De la part de Véronique Margron

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27 juillet 2016,

Chers tous,

Il est bien douloureux de vous rejoindre de nouveau en quelques jours, devant les événements dramatiques qui sont désormais plantés en notre chair, plantés en notre terre.

Et pourtant.

Après l’assassinat du Père Jacques, après tant de morts en ces temps qui semblent s’être perdus, du sein de notre chagrin, de notre désolation et de notre désarroi, il nous faut tenter de redoubler de vérité. La seule qui soit :

Celle du Christ, roi nu, homme désarmé, et pourtant déjà vainqueur par sa liberté offerte, par son amour indéfectible.

Comme Dominique, aux pieds de la Croix de son Seigneur, rejoignons toute l’Église de France qui invite ce vendredi 29 juillet, à la supplication et au jeûne en faveur de la paix.

Autant qu’il est possible, retrouvons-nous avec les croyants de nos quartiers et de nos villes, à partir des propositions qu’adresseront les responsables religieux de France.

« La prière est, en somme, la seule révolte qui se tienne debout »

écrivait G. Bernanos, en 1938, dans les Grands Cimetières sous la lune.

Alors oui, révoltons-nous ainsi. Encore et encore. Sans faiblir. Sans faillir. Une révolte intacte, telle celle que Job adresse à ce Dieu qui seul peut entendre la plainte qu’il lui adresse. Dieu, son seul défenseur.

Enfin, je vous propose de lire, relire, prier et méditer avec ces mots de notre frère et ami Pierre Claverie, assassiné il y a tout juste 20 ans, sur le seuil de sa chapelle, avec son ami et frère Mohamed.

Avec mon affection et ma prière

Sr Véronique Margron, op.

Prieure provinciale

 

 

À la rencontre des religions : La foi est un dialogue.

Quoi de plus nécessaire et de plus urgent aujourd’hui que de créer des lieux où l’on apprend à se regarder, à s’accueillir, à collaborer, à mettre en commun les héritages culturels qui font la grandeur de chacun. Le pluralisme est un défi majeur de notre temps.

Chacun porte, il est vrai, un message, une vérité, une conviction qu’il cherche à faire partager. Chacun est pétri par une culture qui le constitue dans son humanité particulière et c’est à travers elle qu’il entre en communication avec les autres. Il serait illusoire de penser que nous pourrions atteindre immédiatement l’humanité commune, dépouillée de ses marques historiques, charnelles, concrètes.

Et cependant nous pressentons bien que ces marques ne doivent pas nous enfermer dans nos particularismes. S’agissant de Dieu, nous savons qu’il est infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons en concevoir et que nous n’avons jamais fini de le découvrir. S’agissant de l’homme, nous savons un peu mieux maintenant que le miroir brisé de nos identités doit être reconstitué pour refléter l’homme parfait…

Le maître mot de ma foi aujourd’hui est donc le dialogue. Non par tactique ou opportunisme, mais parce que le dialogue est constitutif de la relation de Dieu à l’humanité. J’apprends avec Jésus que Dieu même, pour se faire connaître et manifester sa volonté, a emprunté à l’humanité ses mots et jusqu’à sa chair. Je constate que toute l’histoire sainte se déroule sous le signe de la communication rompue et retrouvée dans un dialogue dont Dieu prend l’initiative. La fécondité de cette histoire lui vient de cet échange d’amour dialogal qui s’inscrit contre la rupture diabolique de l’origine.

Jésus a donné sa vie pour manifester cet amour. Et il l’a fait en plaçant sa vie et son œuvre sur les lignes de fracture de l’humanité blessée : fracture de l’homme désorienté parce qu’il a perdu le sens de sa vie, fracture entre les humains qui s’excluent ou s’exploitent et s’écrasent les uns les autres, fracture entre les croyants qui se mettent à la place de Dieu et se jugent et se condamnent à l’enfer. Il a ouvert les bras pour étendre entre les ennemis le pont de la réconciliation. Le signe de la croix, qui paraît tellement blasphématoire à tant de croyants, est pour nous le trait d’union entre Dieu et l’humanité et entre les humains. Cette croix porte un homme écartelé qui donne sa vie plutôt que de la prendre aux autres pour réaliser le projet de Dieu.

Que l’autre, que tous les autres, soit la passion et la blessure par lesquels Dieu pourra faire irruption dans les forteresses de notre suffisance pour y faire naître une humanité nouvelle et fraternelle. Il y va de l’avenir de la foi dans notre histoire.

 

Pierre CLAVERIE, évêque d’Oran

 

Ce texte est extrait du Missel des Dimanches de 1996. Il en constituait la préface. Écrit quelques mois avant sa mort, il a été médité par des dizaines de milliers de chrétiens, lecteurs de ce Missel.

 

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