Ne craignons pas la boue…

Quelle ambiance ! … En fait, rien de plus normal !

Nous sommes à Jérusalem, en pleine fête religieuse et Jésus est là en juif pieux, lui qui est au cœur de toutes les interrogations : Qui est-il : le Messie ? pour qui se prend-il ? … que fait-il là alors que nous nous réunissons à l’occasion de la fête des Tentes qui par excellence célèbre l’attente impatiente du Messie ?

L’ambiance est tendue et c’est alors qu’une rencontre on ne peut plus banale a lieu : Jésus et un aveugle anonyme.

Retentit alors le questionnement des disciples : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? » … toi le maitre qui sais, tu peux répondre à nos pourquoi ! … question d’hier … question d’aujourd’hui, lorsque la souffrance est là. La réponse de Jésus est claire : « ni lui, ni ses parents » !!!

Mais nous le savons, cette rencontre avec ce pauvre mendiant permettra à Jésus de poursuivre, comme obstinément sa mission, il reste en effet peu de temps avant son procès : guérir cet homme pour manifester les œuvres de son Père !

Un simple toucher ou une parole aurait suffi pour que la guérison s’opère. Non, Jésus choisit de mêler terre et salive, à l’image de Dieu, modelant Adam avec « la glaise du sol et insufflant une haleine de vie » (Gn 2,7) … geste de guérison, oui, mais de création aussi !

Terre et salive de Jésus, glaise et souffle de Dieu, afin de donner naissance à des hommes nouveaux appelés à vivre dans la lumière et à poser des actes : « va te laver à la piscine de Siloé »… ou de « manger de tout arbre du jardin… sauf celui qui rend passible de la mort » (Gn 2,17).

… car ce Dieu de Vie, Parole faite chair, Lui la Lumière du Monde attend tout aveugle de l’Evangile : voisins, juifs ou pharisiens, mais aussi chacun de nous à la piscine de Siloé, source vive de la foi, pour laver et guérir nos corps et nos cœurs.

Ainsi, ne craignons pas la boue qui peut obscurcir notre regard, car en êtres nouveaux, nous pourrons, à la suite de l’aveugle guéri professer notre foi, manifester les œuvres du Père et voir toute chose nouvelle !

Oui, cette rencontre avec l’aveugle accélère notre marche vers Siloé … et Pâques !

 

                                                                                                                                   Sr Elisabeth LEMIERE   

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Angelus

« Ding,dong,ding, dong… »

Sept heures-l’Angelus! Oui ! dans une époque aussi laïcisée que le nôtre, ce « signe »rappelant l’un des mystères les plus extraordinaires de notre foi, continue de tinter dans l’air pur et frais de ce matin ! Mais cette cloche toute vibrante réveille-t-elle vraiment ma joie de vivre ce jour nouveau dans ma foi au Christ Ressuscité et ma reconnaissance envers Marie pour son Fiat ?

C’est le moment de m’interroger en ce 25 mars, quand l’Eglise par sa liturgie me donne de contempler la Miséricorde, en acte, de notre Sauveur.

J’ai sous les yeux la reproduction d’une œuvre de Fra Angelico, l’Annonciation.

 

Avec quelle intensité d’amour notre frère dominicain nous fait revivre le moment le plus crucial que connaitra jamais notre humanité, en une jeune fille de Nazareth !

  • L’Ange Gabriel, salue Marie « Réjouis-toi, comblée de grâce … » Des paroles de joie et d’honneur qui peuvent bouleverser son âme pure et simple, et qui rappellent la prophétie de Sophonie (3, 14-17). »Pousse des cris de joie, fille de Sion !… »…Mais

« Sois sans crainte…tu vas concevoir et enfanter un Fils. Il sera grand, il sera appelé le Fils du Très-Haut…et son règne n’aura pas de fin »

Marie réalise-t-elle ce que lui annonce l’Ange ? Son visage tendu vers le visiteur traduit une grande interrogation…Marie, réfléchit, entre en dialogue avec elle-même :

A-t-elle bien compris ce que Dieu attend d’elle ? Dieu, ce Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, le Dieu de l’Alliance, le Tout-Puissant, le Tout Autre s’abaisserait jusqu’à proposer à l’une de ses créatures, à une femme, de collaborer à son œuvre de Salut ?… Sa foi, une foi forte et aimante qui ne la quitte pas… face à l’inouï de la demande, lui dictera sa réponse ! Mais quelle maitrise d’elle-même ! = Observons la position de ses mains, comme celle de l’Ange : une adhésion complète au vouloir de Dieu semble en émaner de part et d’autre… les doigts élargis ne retiennent rien…pas de crispation. Tous deux sont à l’écoute l’un de l’autre. Leurs regards se croisent dans un infini respect et d’admiration chez l’Ange, de forte perplexité chez Marie

Le manteau bleu sombre de Marie, prêt à glisser de ses épaules, fait ressortir la lumière enveloppant le haut de son corps. N’est-elle pas, Marie, celle qui aidera à vaincre turpitudes, les corruptions, les haines dont le monde est assombri, forte de la grâce dont Dieu l’a pétrie ?

« L’Esprit Saint viendra sur toi et la Puissance du Très haut te prendra sous son ombre. C’est pourquoi l’être saint qui naitra sera appelé Fils de Dieu »

L’ombre, Marie peut s’en souvenir, c’est la nuée sacrée, la Shekinah, signe de la présence de Dieu parmi le peuple, fuyant l’esclavage égyptien- cette nuée qui se tenait dans la « tente de la rencontre, rendant visible la protection d’un Dieu d’amour et de miséricorde. Et par elle, Marie, le monde « verrait son visage ?

Pourquoi tarder à répondre à l’Ange ? Dans un élan réfléchi, et fort « d’une foi à déplacer les montagnes », Marie s’exclamera «  Voici la Servante du Seigneur et que tout m’advienne selon ta Parole »

« Et l’Ange la quitta »…

Cette rencontre avec le messager céleste, dans laquelle toute une vie change, est passée… et Marie reste seule, « exultant de joie envers son Sauveur », avec une tâche à accomplir qui dépasse toute capacité humaine. Mais deux paroles demeurent dans son cœur et son esprit.

« Réjouis-toi, comblée de grâce »

Et une de réconfort : « sois sans crainte » !…Elle sait pouvoir compter sur l’amour infini de Dieu.

  • Dans la pièce où la lumière tamisée porte à la contemplation, Marie réfléchit à tout ce qu’elle vient de vivre…

Glissons- nous à ses côtés…Exultons de joie et de reconnaissance ! Le Verbe s’est incarné en elle !

A demain matin…7 heures !

 

Sr. Monique Wagner Ballon op

 

Tout commence par la soif

LA SAMARITAINE

 

Dans la brûlure de midi

Tu viens puiser de l’eau

Mais la soif de nouveau

Rongera ton gosier

L’eau vive seule peut combler ton cœur tari.

 

Je ferai surgir dans tes mains

Comme un chant de fontaine

Une source sereine

Jaillira de ta vie

Si tu reconnais que je suis

Celui qui vient.

 

Tes cinq maris n’ont pu créer

Qu’une longue illusion

Laisse l’adoration apaiser tes blessures

Et que l’amour te transfigure en vérité.

 

Tu peux annoncer au pays

Que Dieu est un amant

Son feu bouleversant

Vient épouser la terre

Celui qui croit se désaltère de son Esprit.

 

Alain LERBRET   ‘Sources’   poèmes évangéliques.

 

Tout commence par la soif. Tout finit par elle aussi. Jésus est fatigué par la route. Le peuple de Dieu aussi, dans le désert, avait connu fatigue et soif, au point de récriminer contre le Seigneur et contre Moïse, et d’obtenir de celui-ci, qu’en frappant le rocher (Exode17, 3-7), il procure cette eau indispensable à la vie et dont tant de nos contemporains sont encore aujourd’hui privé.

Celui qui a soif manque d’eau. Elle est donc logique, évidente, cette demande de Jésus: Donne-moi à boire.

Certes, il s’adresse à une femme, ce qui étonnera les disciples à leur retour. Certes, il s’adresse à une Samaritaine, ce qui étonnera celle-ci car les Juifs n’ont pas de relation avec les Samaritains.

Ecoutons le dialogue entre Jésus et la femme :

Sur la soif et l’eau «donne-moi à boire » – « si tu savais… tu m’aurais demandé cette eau»; Jésus se présente à nous comme un mendiant: «d’eau vive».

Sur le mari «va chercher ton mari » – « je n’en ai pas » – « tu en as eu 5 et celui-ci n’est pas ton mari, tu dis vrai».

Puis avec l’arrivée des disciples :

Sur la nourriture «Rabbi mange! » – « j’ai à manger une autre nourriture »  « quelqu’un lui aurait-il apporté à manger?». Faim et soif sont présentes dans la Bible. Jésus soulage la faim dans le désert. Il se présente comme le Vrai Pain ; et l’eau vive qu’Il donne à la samaritaine est son Esprit.

L’eau pour St Jean devient Parole et Vie. Il a soif de notre amour.

« Es tu le messie ? » « JE LE SUIS, moi qui te parle » c’est alors qu’avec empressement la femme lâche sa cruche pour courir vers les siens déjà en messagère de la Bonne Nouvelle.

Durant ce carême : aumône, don de soi, temps partagé avec les autres, fidélité dans la prière, vigilance et lutte contre le Tentateur, reconnaissance de nos faiblesses dans le sacrement du pardon et partage de l’Eucharistie vraie Nourriture tout ceci est la volonté du Père, soit Sa Nourriture.

Près de ce puits nous découvrons aussi cette nouvelle alliance entre le Christ et notre pauvreté de pécheur.

L’Heure vient, l’Heure est venue et nous voici de toute évidence au cœur de cette Adoration du Père, non plus au mont Garizim, mais au sommet du Thabor en Esprit et Vérité. Temps de conversion qui étanche notre soif, qui nous provoque à la rencontre et qui nous invite à vivre la charité avec nos frères quotidiennement.

Arrêtons nous donc un peu sur la margelle du puits… jusqu’à Pâques.

 

Soeur Françoise-Marie Béguin   

La fatigue ou l’heure de la rencontre

Jésus quitte la Judée pour la Galilée et se trouve alors contraint de traverser la Samarie.

Fatigué, il s’assit vers l’heure de midi. L’heure la plus chaude. L’heure où personne ne sort de sa maison. « Ce n’est pas sans raison que Jésus est fatigué, ce n’est pas sans raison qu’est fatiguée la Force de Dieu ; car ce n’est pas sans raison qu’est fatigué celui qui refait les forces des fatigués ; car ce n’est pas sans raison qu’est fatigué celui dont l’absence cause nos fatigues, dont la présence nous réconforte ». Ainsi parle magnifiquement Augustin de Jésus, assis à la margelle du puits de Jacob. Celui qui promet le repos « venez à moi vous qui peinez », celui-là même, homme parmi les hommes, de la même chair, est fatigué de la route. Fatigué de sentir l’hostilité à son égard et d’être bien souvent associé à une moralité douteuse (Jn 8,41).

La fatigue serait-elle alors un lieu de la vérité de la rencontre ?

Plus de masque possible, plus de puissance supposée autant qu’illusoire. Juste une humanité, vulnérable, marquée de l’élémentaire : boire. Une soif qui dit à elle seule la pleine incarnation de Jésus, jusqu’à la fin, quand sur la croix, il s’écrira « J’ai soif » (Jn 19, 28). Lui qui va être l’eau vive pour la femme de Samarie restera véritablement un homme en sa fragilité jusqu’en son dernier souffle. « J’ai soif », cri de douleur de tant de condamnés, de mourants, mais aussi de désirants.

Jésus, sur cette margelle implore le désir de l’humanité. Seul un homme fatigué, à la chair assumée, peut rencontrer une femme esseulée.

Une femme victime d’une triple exclusion. Être une femme déjà, alors qu’un homme ne parle à une femme que s’il en est l’époux. Une femme de Samarie – et on sait combien les Samaritains sont considérés par les juifs de l’époque de Jésus comme des mécréants et des hérétiques. Une femme qui semble avoir une situation maritale bien peu conforme aux bonnes mœurs.

Sans doute est-ce pour tout cela qu’elle vient chercher de l’eau sous la chaleur accablante. Là où en principe elle ne craint rien, car elle ne devrait pas croiser de regard pesant ni entendre de jugement péremptoire.

Ainsi, malgré les apparences des statuts sociaux, ces deux-là étaient faits pour se rencontrer, pour se reconnaître. Seul Jésus pouvait venir habiter l’heure de midi de la femme de Samarie, son exclusion et sa désolation. Seul lui, dans sa chair, sait s’approcher et la délier du jugement qu’elle porte sur elle-même « tu me demandes de l’eau à moi… »

Jésus répond d’ailleurs à côté de sa remarque, « si tu savais le don de Dieu… » Étonnante et douce parole, sans jugement. Juste une invitation, une suggestion qui vient briser le cercle de son isolement. Car le don n’est pas un objet. Le don, c’est le Christ lui-même qui lui parle en vérité. Le don, c’est l’eau vive qui coulera à tout jamais du côté transpercé de Jésus, offrant pour toujours et pour tous son esprit, son amour et sa vie. Le don est une relation.

Alors, aimer le vrai Dieu, adorer le Père, n’est plus affaire de Temple ou de Montagne, mais de cœur, d’engagement et de témoignage. En pressentant qui est Jésus, la Samaritaine part témoigner, laissant même sa cruche, comme d’autres femmes repartiront au petit matin du tombeau vide, annoncer qu’il est vivant et aimant.

Grâce à elle, les habitants vont entendre et croire. Grâce à elle, exclue parmi les parias, femme de « mauvaise vie » pour la loi, mais au cœur ouvert, nous connaissons que notre Dieu est pour tous, sauveur en faveur du monde qu’il aime. Lui qui est venu habiter jusqu’en nos fatigues, afin de refaire nos forces.

 

 

Véronique Margron op    

Trois témoins au plus près de la connaissance intime de Jésus

L’évangile de ce second dimanche vers Pâques invite à regarder Jésus qui jusqu’ici s’est fait connaître des foules et des Douze aujourd’hui il va en instruire trois dévoilant sa divinité : la transfiguration.

Les circonstances précédant cet épisode, ne sont pas des plus favorables, Jésus a essuyé bien des déboires : mal reconnu lors de sa visite à Nazareth au point d’affirmer « un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et sa maison » Mt 13, 58, touché dans sa propre vie par l’exécution de Jean le Baptiste, Jésus se retire dans un lieu désert et ceux et celles qui le suivent ont de quoi être désorientés. Mais ces déconvenues n’entament pas la détermination de Jésus dans sa mission, le temps se fait court.

Jésus s’est donné à connaitre en modes multiples : les chapitres 15 à 17 de Matthieu permettent de saisir qui est Jésus : Si c’est la foule qui l’entoure, il va multiplier les pains, si les pharisiens l’interrogent sur la tradition des Anciens, il les interpelle sur leur « annulation de la Parole de Dieu» ou encore si ceux et celles qui s’approchent de lui pour obtenir une guérison, pour d’autres ou pour eux-mêmes, Il ne recule pas devant leur foi, il l’accorde.

Pour les disciples, reconnaitre Jésus ne va pas de soi, et il arrive que le Maître prenne des moyens qui dépassent l’entendement humain. Quand ils sont dans la barque et que le vent les empêche d’avancer, Il les rejoint en marchant sur les eaux et Pierre avec lui ; quand il n’y a que sept pains et quelques petits poissons, les disciples après la bénédiction du pain, donnent en abondance à la foule. Mais, après tout cela la réponse des apôtres à la question de Jésus « pour vous qui suis-je ?» demeure mal assurée et Jésus doit insister pour qu’enfin Pierre s’exprime « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; alors il commence à parler de sa passion et de son chemin vers Jérusalem.

L’heure est venue pour Jésus de montrer que la passion qu’il va vivre s’inscrit dans sa mission divine. C’est pourquoi Il choisit trois de ses apôtres Pierre, Jacques et Jean pour les emmener sur une haute montagne. Dans la Bible la montagne est le lieu de la rencontre de Dieu, elle rappelle celle de Dieu appelant Moïse pour parler avec lui et l’envoyer près de Pharaon pour libérer son peuple. Les trois apôtres sont saisis, ils sont ailleurs dans une ambiance qu’ils ne comprennent pas et qui les dépasse. Cette transfiguration de la personne de Jésus manifeste qu’il est l’envoyé de Dieu, il est celui qui était annoncé. La présence de Moïse qualifié de « bien aimé de Dieu et des hommes » Eccles 45,1 et celle d’Elie invitent à entrer dans l’intimité divine, cette « sainte conversation » jusqu’à percevoir la « voix » qui dit clairement qui est Jésus, le Messie de Dieu : « Celui-ci est mon Fils bien aimé qui a toute ma faveur, écoutez-le. » La transfiguration illumine l’annonce de la passion.

Cette expérience peut paraître aux antipodes de nos manières de penser aujourd’hui et pourtant qui, dans son existence, n’a connu le sentiment d’éblouissement ? Seul ou en compagnie et tout d’un coup une surprise, l’immensité est offerte et ouvre vers l’infini. François Cheng traduit ainsi « on est en présence d’une sorte de miracle de la nature, un don proprement divin ».[1]

L’expérience de ces trois, illumine le chemin du croyant vers Pâques leurs mots traduisent leur compréhension d’un Christ qui se dévoile, et entraine dans une conversation en proximité de Dieu. Vivre proche de Jésus n’est pas un quotidien de tout repos et de toute facilité, mais comme les apôtres il peut nous arriver de vivre d’intenses moments qui disent plus que ce que nous percevons habituellement, des moments qui font pressentir l’infini, pensons à la beauté de la nature qui illumine les visages, où l’attrait saisissant d’une personne qui rayonne ce qu’il est difficile d’appréhender ou encore la lecture avec attention et amour de la Parole de Dieu vient illuminer le cœur devant le mystère qui enveloppe au plus intime de soi, c’est le temps de l’émerveillement, de l’écoute.

Cette « lectio divina » au jour le jour, transforme peu à peu celui ou celle qui s’y adonne. Dans le sillage des disciples du Christ se poursuit le chemin de conversion : face à l’indifférence révéler la dignité de chacun que rien ne peut abolir, dans les flots des informations contradictoires garder l’esprit vigilant pour la recherche du vrai et du bien commun, dans la course au succès doucement trouver sa place et prendre soin de qui vit une détresse ou n’arrive pas à trouver son chemin….

Cette écoute attentive laisse pressentir qu’aujourd’hui comme hier le Christ marche au milieu de son peuple et enseigne chacun jusqu’à le transfigurer comme signe de sa conversion. Ce dimanche invite chacun :

  • à une grande attention à toute manifestation qui ouvre à la vie divine avec Abraham qui reçoit la promesse de la bénédiction et quitte son pays
  • à l’appel de la « vocation sainte » devenue visible en Jésus Christ comme le dit saint Paul à Timothée : prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’évangile.
  • à être avec Jésus seul, quand se termine l’expérience de la transfiguration, qui rejoint le quotidien parfois morose de nos vies laborieuses mais sans cesse éclairées de cette Parole à écouter et à garder. C’est aussi croire que chaque fois que cette Parole habite le cœur croyant ? le Père trouve sa gloire.

Ainsi tout un chacun, chemin faisant avec d’autres, se voit conduit, de l’obscurité à la lumière, de la profondeur de l’ignorance aux sommets de la connaissance avec la nature ou la beauté qui rapproche de Dieu et se fait communion …. un chemin unique qui conduit vers la croix et la résurrection.

[1] François Cheng, De l’âme, p.15

Soeur Monique Colrat o.p.   

Au désert…

« En ce temps –là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté. »

L’Esprit Saint, qui vient de révéler à Jésus qu’il est le Fils bien-aimé du Père, le pousse au désert, lieu des choix pour y être tenté.

Le désert est le lieu du silence, de la solitude, loin du bruit du monde, face à soi-même, dans la vérité de Dieu. C’est le lieu où l’on se fait attentif à l’appel de Dieu. Mais aussi lieu des doutes.

Jésus est amené dans ce désert comme son peuple, quelques siècles avant, comme le peuple hébreu durant les 40 ans de désert ( Dt.8,2 ), il va affronter le tentateur et être « mis à l’épreuve »

« Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. »

Comme son peuple a eu faim, il connait la faim. Il a souffert comme nous pouvons souffrir. Ne sommes-nous pas souvent tentés de demander à Dieu de faire des miracles, de faire à notre place ce que nous ne pouvons pas faire ?

«  Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains »

Le tentateur cherche à séduire le Fils de Dieu et Fils de l’Homme par la possession des biens dont le pain est le symbole mais Jésus nous remet devant notre responsabilité devant la tentation d’avoir, de posséder toujours plus et parfois à n’importe quel prix il nous dit :

« Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toutes paroles qui sort de la bouche de Dieu. »

Jésus s’en remet à son Père. Notre seule référence doit être la Parole de Dieu. Il nous donne une leçon d’humilité et de confiance en son Père. Le fils de Dieu lui-même ne prétend pas tracer son propre chemin. A l’écoute de la Parole de Dieu, Jésus est vainqueur de la tentation. Il existe un autre bien que le pain. La nourriture de l’homme c’est « toute Parole sortant de la bouche de Dieu »

Le Carême, c’est choisir d’écouter la Parole de Dieu sous l’action de l’Esprit, reconnaitre que Dieu me parle et me demande aujourd’hui : « De quoi ai-je faim ? »

« Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas… »

Puisque tu es le Fils de Dieu, le bien aimé, tu peux faire n’importe quoi ; il te viendra en aide. C’est la tentation de l’irresponsabilité. C’est tenter Dieu, vouloir le mettre à notre service, mettre la main sur lui. C’est le contraire de l’amour.

« Tu ne tenteras pas ton Dieu »

Dieu nous veut libres et responsables et respecte notre liberté. Jésus s’est toujours comporté comme cela avec toute personne. Loin de tenter son Père, il s’en remet à lui.

« Je te donnerai tous les royaumes du monde avec leur gloire »

C’est la tentation de la gloire et de la puissance pour son propre compte. Qui veut faire rompre l’alliance d’Amour avec Dieu, qui veut séparer le Fils de son Père. Qui veut prendre la place de Dieu. C’est la tentation du pouvoir.

« Arrière, Satan ! C’est devant le Seigneur que tu te prosterneras et c’est lui seul que tu adoreras. »

Jésus s’en remet au Père. Sa nourriture c’est de faire la volonté du Père. Dieu seul est Dieu nous dit Jésus. Il donne et il se donne ; Son Don est premier et nous rendons grâce !

C’est le triomphe sur les tentations. « Les anges le servaient ».

 

Sr Monique Pelletier        Capture d’écran 2014-11-08 à 14.40.05

Soeur Marie Séraphie

Une de nos incroyables soeurs vient de nous quitter à l’âge de 101 ans.

Marie Séraphie s’était découverte tardivement des dons de sculpteur.

Nul doute qu’elle danse désormais, avec Fra Angelico et quelques autres, dans la ronde des bienheureux.