Zachée ou l’homme visité

Histoire d’un petit bonhomme.

Zachée est un homme seul, d’une solitude aggravée par la foule qui l’empêche de voir Jésus. Mais il est curieux et refuse de se satisfaire de son sort. Zachée veut comprendre. Pour ce faire, il faut déjà voir qui est cet homme dont on parle tant. Ni son métier de collaborateur des Romains, ni sa richesse n’entament sa détermination à approcher Jésus. Au contraire, car qu’a-t-il à perdre ?

Il est riche certes, mais si peu aimé, lui, le pécheur notoire. La chance de Zachée est de vivre d’une liberté blessée, car il n’ignore pas que son argent n’est guère propre. Alors oui, il y a en lui une attente, un espace disponible pour la nouveauté, un ardent désir.

Bel élan déjà : suivre le Christ, désirer le rencontrer, le reconnaître en ce monde douloureux, appelle à l’imagination autant qu’à la liberté. Il s’agit de se lancer, de quitter parfois les chemins familiers.

Mais revenons à notre homme !

Pour voir passer Jésus, Zachée se faufile à travers la foule qui lui fait obstacle. Il s’écarte pour se percher tout seul en un endroit déconcertant : en haut d’un figuier sauvage, un sycomore. Peut-être est-ce pour cela que Jésus le voit et lui parle : il perçoit son attente et son désir. Zachée est mobile, contrairement à la foule qui semble figée, en ses certitudes aussi. C’est d’ailleurs bien à lui et lui seul que Jésus parle, à ce pécheur public, l’appelant à ouvrir sa maison, à l’accueillir chez lui, dans sa vie, comme elle est : pas le temps de ranger, ni de s’arranger donc !

Qui fait hospitalité à qui ? On ne sait vraiment. Mais le salut est là, tout entier. Donné. Reconnu. Le salut c’est la chair de Zachée, toute son existence qui découvre alors qu’il n’est pas enfermé dans une identité, ni dans ses pratiques un peu louches de chef des percepteurs d’impôts. La présence imprévue de Jésus lui ouvre d’emblée un espace de création, alors même que Jésus ne réclame rien. Mais d’être là suffit à retourner la vie de Zachée. À la transformer, car désormais il est homme visité, d’une heureuse visitation qui ne peut que modifier sa vie en profondeur : ouvrir, donner, rendre…

Cet homme-là, paria pour ceux qui se croient dans les règles, est bien fils d’Abraham, lui qui quitta le pays connu sur une unique promesse.

Oui, vraiment, le salut est bien « entré en cette maison », il est désormais à l’intime de Zachée, le pécheur rendu à l’avenir, à la nouveauté, sorti de la fatalité. Zachée un homme libre parce que touché par la liberté aimante du Christ. Lui l’impur a su répondre, comme il était alors, à la liberté de Jésus de venir chez lui.

La foule hostile de ceux qui seraient justes et méritants n’y a rien changé. Au contraire, car alors le regard n’est-il fixé que sur ces deux-là. Un homme qui commence à voir les foules le quitter, un homme qui va monter vers Jérusalem et l’heure du mensonge qui le mettra à mort. Un homme venu faire le bien au nom d’un Dieu Père qui nous veut du bien. Et puis un petit bonhomme, compromis jusqu’au cou avec le pouvoir romain et par l’argent qu’il manipule. Mais un homme qui connaît ses turpitudes, au cœur ouvert. Un homme de désir.

Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Pour rouvrir la vie. Le salut c’est l’épaisseur de l’existence sauvée de ses ombres et c’est la vie de Zachée, saluée par Jésus, tel un hommage.

Ce qui vient de se passer pour Zachée se passe avec tous ceux qui sont perdus et qui désirent être visités.

Véronique Margron op

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