recevoir le pardon, mais elle en vit déjà, elle a été reconnue, et cela l’a bouleversée … Elle repartira autrement, transformée. Jésus la reçoit avec son cœur, avec son corps … il lui parle peu, certes, mais lui dit l’essentiel « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »

« Parle, Maître« . Un homme qui a un nom, Simon, un homme religieux, un homme « bien ». Cette situation, cette reconnaissance lui permet de juger. Tout dans sa vie est évalué par sa tête, par la rigidité du « qu’en dira-t-on » : il se tient à distance des situations, des personnes sans un regard qui tente d’être bienveillant. Bien sûr il est affable, il invite, mais il n’accueille pas véritablement, avec son cœur. Jésus le rejoint. Il va dialoguer peu à peu avec lui, à partir de là où il est, puis lui révéler qu’il a lui aussi un cœur, comme cette femme qu’il méprise, et que la vie passe par un cœur ouvert, elle se reçoit, et on vit … Jésus le lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. »

Une rencontre (peut-être deux si Simon a eu lui aussi le cœur assez ouvert pour comprendre les paroles de Jésus et en tirer les conséquences) a eu lieu, une guérison, un pardon, une reconnaissance, une dette de reconnaissance a été contractée de bon cœur. La vie se poursuit, elle prend la forme d’un « être avec », d’une suite, la « sequela Christi« ; elle est transformée du dedans et ne sera jamais plus la même.

Pour nous, l’expérience du vivre ensemble, du cœur à cœur avec le Christ dans la prière, s’ils sont vécus pleinement font naître et grandir un désir : dire que le bonheur est là, que la vie se donne, qu’elle peut être reçue, que la pauvreté est une bénédiction si elle nous ouvre au Prince de la Vie … qu’il y a de la place pour chacun, que ce que nous avons reçu, nous pouvons le donner, le partager … que nous en sommes capables, que le Seigneur est venu apporter un feu que nous pouvons nous aussi propager, en son Nom. Il nous suffit de nous souvenir que nous avons été touchés au cœur, que nous le sommes encore … et cela est un défi permanent de notre foi face à nos pauvretés, à celles de notre monde. Mais là où nous sommes, comme nous sommes, un chemin nous est toujours proposé par le Seigneur …

 

Soeur Catherine Aubry    425121_108950605897511_1585549933_n

« Seigneur, je t’en prie ! »

Dans l’Ancien Testament, les malheurs étaient souvent considérés comme la punition d’une faute. Je me souviens d’un grand père où à la naissance de son petit-fils, il n’en fit pas de réjouissance. Je lui pose la question : et la naissance a-t-elle eu lieu ? Réponse : on ne méritait pas ça. Le Seigneur nous a punis. Cela s’est passé à la fin dans les années 1990. Son premier petit fils est né trisomique. Comment peut-on imaginer que le Seigneur qui est bonté et miséricorde, puisse punir de la sorte ses enfants. NON

Cette veuve interpelle l’homme de Dieu : tu viens dans ma maison pour me rappeler ma faute et faire mourir mon fils puisque son mari est déjà mort à cause de ma faute.

Jésus va rejeter cette vue simpliste que St Jean développera dans son évangile au ch 9, 2-3. Nos malheurs ne proviennent pas de Dieu mais de nous-mêmes, de notre comportement. On voit dans les évangiles Jésus faisant un certain nombre de miracles au regard de la foi des personnes.

Dans l’épitre aux Galates, Paul, le persécuteur envers les chrétiens, témoigne de sa conversion. Le Seigneur s’est adressé à son cœur : pourquoi me persécutes-tu ? Mais non, je ne te persécute pas, je persécute les chrétiens. Alors tu me persécutes. Vivre selon la justice de Dieu requiert une ouverture à l’autre. Si le cœur est fermé comment puis-je me rendre compte de mon comportement si personne ne me le révèle ?

Dans l’Evangile de ce jour, Jésus ramène à la vie le fils d’une veuve car sans son fils qui va pourvoir aux besoins de sa mère et veiller sur elle ? Ce geste que Jésus opère envers le fils de cette veuve, suscite crainte et action de grâce. Cet événement s’effectue dans toute la Judée et dans toute la région, c’est une région de païens. D’où la nécessité d’actes visibles et inexplicables pour que les personnes se mettent en route, reconnaisse un Grand Prophète en la personne du Christ, du Dieu lui-même.

Dieu se sert des événements pour nous montrer un chemin bien plus grand qui dépasse nos mesquineries et nos petitesses pour un monde autre, un monde de bonté, de fraternité, de joie.

Sœur Corine

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