De Noël à l’épiphanie

Par une nuit commune, une semblable nuit,

un Sauveur nous est né.

Il y avait cette nuit-là grand vacarme sur la terre.

Nul silence recueilli pour accueillir l’Emmanuel.

Bruits et fureurs, tracas et pleurs,

la mélopée de la misère.

Par une nuit commune, une semblable nuit,

un Sauveur nous est né.

                  Jean Yves Quellec

 

B_2011_02_ii_domingo_advento_Arcabas_Nascimento_em_Bel_m_2002Quelques savants fous, orientaux il est vrai, mais érudits pourtant, se lancent dans une recherche inhabituelle. Leur science n’est d’aucune utilité : car ils cherchent un enfant ; un enfant roi. Ils partirent donc, du côté de la lumière commençante du monde, vers Jérusalem. Eux, des païens, entrent en ce lieu du Temple pour que les Écritures, et non leur magie, les instruisent. Passage par la Parole du Livre qui les mènera sur le chemin de Bethléem ; là, l’étoile les guidera jusqu’à l’étable.

Des mages quêtent un visage d’enfant ; Hérode, lui, enquête, par peur. Tout le drame est à cet endroit. Les uns désirent une rencontre inédite, inouïe. L’autre, roi obsédé de son pouvoir et ses pompes, mène son investigation policière pour parer à tout danger potentiel. Sa hantise lui fera même exécuter certains de ses propres fils.

Le sort de Dieu est là ; entre ces deux attitudes. Aujourd’hui encore il nous est confié. Jésus, simple fils de Bethléem sera-t-il reçu Seigneur et Sauveur, lui, doux et humble de cœur ?

Ces hommes du pays du soleil levant viennent se prosterner devant le silence fait chair. Car la révélation du Dieu incarné est d’abord silence. Les limiers d’Hérode peuvent-ils recevoir ce silence ? Non, car c’est la contemplation qui peut l’atteindre, le déchiffrer. Voilà pourquoi les mages s’inclinent doucement au pied de ce nouveau-né, sans autre parole que sa vie offerte à qui s’approche. L’invisible du Sauveur est là, dans le visible de l’enfant. Déjà nous voyons sa gloire, dira Jean. Dans sa chair vulnérable, les mages honorent la vraie royauté : se donner au monde. Eux non plus d’ailleurs ne parlent pas. Discrétion des mots, pour ne pas faire peur au silence qui protège la parole naissante, l’entoure ; elle qui demain proclamera la tendresse de Dieu pour chacun de ceux qui se croient à l’écart. Ces visiteurs du lointain, comme les bergers, comme Marie et Joseph, sont émerveillés devant ce petit d’homme, beauté unique de tout enfant aimé. Seule l’hospitalité peut recevoir le silence qui s’ouvre au Verbe.

Pouvons-nous, nous aussi, suspendre nos voix, pour qu’advienne en nous le souffle du Vivant. En ces jours où la Parole est si fragile, remise à notre recueillement, saurons-nous voir entre les choses, entre l’étable et l’enfant, auprès des mages, un fils d’homme s’exposant à nos soins, Dieu lui-même qui s’offre à chacune de nos histoires.

Les mages le comprirent. N’est-ce pas pour cela qu’ils vont repartir par un autre chemin ? Après la rencontre du Dieu vivant, impossible de revenir à sa vieille route.

Invitation faite par cette douce clarté de la nuit de Bethléem : oser prendre un nouveau chemin pour la vie. Pas sans lui.

 

Véronique Margron op.  capture-decran-2016-10-02-a-17-37-50

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s