« Ne vous inquiétez pas »

 

capture-decran-2017-02-26-a-09-47-54

Une mère ne peut oublier son petit. Elle le nourrit, le revêt, le réchauffe, le console, le câline. Elle tremble quand il tremble, elle a froid quand il a froid, elle se réveille à son cri, elle rit avec lui quand il rit. Et bien Dieu, nous dit Isaïe 49, 14-15, Dieu nous aime de cette façon là. Toujours. Sans faille. Il veille quand nous relâchons la veille. Il aime quand notre amour dort. Il tremble quand la distraction l’emporte sur l’attention à l’autre. Il aime celui qui est abandonné comme celui qui ne l’est pas. Il est là, du côté de l’abandonné, dans la nuit, dans le froid, dans le silence.

Je suis allée cette semaine au cinéma voir le magnifique film Silence. Il est des films, même fort réussis, que l’on oublie quelques heures après être rentré chez soi. Ce n’est pas le cas du film de Scorsese, envoûtant même longtemps après. Qu’est-ce que la foi ? Qu’est-ce qu’être fidèle ? Qu’est-ce que trahir ? Comment parler de la fidélité de Dieu dans ce silence épais dans lequel ceux qui meurent pour lui meurent en silence ? Qu’est-ce qu’être prêtre d’un peuple ?

Il me semble que le père Rodriguez traverse ces questions et finit par y répondre d’une façon que ne renierait pas Paul : « Pour ma part, je me soucie fort peu d’être soumis à votre jugement, ou à celui d’une autorité humaine ; d’ailleurs je ne me juge pas moi-même ». (1 Co 4,1-5). Il reste cependant cette énigme crucifiante et ce silence sourd qui n’est jamais expliqué autrement que par une croix de bois sculptée, minuscule croix.

Nous ne pourrons entendre la force de la prophétie d’Isaïe, que devant le cri du Christ : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? ». C’est dans ce cri de toutes les inquiétudes, de toutes les terreurs, et dans ce seul cri, que la fidélité de Dieu qui a radicalement choisi le parti des abandonnés, prend son sens. Il porte l’angoisse des hommes jusque dans cet abîme – et qu’est-ce d’autre que l’Enfer sinon ce silence absurde d’un Dieu qui semble vain ? – abîme dans lequel aujourd’hui encore des hommes se noient.

Le « ne vous inquiétez pas » quatre fois répété dans l’Évangile de ce jour, naît après cette traversée, quand des apôtres essorés par l’expérience qu’ils ont vécue en compagnie de leur Seigneur tentent de mettre des mots sur le mystère de la résurrection. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice ».

Oui, cherchons le Royaume et sa justice.

 

Anne Lécu o.p.      Soeur Anne Lécu

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s