La fatigue ou l’heure de la rencontre

Jésus quitte la Judée pour la Galilée et se trouve alors contraint de traverser la Samarie.

Fatigué, il s’assit vers l’heure de midi. L’heure la plus chaude. L’heure où personne ne sort de sa maison. « Ce n’est pas sans raison que Jésus est fatigué, ce n’est pas sans raison qu’est fatiguée la Force de Dieu ; car ce n’est pas sans raison qu’est fatigué celui qui refait les forces des fatigués ; car ce n’est pas sans raison qu’est fatigué celui dont l’absence cause nos fatigues, dont la présence nous réconforte ». Ainsi parle magnifiquement Augustin de Jésus, assis à la margelle du puits de Jacob. Celui qui promet le repos « venez à moi vous qui peinez », celui-là même, homme parmi les hommes, de la même chair, est fatigué de la route. Fatigué de sentir l’hostilité à son égard et d’être bien souvent associé à une moralité douteuse (Jn 8,41).

La fatigue serait-elle alors un lieu de la vérité de la rencontre ?

Plus de masque possible, plus de puissance supposée autant qu’illusoire. Juste une humanité, vulnérable, marquée de l’élémentaire : boire. Une soif qui dit à elle seule la pleine incarnation de Jésus, jusqu’à la fin, quand sur la croix, il s’écrira « J’ai soif » (Jn 19, 28). Lui qui va être l’eau vive pour la femme de Samarie restera véritablement un homme en sa fragilité jusqu’en son dernier souffle. « J’ai soif », cri de douleur de tant de condamnés, de mourants, mais aussi de désirants.

Jésus, sur cette margelle implore le désir de l’humanité. Seul un homme fatigué, à la chair assumée, peut rencontrer une femme esseulée.

Une femme victime d’une triple exclusion. Être une femme déjà, alors qu’un homme ne parle à une femme que s’il en est l’époux. Une femme de Samarie – et on sait combien les Samaritains sont considérés par les juifs de l’époque de Jésus comme des mécréants et des hérétiques. Une femme qui semble avoir une situation maritale bien peu conforme aux bonnes mœurs.

Sans doute est-ce pour tout cela qu’elle vient chercher de l’eau sous la chaleur accablante. Là où en principe elle ne craint rien, car elle ne devrait pas croiser de regard pesant ni entendre de jugement péremptoire.

Ainsi, malgré les apparences des statuts sociaux, ces deux-là étaient faits pour se rencontrer, pour se reconnaître. Seul Jésus pouvait venir habiter l’heure de midi de la femme de Samarie, son exclusion et sa désolation. Seul lui, dans sa chair, sait s’approcher et la délier du jugement qu’elle porte sur elle-même « tu me demandes de l’eau à moi… »

Jésus répond d’ailleurs à côté de sa remarque, « si tu savais le don de Dieu… » Étonnante et douce parole, sans jugement. Juste une invitation, une suggestion qui vient briser le cercle de son isolement. Car le don n’est pas un objet. Le don, c’est le Christ lui-même qui lui parle en vérité. Le don, c’est l’eau vive qui coulera à tout jamais du côté transpercé de Jésus, offrant pour toujours et pour tous son esprit, son amour et sa vie. Le don est une relation.

Alors, aimer le vrai Dieu, adorer le Père, n’est plus affaire de Temple ou de Montagne, mais de cœur, d’engagement et de témoignage. En pressentant qui est Jésus, la Samaritaine part témoigner, laissant même sa cruche, comme d’autres femmes repartiront au petit matin du tombeau vide, annoncer qu’il est vivant et aimant.

Grâce à elle, les habitants vont entendre et croire. Grâce à elle, exclue parmi les parias, femme de « mauvaise vie » pour la loi, mais au cœur ouvert, nous connaissons que notre Dieu est pour tous, sauveur en faveur du monde qu’il aime. Lui qui est venu habiter jusqu’en nos fatigues, afin de refaire nos forces.

 

 

Véronique Margron op    

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