S’asseoir pour la paix (Luc 14, 25-33)

Il y a des moments de l’année où nos agitations sont au maximum : rentrées, fêtes, départs, etc. Pourtant, Jésus nous propose de nous asseoir : pour regarder, évaluer, distinguer. Nous qui sommes pris par le mouvement de vie bien souvent accélérée – tel est en tout cas ce que nous croyons – il est question non seulement de s’arrêter, mais de s’asseoir. Peut-être à l’instar de tant de gens, obligés de s’asseoir par fatigue de routes d’exil, qui n’en finissent plus, et qui ne mènent à nul repos, à nul réconfort. S’asseoir : posture commune de l’humain harassé, mais aussi du pèlerin ou du méditant. S’asseoir nous fait changer de position : quitter l’illusion de parcourir le monde, ou la vie, à une vitesse telle que nous ne voyons rien, en fin de compte. S’asseoir : geste d’humilité devant le temps qui mérite notre attention. Un art pour ne pas regarder nos existences de haut. Pour pouvoir les comprendre, les sentir, peser le juste, il faut être à la bonne hauteur.

« Calculer s’il peut aller jusqu’au bout », dit l’Évangile. Pour Jésus, fils de l’humanité, c’est d’aller au bout de sa vie dont il est question. La donner sans retenue, car il aimera les siens jusqu’au bout de l’amour, du souffle. Là où l’Esprit et la force d’aimer passeront alors à d’autres jusqu’à nous. Pour nous, justement, que signifie aller jusqu’au bout de notre vie ? De nos désirs, de nos joies, de nos quêtes ? Dans l’évangile, on nous parle de la construction d’une tour. Dans la Bible, il y a bien une autre tour que des hommes construisent. Ils ont d’ailleurs le sentiment d’aller très haut : c’est la tour de Babel, bâtie pour qu’il n’y ait qu’un seul peuple – en tout point semblable – protégé des autres, de Dieu même. Cette tour sera brisée, car le monde des humains – pas davantage que celui du cosmos – ne peut vivre dans l’uniformité. La tour de Babel était orgueilleuse, prétentieuse, puissance de destruction des singularités. « Aller jusqu’au bout », à la suite du Christ, veut dire – au contraire de Babel – le partage, le don, l’attention à l’unique. Construire sa vie jusqu’au bout c’est risquer la réalisation d’une tour bizarre. Son architecture mêlerait la Croix, qui relie ciel et terre, et un tombeau renversé, ouvert, qui rassemble les morts et les vivants. L’interrogation nous est ainsi sérieusement adressée, question de vie : que désirons-nous vivre jusqu’au bout ?

Peut-être que la seconde parabole racontée nous propose un art de faire. Car ce qui est proposé au roi du récit, c’est de faire la paix. Ainsi, si nous remontions la lecture – de la fin vers le début du texte proposé – nous pourrions entendre que c’est de concorde dont il est question. Pouvoir aller au bout de la paix, en nous-même, entre nous, en ce temps des hommes toujours déchiré de violences. S’asseoir pour la paix, à l’image de tous les manifestants pacifiques du monde, de Gandhi à Martin Luther King, assis opiniâtrement pour la paix et la justice. Le faire aussi à l’instar de ces millions de déplacés, qui attendent la paix, pour rentrer dans leur pauvre maison. L’interrogation devient alors : comment allons-nous faire la paix ensemble ? Quel est son visage, en nos cœurs parfois taraudés de sentiments contraires ? Voici l’entreprise du disciple de Jésus : faire œuvre de paix, celle qui permet à chacun d’aller au bout de son existence, aimée de Dieu.

Véronique Margron op.        IMG_3138 - Version 2

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