« Moi, je vous dis… »

Nous approchions de la Toussaint. Je les entendais discourir dans l’escalier qu’un coude me dissimilait à leurs yeux. Ils étaient deux lascars de 9 ans, souvent pris en faute.

« Moi, je n’irai pas au ciel  disait Jean-Sébastien

– Pourquoi ? questionnait Julien

– Avec toutes les bêtises que je fais, j’irai tout droit en enfer !

Ils franchirent le coude comme d’autres le Rubicon et m’aperçurent en bas des marches. Julien était tellement ébahi par ce qu’il venait d’entendre qu’il en oublia que … justement ils n’auraient pas du se trouver à cet endroit-ci, à ce moment-là !

Il m’interrogea avec anxiété :

« Jean-Sébsatien, il croit qu’il ira en enfer à cause des bêtises qu’il fait : c’est vrai ? »

C’était en 1983 ou 84, je me pouvais donc pas leur dire que 30 ans plus tard un pape nommé François dirait souvent « Je suis un pécheur pardonné. »

Mais ce fut tout de même quelque chose comme cela que je leur répondis, à tous deux.

J’étais à la fois peinée qu’un enfant puisse considérer l’affaire comme entendue : le ciel n’était point pour lui et émerveillée de son humilité devant l’aveu des soi-disant bêtises accumulées en si peu d’années ! J’étais aussi bien décidée à faire évoluer sa certitude d’ici la fin de l’année. Sa certitude quant à sa conception d’un Dieu qui regarde les petits garçons aller tout droit en enfer !

Cette anecdote a surgi de ma mémoire à la lecture de l’évangile de ce dimanche (Mt (5,38-48)

« Vous avez appris qu’il a été dit : Oeil pour œil

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain …

«  Vous avez appris »… « On vous a dit » disent d’autres traductions.

« On » ne fait que répéter, redire, rabâcher, ressasser, …

Les journaux, la télé, Internet, la radio nous disent ce qu’ « on » doit savoir, connaître, penser et faire, et ce, dans tous les domaines.

« Eh bien ! moi, je vous dis… »

« On » est un pronom indéfini.

« Je » est un pronom personnel. Jésus n’est pas venu pour réciter le passé.
Il est venu pour accomplir et pour ouvrir l’avenir. Jésus s’engage : Il dit « Moi, Je ».

A nos côtés, pour le meilleur et … pour le pire !

Accomplir c’est prendre à son compte, assumer le risque de ses choix jusqu’au bout.

 

Heureux Jean Sébastien qui sait dire « Je » !

Heureux parce qu’il pose sur lui un regard sans complaisance !

Heureux parce qu’il ne ment pas, ne se met pas en avant !

Heureux parce qu’il a un camarade qui l’écoute et qui s’engage à ses côtés !

Heureux seront-ils tous deux quand ils auront découvert qu’ils sont aimés d’un Amour qui ignore les frontières y compris et surtout celles des cœurs !

Heureux seront-ils lorsqu’ils auront expérimenté qu’aucune « bêtise » ne rebute cet amour qui est allé quérir Adam au fond de sa détresse !

 

Sœur Françoise Chantal Lelimouzin o.p.      juillet-2016

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