Il vient !

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Il vient,

faisant de chaque homme

une vierge au cœur pur,

capable de Dieu.

Un enfant nous est né. Un fils nous a été donné. (Is 9,5)

Voilà le corps de Dieu posé tout bas sur la surface de la terre. Demain, il sera déposé plus bas encore, dans ses entrailles. La longue histoire d’amour de Dieu et de l’homme avait commencé dans le jardin d’Éden, quand Dieu avait modelé l’homme à l’image de ce Fils qu’il nous offre, et qu’il l’avait trouvé si beau. Mais le bouleversement de Dieu à contempler sa créature ne nous rejoint véritablement qu’en cette nuit où Marie met au monde ce tout petit enfant. Avec lui, Dieu offre à chacun de nous de devenir une crèche pour abriter ce nouveau-né. En lui, il redresse en nous la parole, pour qu’elle chante avec les anges. Par lui, il fait de nos chairs des vies habitées. Il nous offre de devenir une maison pour son Fils.

 

Sur les habitants du sombre pays une lumière a resplendi. (Is 9,1)

Cette lumière est une chair. Une parole faite chair, dense. Une peau, une odeur, un souffle, un éclat dans le regard, un cœur qui palpite. Cette lumière vient pour les habitants de l’ombremort. Et tous, nous sommes d’une manière ou d’une autre de ce pays de nuit, tant que ce nouveau-né n’est pas venu ouvrir nos yeux à la lumière : toute existence est capable de donner vie au Fils de Dieu ; toute chair peut devenir un temple pour le Verbe. Jésus le Christ, par sa venue, peut faire de chaque homme une vierge au cœur pur capable de Dieu.

 

Le Verbe s’est fait chair, il a campé parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire (Jn 1,14)

Cette lumière est une parole. Une chair habitée, soulevée par le Verbe. Le Fils qui nous est donné en cette nuit « porte l’univers par sa parole puissante » (Hb 1,3), et cette parole s’inaugure dans l’univers par le vagissement d’un nouveau-né. Oui, sa parole est puissante précisément en ce qu’elle est plus silencieuse qu’une voix de fin silence, plus fluette que le respir d’un tout nouveau-né. Avec ce souffle-là, Dieu nous fait du bouche-à-bouche. Il nous recrée du dedans. Sans nous faire peur, sans bruit. Puissamment. Tout doux.

Autant dire que pour le monde cela ne compte pas. Et d’ailleurs, il n’y a pas de place pour lui. Ni à l’hôtel, ni nulle part. Il reste une mangeoire, dans la ville de Bethléem, « la maison du pain », pour lui qui sera donné en nourriture. Un lieu de puanteur, pour lui, si petit, si ténu, si léger, lui, le parfum du monde.

Ceux qui sont trop occupés à compter, à dompter les autres, à les recenser, à les arraisonner se fourvoient pourtant. Le nouveau-né qui vient, qui ne cesse de venir, ne fait nombre avec quiconque. Il est en nous l’inouï, le possible irréductiblement neuf, l’avenir ouvert. Il est en nous la paix inespérée, même quand rien ne l’annonce. Il ouvre en nous la possibilité d’habiter ce monde, et d’habiter nos vies. Notre vieux monde se réveille de sa nuit profonde avec un avenir. Celles et ceux dont la vie est inhabitable sont mieux placés que d’autres pour entendre combien cette nouvelle est bonne.

Il nous oblige à prendre soin de lui. Il nous oblige à tourner nos yeux et tout notre être vers lui, tant il est sans défense. Il fait de chacun de nous un cadeau pour lui. Il nous apprend à le nourrir, à le réchauffer, à le protéger, à veiller sur lui, Dieu. Il nous contraint à considérer la vie spirituelle pour ce qu’elle est : au plus près du corps. Le voilà nu, sans abri. Il crie car il a faim, car il a soif. C’est notre Dieu. Il est des nôtres, définitivement. Par ce chemin de pauvreté plus pauvre que toute pauvreté, « tous, nous avons part à sa plénitude » (Jn 1,16).

En tout homme désormais Dieu murmure « Ceci est mon corps ».

 

Anne Lécu, o.p.Soeur Anne Lécu

(Article paru dans La Vie pour Noël, décembre 2016)

 

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