Juste une chose

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Un comble.

Non seulement Marthe accueille avec soin, y mettant toute son attention, mais encore doit-elle s’affairer de tous côtés pour que l’hospitalité soit à la hauteur de celui qui est reçu. Il y a de quoi alors être submergée et ne plus savoir où donner de la tête ! et en plus il faut accepter de se faire rabrouer ! S’entendre dire que là n’est pas la « bonne part », la bonne manière de faire ou de vivre. Alors que telle est la réalité de tant et tant d’humains, et surtout de foultitude de femmes, sous toutes les latitudes. Oui, c’est là le sort le plus commun de l’humanité : se donner du mal, travailler, ne pas avoir le temps de s’arrêter, de s’asseoir, d’écouter même. Et ce serait reprocher ?

Mais est-ce vraiment ce qui se passe dans cette rencontre ?

 

Reprenons alors.

Jésus a pris résolument le chemin de Jérusalem et de sa passion. Dans ce voyage, singulier et grave, il délivre à ses disciples ses secrets pour vivre à sa suite, pour aimer comme il aime, croire comme il croit.

Le voilà qui s’arrête et c’est dans la maison d’une femme, Marthe, qu’il est reçu. C’est elle qui l’accueille et recueille sa fatigue. Elle est chef de maison, chose bien rare alors en Israël. Jésus, spécialement en Luc, aime les femmes et le dit. Elles révèlent de ce qu’est être disciple, ce que sont la liberté, l’audace, la générosité, de qui se décide à aimer cet homme-là. Dans la maison, elles sont deux, Marthe et Marie, deux sœurs. Mais plus encore deux témoins, deux femmes, à l’avant-poste de notre propre foi.

Par tout son corps en mouvement, Marthe fait hospitalité au corps de Jésus. Sans le corps où serait l’hospitalité ? Sans l’engagement envers le corps, où serait l’accueil de l’homme de chair ? Un toit, un repas, des soins, un toucher, de l’amitié partagée, un avenir possible. Le/la disciple est là recueillir les corps fatigués et souffrants de notre humanité. Pour les aimer. Œuvres de tendresse et de miséricorde, à la suite de celui qui tendit son cœur et son corps comme un arc aux perdus de son temps : pécheurs, malades, femmes, publicains… Une passion toujours en excès, comme Marthe. La vie chrétienne commence bien par les pieds : aller, accueillir, soigner, nourrir… Les pieds qui nous enracinent dans l’élémentaire.

 

Mais cette histoire serait comme trop lisse sans un trublion, en quelque sorte : Marie. Marie qui semble ne rien faire et est pourtant tout aussi occupée que sa sœur. Mais elle l’est de l’intérieur : tendue vers son Seigneur à écouter sa voix. Rien d’autre. Et cela suffit à sa joie, à la faire vivre. Mais comprenons bien : Marie n’est pas l’alternative à Marthe, elle n’est pas son double opposé. Non, Marie est tel le creux du disciple, son âme, son cœur : concentrée vers l’attention intérieure. Elle est le souffle vital, la secrète identité, l’intime force de qui confesse Jésus, Seigneur de son histoire. Comme cette autre Marie qui « gardait toutes ces choses en son cœur ».

 

Il ne s’agit pas alors de ne pas s’activer en ce monde, de ne pas s’empresser pour lui. Non pas ne pas se donner de la peine, ne pas s’échiner même, face à un temps si souvent douloureux et empêtré. Mais c’est de s’y savoir précédé par le Christ lui-même qui est vital. C’est le Seigneur qui nous accueille et nous recueille. C’est lui avant tout qui reçoit nos lassitudes, nos fardeaux, nos heures où nous nous croyons seuls à nous débattre. Près de lui est le repos de l’âme. Telle est la « bonne part », le laisser habiter notre vie, ne pas nous croire seul et délaissé. Se déposer, se cacher auprès de sa parole comme un havre de paix pour vies difficiles.

Alors oui, se mettre en quatre, offrir, partager, s’inquiéter, et recommencer jour après jour. Mais pas sans Lui.

 (La Vie, 13 juillet 2016)

Véronique Margron op.       IMG_3138 - Version 2

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