Pâques, sortir tiré par le Vivant.

 

Le premier jour du monde. Le premier jour après la nuit. Le premier jour après le deuil. Ce premier jour n’est donc pas le commencement. Il arrive après. Après les larmes et le deuil. Après la souffrance et la violence. Après le doute et l’incompréhension. Le premier jour advient après la soif, après l’effondrement. Il ne fait pas table rase du passé, de la mémoire douloureuse. Le premier jour n’efface rien.

Un homme est mort, crucifié. Un homme est mort car il aimait l’humain en sa simplicité autant qu’en sa complexité. Tout homme et tout de l’homme. Assassiné car sa passion fut d’en être le compagnon, signature du vrai Dieu.

Cet homme est mort, presque seul. Les bien-pensants sont partis depuis longtemps. Les plus fidèles ont eu peur. Restent des femmes. Aimantes et fortes. Comment l’amour pourrait-il détourner le regard en pareille solitude du condamné ?

Alors l’amour est resté. Jusqu’au tombeau où le corps de Jésus fut déposé. Ne pas laisser les morts à leur sort. Marie de Magdala est là, au plus près. Elle s’enfouit avec le Christ jusque-là. Cœur même de la vocation chrétienne, mourir avec lui, renaître avec lui. La présence aimante de Marie la Madeleine signe déjà que la mort est vaincue. Souvenons-nous de ce cri de Job : « Pareil à un nuage qui se dissipe et s’en va, celui qui descend au séjour des morts n’en remontera pas » (7, 9). Notre Dieu se tient en ce séjour, lui-même. Prenant avec lui toutes nos désolations, toutes nos tristesses et nos désarrois. Il les dépose en son tombeau.

Marie, elle, est repartie et attend la fin du sabbat. Nul ne sait pourquoi elle attend puisque tout paraît être terminé. Car attendre, c’est laisser une place à l’inattendu, l’inespéré. Sinon à quoi bon ?

Au matin du premier jour elle repart vers le tombeau. Ne pas rester là figée, sidérée, aller juste pour dire son amour, son chagrin, son deuil. Du cœur de la nuit noire des ténèbres sur le monde, Marie l’aimante est sortie. Quelqu’un dans l’intime de sa chair sait qu’il faut qu’elle soit là, près d’un tombeau à lourde pierre.

Mais il n’y a plus de tombeau. Désespoir alors de la Madeleine, car l’absence du corps entrave le deuil. Mais confusément, elle pressent aussi autre chose d’inédit.

Si ce lieu qui n’est plus celui des morts était alors ouvert à la vie pour les autres, pour elle ? Marie court chercher ceux qui sont restés en arrière. Qui n’ont pu se risquer à voir la mort en face. Elle les ramène pour qu’ils sortent eux aussi de leurs ténèbres de tristesse et de peur. Ils courent, eux aussi. Ils courent pour vivre, pour retrouver le souffle, pour retrouver le goût de l’avenir. Ils entrent dans la mort. Mais la mort n’y est plus. Alors ils croient. Devant le vide. Ou plutôt le plein. Le plein de la vie, de la présence du Vivant que la mort n’a pu retenir.

Pâques alors. Non par magie. Non par oubli du deuil. Non parce que nous tournerions la page de la souffrance, des doutes, des questions. Mais parce que la vie a persévéré, discrète, à travers un tombeau vide, au cœur de la nuit, puissante. Rien de l’arrêtera désormais. Elle courra devant chacun de nous pour nous entraîner et nous arracher à la fascination du malheur.

En ce premier jour, oui le Christ est relevé d’entre les morts. Mais à travers Marie la Madeleine, Pierre et le disciple bien aimé, c’est vous et moi qui sommes redressés. Avec la marque de nos histoires, de nos mémoires heureuses et douloureuses. Du sein de nos corps fatigués et de nos vies si souvent enténébrées. Oui aujourd’hui, nous sommes déjà ressuscités. Aujourd’hui, nous sommes réveillés des torpeurs qui tirent vers le fond et veulent nous retenir dans leurs liens mortifères.

Aujourd’hui, la Vie de l’Ami indéfectible nous appelle, comme jamais. Allons. Partons d’ici.

 

Sr Véronique Margron op      

 

NB : Véronique Margron vient de publier au Cerf : Fidélité-infidélité, question vive. 6€.

Publicités

Une réflexion au sujet de « Pâques, sortir tiré par le Vivant. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s