Le trésor de nos vies.

Le Royaume de Dieu, un trésor : Mt 13, 44-52
Quatre paraboles qui en ce dimanche, nous parlent du Royaume de Dieu. A travers des images concrètes, Jésus sans cesse par ses paroles et ses actes insiste sur une priorité qui est la sienne : la réalisation du « Royaume de Dieu » Il est venu pour cela et pour que se réalise le Royaume avec nous et en Dieu.
Le laboureur trouve un trésor dans un champ qui ne lui appartient pas. Qui a enfoui le trésor, sinon Dieu lui-même ? Le Royaume de Dieu est là, on le trouve parfois sans le chercher, il vient nous rencontrer à l’improviste. Le Royaume de Dieu est donc là dans les profondeurs de nos existences.
Celui qui a trouvé un trésor ne le cherchait pas, le négociant en perles, lui recherche des « perles fines ». Le Royaume se cache aussi dans cette recherche. Il trouve ce qu’il cherche et tout ce qu’il possède déjà perd tout à coup toute importance à ses yeux. Seule la perle exceptionnelle prend de la valeur, il va vendre tout ce qu’il possède. Le règne de Dieu demande un don total de soi-même. C’est une décision radicale que nous prenons, sans retour. Il nous faut tout quitter. A chacun de nous Jésus demande : « où est ton trésor ? Quelle place Dieu tient-il dans ma vie ?
Qu’est-ce qui a le plus de prix à mes yeux ? Quel temps je consacre à Dieu, à l’essentiel dans mes semaines ?
« N’accumulez pas de trésors sur la terre » « Où est ton trésor, là sera ton cœur » Mt 6, 19 -21.
Recherche ce qui a une vraie valeur et donne lui toute ta vie nous fait comprendre le Seigneur. Par deux fois nous avons « vendre tout ce que l’on possède pour acquérir le Royaume »
Quant au filet des pêcheurs n’ est- il pas rempli de tout ce qui fait nos vies ?
Avez-vous compris tout cela ? Cette interrogation de Jésus est un des mots- clés répété 5 fois dans les paraboles des 3 derniers dimanches.
Bien comprendre quoi ? Jésus respecte notre liberté, on ne soumet pas sa vie, contraint et forcé ou à contrecœur. Pour adhérer à ce qu’attend le Seigneur de nous, il nous faut comprendre la valeur du trésor et de la perle.
Quand les acteurs de ces paraboles vendent tout, ils sont ravis, dans la joie. Nos renoncements pour le Royaume ne doivent pas nous rendre tristes « Je vous ai dit tout cela pour que Ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. Jn 15, 11
Autant de comparaisons qui nous pressent de tout miser sur Celui qui est la seule et vraie richesse.
C’est toi Seigneur le trésor de nos vies !

Sr Monique Pelletier

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L’ivraie de la parabole (Mt 13,24-30) Lecture brève

23 juillet … cœur de l’été …

La liturgie du 16ème dimanche nous propose avec Matthieu la parabole du bon grain et de l’ivraie … tandis que la nature soupire doucement sous le soleil … Déjà dimanche dernier, il était question de semence tombée en terre disponible ou plus ou moins ingrate.

Mais j’ai envie de prendre des chemins de traverse, ceux qui passent par le latin « ebrietas » étymologie de « ivraie » … ébriété …. ivresse ….

Ivraie connue pour ses propriétés enivrantes : pas mal pour s’évader, non ?

« A vouloir l’ivraie, on saccage le blé » dit le proverbe. S’inspire-t-il de Matthieu 13 ???

L’ivraie, plante fourragère très utilisée dans certains gazons dont celui de Wimbledom … L’ivraie classée dans les « indésirables du potager ».

Autre plante « nuisible » du potager : la zizanie, une espèce d’ivraie ….

On sème la zizanie comme l’ennemi a semé l’ivraie dans le champ du voisin ….

Quelquefois, certain(e)s ont l’ivresse de la zizanie ….

Et voilà que l’agriculture du XXIème siècle nous révèle que n’est pas mauvaise herbe, toute plante qui le voudrait … Pas de mauvaises herbes donc mais des herbes sauvages …

Mauvaises herbes l’abutilon ou l’armoise qu’on utilise en pharmacopée ?

Mauvaise herbe, le chanvre dont on fait les cordages ?

Mauvaise herbe, l’ortie qui se déguste en potage ?

Mauvaise herbe, la moutarde des champs (pas celle qui monte au nez) non ! celle qui a goût d’épinard ?

Je vous concède que la cigüe n’a pas réussi à  Socrate …

Les tenants de l’agriculture du 21ème siècle

…. celle qui cherche à renouer avec la Création (pour se faire pardonner quelques décennies d’exploitation exponentielle et aussi parce qu’il en va du futur proche des terriens),

…. celle de Pierre Rabhi et des mouvements Colibris, de l’agroécologie comme éthique de vie qui exalte la sobriété heureuse et la puissance de la modération *,

…. celle qu’expose le pape François dans l’encyclique Laudato Si,

ces tenants donc d’une agriculture enfin  respectée  rejoignent  saint Paul et saint Jean Paul 2.

  • Saint Paul que nous relisions dimanche dernier :

« La création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore … » Rm 8.

Le bon grain et l’ivraie … douleur de l’enfantement ?……

  • Saint Jean Paul II

(20 textes sur l’écologie présentés par Jean Bastaire : « Les gémissements  de la création » Ed Parole et Silence).

L’éditeur confesse : « à la lecture du recueil de Jean Bastaire, j’ai découvert avec joie que, de l’ensemble des discours et encycliques de Jean-Paul II,  se dégage un corps de doctrine organisé et une pensée cohérente et stimulante sur l’amour de la création, une approche des thèmes de l’écologie vraiment enracinée dans la révélation chrétienne. C’est une des missions de la théologie aujourd’hui de chercher comment tout l’environnement de l’homme est associé au mystère et à la victoire de cet Amour éternel du Père. »

En fait … me suis-je vraiment éloignée de la parabole dite « du bon grain et de l’ivraie »  quand il est question de l’Amour éternel du Père ?

Juste une remarque avant que je prenne un autre sentier de vacances … la parabole de l’ivraie (Mt 13,24-30), Jésus l’a expliquée un peu plus loin en Mt 13, 36-43.

Vous croyez que j’aurais fait mieux ?

*titres d’ouvrages écrits par Pierre Rabhi

Sœur Françoise-Chantal Lelimouzin o.p.juillet-2016

 

 

 

Le semeur est sorti pour semer

La Parole que Dieu sème dans notre cœur, doit porter de bons et beaux fruits pour notre salut. Voilà ce à quoi nous invite l’Évangile de ce 15è dimanche du temps ordinaire.

Le Christ en effet, en dévoilant à ses disciples l’énigme de la parabole du semeur, révèle l’importance que revêt la parole divine dans la vie du chrétien qui du coup, est invité à améliorer sa qualité d’écoute. Car de cela dépendent le résultat et l’abondance de fruits attendus par le semeur divin qui, dans sa bienveillance, jette la semence dans tous les cœurs. Il convient de lire dans ce geste sans restriction du semeur, l’espérance du salut accordée à tous sans exception. Seulement cette espérance respecte la liberté individuelle au nom de laquelle la disposition de cœur varie, ainsi que les conditions d’accueil. C’est du reste le constat évoqué dans l’intervention de Jésus qui fustige ceux dont la liberté les a conduits à faire obstruction à la Parole : « Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, qu’ils écoutent sans écouter et sans comprendre » (Mt 13,13). Leur responsabilité semble donc entièrement engagée dans la qualité d’écoute qu’ils réservent à la Parole, et la conséquence de fait dont rend compte Jésus, n’est pas une sanction à eux infligée par le Christ, mais une suite logique qui découle de leur attitude-même. Ils ne voient pas parce qu’ils n’ont pas voulu voir ; ils n’entendent pas parce qu’ils n’ont pas voulu entendre. La raison en est que : « le cœur de ce peuple s’est alourdi » (Mt13, 15). Immanquablement, comme le précise Jésus, toujours à leur sujet, lorsque le cœur s’alourdit on devient dur d’oreille, et difficiles deviennent la vue, l’ouïe et par ricochet, la conversion du cœur.

Notre cœur se trouve aujourd’hui donc au carrefour de la liberté et de la responsabilité. Et c’est une liberté bien conduite qui fait la place à une responsabilité qui s’assume bien. Car si la Parole que Dieu sème dans notre cœur, requiert notre entière liberté pour l’accueil, elle engage notre responsabilité dans le choix que nous fait opérer notre liberté. La Parole divine est adressée à tous les hommes ; elle est vivante, incorruptible et productrice de vie pour l’âme. Mais force est de constater qu’elle est diversement accueillie par les uns et les autres. En effet certains cœurs demeurent impénétrables, car ils sont endurcis par le découragement renforcé par les épreuves successives et les échecs humainement injustifiés. D’autres cœurs manquent de faire bon accueil à la Parole car la fragilité de la conviction provoque une rapide érosion de la Parole qui s’écroule sans tenir longtemps. D’autres encore ne laissent aucune place à la Parole, car d’immondes préoccupations viles et stériles occupent tout l’espace. Tout cela relève du choix fait par l’homme en toute liberté. Ainsi décide-t-il de ne ni voir, de ne ni entendre. La conséquence est dramatique, car ces cœurs se sont coupés de la source de vie. Leur mort est assurée.

Mais Dieu nous a créés pour la vie et non pour la mort ; voilà pourquoi il veut toujours irriguer nos cœurs de cette source vitale qu’est sa Parole. Celui qui se met dans les bonnes dispositions et fait bon accueil à cette Parole, vit et sa vie est abondamment fructueuse.

Plus que jamais, Jésus nous invite aujourd’hui à améliorer la qualité de notre écoute, en disposant notre cœur à faire bon accueil à la Parole que suivront nos actes. Ainsi ferons-nous utilement usage de notre liberté en l’orientant vers la source du bien qu’est la parole vivifiante de Dieu. Nous assumerons alors l’heureuse responsabilité de ce noble choix : vie florissante et fructueuse en Dieu.

                                                          Sœur Pascaline BILGO

 

 

frère Yves,

(abbaye de la Pierre qui Vire)

 

Trouver le repos

Dans cette page d’évangile tirée de St Matthieu, Jésus formule une prière d’exultation et de louange qui nous fait mieux comprendre qui il est et à qui il s’identifie (11, 25-30). On observe dans cette action de grâce que Jésus s’adresse tout d’abord à son Père et se réjouit de ce qu’il a caché aux sages et aux savants : cette révélation faite aux pauvres et aux petits à l’instar des disciples, des gens simples qui aiment et savent accueillir sans difficulté, bref ceux qui ont découvert en Dieu un Père et voient en la personne de Jésus l’image du Dieu miséricordieux. Jésus parle ensuite de lui-même : il est ce Fils qui a une pleine connaissance de son Père et dont la mission est de nous le révéler pour permettre à ceux qui sont à sa suite d’annoncer à leur tour ce qu’ils ont appris de lui. Aussi Jésus s’adresse aux souffrants de tout genre qui cherchent soutien, consolation et repos : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (11,28-30) Ce joug n’est pas alourdi par ceux qui l’enseignent. C’est le joug de sa parole, sous lequel tous ceux qui le désirent peuvent trouver le repos, le réconfort car Jésus est le consolateur par excellence. Les béatitudes nous en disent d’avantage (cf. 5,3-5). C’est un maître doux et humble sur qui nous pouvons compter et mettre toute notre confiance. Il ouvre les bras pour accueillir les victimes de la vie, ceux et celles qui se voient rejetés, accablés et écrasés.

Cependant, dans le quotidien de notre existence, être en phase avec ce Dieu tendre et miséricordieux, plein d’amour, doux et humble de cœur demande une certaine tenue. Nous devons alors adopter une pensée, un comportement, qui soient conformes à l’Évangile. « Devenez mes disciples» (Mt 11,29) est une invitation à la confiance, à « apprendre de Lui humble de cœur », à le suivre et à se mettre à son école pour l’imiter. Puisse son Esprit saint nous habiter et faire de nous des instruments de paix et de joie pour les autres. Qu’il nous aide à nous rappeler jour après jour que son joug est «facile à porter» et son fardeau « léger ».

 

Sr Adèle Bilgo  

Aimer « plus que » ?

Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ;
celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ;
celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.

 

Qu’est-ce que c’est qu’aimer l’un plus que l’autre ? Qu’aimer son père, ou sa mère, plus que Dieu ? L’amour de Dieu ne fait pas nombre avec nos amours les plus chères, tout simplement, car il en est le cœur. Il n’est donc pas question de comparer les amours dans cette page d’évangile, mais d’accueillir l’amour tel qu’il vient.

La critique de Jésus ne porte pas sur le fait d’aimer ou non sa famille, mais de comparer, de peser l’amour, comme le faisaient les frères jaloux de Joseph, en préparer le complot qui aurait pu aboutir à la mort de leur frère, tout simplement parce qu’ils pensaient que le vient Jacob aimait Joseph plus que les autres. « Plus que » : voilà le poison.

Accueillir l’autre, qu’il soit pauvre ou prophète, lui préparer un lit, comme le fait la femme de Sunam pour qu’Élisée le prophète puisse se reposer, lui offrir un verre d’eau, voilà ce que c’est qu’aimer Dieu. En réponse, Dieu donne « plus », ou plutôt « combien plus » : un enfant à une femme stérile, la vie à ceux qui le suivront, et même à ceux qui le trahiront.

L’amour est toujours singulier. Il ne peut se mesurer ni se peser. Et parce qu’il est toujours singulier, toujours incarné et unique, il peut être blessé. Qu’est-ce qu’être digne du Christ ? Qu’est-ce que le suivre ? Qu’est-ce que prendre sa croix ?

Nul ne peut répondre pour un autre à ces questions qui chaque jour se reposent. Être digne, c’est peut-être accepter de ne pas l’être et être reçu cependant par le Christ, accepter d’être indigne et le suivre pourtant. Se livrer à l’amour tel qu’il se présente, à travers les visages toujours singuliers de nos rencontres. Accepter les aléas de ces rencontres, la déception, l’échec, mais aussi l’heureuse surprise. Et petit à petit porter sa vie, avec le Christ qui la porte, non comme un fardeau, mais dans l’élan de ce « combien plus » auquel le Seigneur nous apprend à nous conformer. Une vie debout, élargie, offerte.

– – – –

Simone Veil vient de mourir. Elle écrivait il y a quelques années ces mots qui éclairent à leur façon, toute singulière, le fait qu’il n’y a pas de concurrence entre la transcendance divine, quelle que soit la forme qu’elle prend dans une vie, y compris le silence, et l’inscription dans une filiation.

 

Née et élevée au sein d’une famille française de longue date, j’étais française sans avoir à me poser de question. Mais être juive, qu’est-ce que cela signifie pour moi comme pour mes parents, dès lors qu’agnostique – comme l’étaient déjà mes grands parents – la religion était totalement absente de notre foyer familial ?

De mon père, j’ai surtout retenu que son appartenance à la judéité était liée au savoir et à la culture que les juifs ont acquis au fil des siècles en des temps où fort peu y avaient accès. Ils étaient demeurés le peuple du Livre, quelles que soient les persécutions, la misère et l’errance.

Pour ma mère, il s’agissait d’avantage d’un attachement aux valeurs pour lesquelles, au long de leur longue et tragique histoire, les juifs n’avaient cessé de lutter : la tolérance, le respect des droits de chacun et de toutes
les identités, la solidarité.

Tous deux sont morts en déportation, me laissant pour seul héritage ces valeurs humanistes que pour eux le judaïsme incarnait.

De cet héritage, il ne m’est pas possible de dissocier le souvenir sans cesse présent, obsédant même, des six millions de juifs exterminés pour la seule raison qu’ils étaient juifs. Six millions dont furent mes parents, mon
frère et nombre de mes proches. Je ne peux me séparer d’eux.

Cela suffit pour que jusqu’à ma mort, ma judéité soit imprescriptible.

Le kaddish sera dit sur ma tombe.

Je suis juive ». Simone VEIL

 

Anne Lécu o.p.