Un cheminement intérieur (Matthieu 16,13-20)

Il est frappant de constater, que peu importe la culture ou le milieu d’où nous venons, quand on rencontre quelqu’un on se demande, (d’abord intérieurement), qui est cette personne ? Quel est son métier ? Quel âge peut-elle avoir ?… Puis, dans un second temps de la rencontre, pour établir un dialogue, on pose les questions.

Se poser des questions sur l’autre, c’est normal, peut-être par simple curiosité mais aussi parce que nous éprouvons le vrai désir de mieux le connaître.

Jésus dans l’Evangile de ce jour pose la question dans l’autre sens. Il demande aux disciples qui vivent avec lui au quotidien, ce que dit la société sur lui. Les réponses surgissent (j’imagine les disciples, parlant tous au même temps, et pressés de donner toutes sortes de réponses).

Mais la question de vérité tombe. De l’interrogation première qui n’engageait pas la relation avec eux, Jésus les interroge directement : et pour vous, qui suis-je ? Là, le texte nous dit que c’est Simon-Pierre qui répond spontanément, peut-être s’était-il déjà posé la question et donc, pour lui la réponse était évidente « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ! » Les autres gardent le silence.

Le Christ nous adresse aujourd’hui à chacun/chacune de nous, la même question que jadis il a posée à ses disciples, « pour toi qui suis-je ? »

Ce texte me fait réfléchir à notre relation personnelle avec le Christ. Nous avons des réponses toutes faites sur son identité, ce qu’il a fait, où il a vécu… Nos réponses sont dictées par la connaissance et les sentiments que nous avons pour lui. Mais il convient d’aller plus loin. Ces connaissances intellectuelles et affectives doivent nous conduire à un cheminement intérieur. Ne craignons pas de rester en silence face au Christ. Nous ne sommes pas Simon-Pierre. Le Christ nous rejoint là où nous sommes : soit à la place du peuple et de ses réponses diverses, soit à la place des disciples embarrassés qui gardent le silence, ou encore à la place de Simon Pierre, prêt à annoncer au monde que « Jésus est le Christ ».

Il désire simplement que malgré notre pauvreté nous soyons toujours prêts à le rencontrer, pour qu’un jour nous puissions le confesser comme « Le Seigneur » de nos vies.

Avançons dans notre rencontre avec lui, et comme saint Hilaire de Poitiers qui se convertit à l’âge adulte, crions : « Avant de te connaître, je n’existais pas ».

 

Sr. Amanada Mancipe

Amanda 

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La glorification de Marie auprès de Dieu ou une contemplation dans l’Espérance

« L’Espérance, dit Dieu,  une petite fille de rien du tout qui est venue au monde le jour de Noël…

L’Espérance aime ce qui sera dans le temps et pour l’éternité. Elle voit ce qui n’est pas encore et qui sera… »*

« Bienheureuse celle qui a cru », s’écriera Elisabeth dans sa rencontre avec Marie et bienheureuse ajoutons-nous, celle qui a espéré contre toute espérance (Rm 4, 18_). Dans les  débuts merveilleux, au jour de l’Annonciation, l’ange révèle à Marie qu’elle est « Comblée de Grâce ».  C’est la plénitude de Dieu en son corps et tout son être. Le Messie tant attendu par Israël viendra par son corps. Marie, tout au long de sa vie correspondra au désir de Dieu, porté par son peuple, puis par Jésus, de délivrer l’humanité du mal pour la tourner vers le Dieu Amour. Les passages obscurs,  douloureux et pas totalement compréhensibles qu’elle a connus  sur le chemin de Jésus, chemin de Palestine, chemin de Croix, Marie les a vécus dans  la foi d’Israël renouvelée par « …les paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Elle  a nourri son espérance aux sources de ces paroles. Elle a désiré éperdument Dieu. IL l’a attiré à lui, élevée, et introduite avec douceur et tendresse dans sa demeure où ses yeux se sont ouverts sur son Fils Ressuscité, sur la gloire trinitaire. Elle a été transfigurée, aboutissement naturel de son Fiat. C’est la fête de son assomption.

L’histoire sainte de Marie, nous donne à contempler et nous révèle un chemin. La révélation,  source de la foi et de l’espérance à laquelle nous puisons est la même que celle qui a abreuvé Marie. Nous savons qu’à notre Baptême, Dieu nous a comblés de grâce. Le service qui a été demandé à Marie nous est demandé à notre manière : porter Jésus –Christ au monde. Notre réalité de créature exprimée par le psaume 50 : «  J’étais pécheur dès le sein de ma mère », n’est pas un obstacle pour Dieu. Il nous promet le même avenir qu’à Marie.  Il nous faut le croire.

Il nous faut redoubler de désir et fixer nos regards vers « ce qui n’est pas encore mais qui sera ».

N’ayons pas peur d’héberger la petite fille Espérance, elle aime et nous apprend à aimer  ce qui est dans le temps et ce qui sera dans l’éternité.

*citation de Charles Péguy ( Le porche du mystère de la deuxième vertu).

 

 

 

 

Sr Viviane Martinez

On marche sur les eaux !

 

« …Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules »… 

C’est presque aussitôt après qu’on ait fini de recueillir tout ce qui restait du repas de pain et de poisson offert par Jésus à ses auditeurs…. Cinq mille personnes ( sans compter les femmes et l es enfants), nourries avec cinq pains et deux poissons… Il y a là, matière à réflexion !

Les voilà donc seuls sur la mer…Jésus est parti ailleurs…sur la montagne… seul… avec son Père, il est parti pour prier…

La nuit se passe à ramer…Et à ramer fort, car le vent est contraire …Et Jésus n’est pas là… quand vers la fin de la nuit, quelqu’un s’avance vers eux….Il marche sur la mer..…Qui est ce ?…. Mais vite , on se rassure : «  Confiance ! C’est moi. N’ayez plus peur ». Toujours impulsif  Pierre s’écrie: » Si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux ! » …     «  Viens ! » dit Jésus, …   Et Pierre descend de la barque et marche vers Jésus,… sur les eaux..

Quelle foi, n’est ce pas !!…Normal, au lendemain du repas où, avec cinq pains, Jésus a rassasié plus de cinq mille personnes !… Pas si sûr…Le vent est fort,… le sol….c’est de l’eau !..Pierre enfonce : « Seigneur, sauve-moi.. »   Jésus étend la main.. « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? ».Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.   Alors cette fois, ils le reconnaissent en vérité : «  Vraiment tu es le Fils de Dieu ! ».

Dans le texte rapporté par Matthieu, seul Pierre a la vedette. .La phrase finale peut laisser penser que les autres disciples étaient plus ou moins dans les mêmes sentiments de foi et de doute..malgré les signes extraordinaires qu’ils venaient de voir et de vivre.

Les autres évangélistes qui rapportent le même fait éclairent un peu plus la situation des disciples..En Marc (6,45-52),jésus parla avec eux et leur dit : «  Confiance ! C’est moi, n’ayez pas peur !., puis  Jésus monte avec eux dans la barque et le vent tomba » ; en eux –mêmes ils étaient au comble de la stupeur, car ils n’avaient rien compris au sujet des pains : leur cœur était endurci .Luc ne fait pas mention de cet épisode . Quant à Jean (6, 17-21), le texte est bref . Jésus leur dit : « C’est moi ! N’ayez plus peur ! » Les disciples voulaient le prendre dans la barque : aussitôt la barque toucha terre là où ils se rendaient ».

En fait, la situation est agitée… En extérieur : c’est presque la tempête…A l’intérieur des Disciples : mélange d’interrogation sur les événements : le repas pour tant de monde, avec presque rien, Jésus qui les envoie ramer contre la mer et le vent…tout seuls, pour qu’ils le précèdent sur la rive d’en face… ; alors, qu’habituellement, il est toujours avec eux… !!! Incompréhensible….

Et voici que dans cette tempête, une ombre apparait..qui est-ce ? Un fantôme ? Le Seigneur ? qui sait ? Il parle : «  Confiance, c’est moi…N’ayez pas peur.. » Ouf.. oui c’est le Seigneur….

«  C’est moi ». Ils peuvent et devraient entendre : «  C’est moi : JE SUIS «  Il n’y a pas de doute..sur mon identité..Ce mot devrait rappeler aux disciples comment Dieu s’est nommé à Moïse et aux Anciens Pères. Mais on n’a pas le temps de réfléchir.. on a peur…on ne reconnait pas Jésus, Fils de Dieu..Alors, comme souvent, Pierre parle pour lui et pour les autres, tous partagés entre la foi et le doute … Il faut vérifier : «  Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi… ». La réponse fuse : «  Viens.. ».Et Pierre s’en va et marche sur les eaux…pas longtemps, le doute est plus fort que la foi. «  Au secours, Seigneur, sauve-moi.. ». Jésus étend la main, le saisit, mais lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?.. ». Ce deuxième signe parait avoir été révélateur : Tous ceux de la barque disent :  « Vraiment , tu es le Fils de Dieu. » Et au-dehors aussi, tout se calme : «  le vent tomba. », ceci aussi est souligné en Marc. Jean a une version différente : Jésus ne monte pas dans la barque, car la barque se trouve de suite au lieu où ils se rendaient. Il semblerait que la foi revenue, tout redevient normal : on arrive au lieu prévu. tranquillement, comme si rien ne s’était passé durant le voyage…

Sans doute, à certains jours, ils nous arrive d’imiter les Apôtres..Il y a les temps où je ressens la présence active de Jésus, sa paix, sa joie, voire son action de grâces. Et puis devant les événements qui bousculent, les difficultés, la peur nous prend…nous perdons pied… Pour nous aussi, l’extraordinaire de la multiplication des pains disparait de notre horizon… Oui, nous allons crier : «  Seigneur, sauve-moi ».      Alors sans doute, entendrons-nous : «  Femme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? ».Et aussi : …Avec une foi grosse comme une graine de moutarde,, tu peux déplacer les montagnes… ». Mais surtout :

«  Confiance …C’est moi.. N’aie plus peur. »

Et nous arriverons… au lieu où nous voulions nous rendre…

 

Sr Catherine de la Présentation   

Révélation de Dieu

« Qu’il est bouleversant ce visage. Ce n’est rien d’autre que la maison de Dieu et la porte du Ciel. Par lui, nous voyons Dieu dans la forme d’un homme, le visage resplendissant, rayonnant plus que le soleil. »    St Anastase le Sinaïte (7ième – 8ième siècle)

L’événement se situe sur la montagne (laquelle ?) : lieu de la révélation du Fils de Dieu, dès les tentations et lors de son apparition finale. Que se passe-t-il en ce lieu ?

Jésus prend avec lui trois de ses disciples, que nous retrouverons au jardin de Gethsémani quand Il les emmène à l’écart pour prier. Ici, Il les emmène à l’écart non pour prier mais pour être témoin d’un événement important. Devant eux, Jésus est transfiguré. Son visage rayonne. Nous pouvons penser à Moïse qui conversant avec YHWH, met un linge afin de ne pas éblouir ceux qui l’entoure car qui voit Dieu est appelé à le retrouver. Le vêtement blanc ( Ap 3,4 ; 4,4 ) qui est la couleur de la pureté, du baptême marque ce choix de Dieu.

Mais voici que le Christ discute avec Moïse et Elie. Moïse qui a reçu la Loi au Sinaï et dont Jésus est venu non pour abolir la Loi mais pour l’accomplir ; et Elie, grand prophète, revient-il comme le suggère l’enseignement des scribes ? Jésus n’est-il pas le nouvel Elie tant attendu ? Mais il est plus que cela. Voici qu’une nuée lumineuse les enveloppe et de ce fait les retire de cette vision. Dans cette nuée, une voix se fait entendre et rappelle cette voix entendue au baptême : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. » Ici, la voix venant de la nuée reprend en partie ces paroles « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! » Les disciples reçoivent un ordre : « écoutez-le ». Ils devaient se sentir bien petits devant cette manifestation, la crainte les saisit. Mais le Christ est là, « relevez-vous, n’ayez pas peur ! ». Là, Jésus est seul. Il leur demande de se taire jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

Cette fête est capitale, elle engage ces trois disciples à accompagner le Christ dans sa Passion et au-delà jusqu’à sa mort et sa Résurrection. Comment peut-on imaginer ce qui va suivre ? Cette violence qui va se déchaîner sur quelqu’un d’innocent, qui ne fait de mal à personne, venu seulement accomplir les Ecritures. Il donne force et courage à ses disciples dont la mission sera de témoigner et de répandre la Nouvelle.

Mais pour nous, la mission demeure identique à celle des disciples. Témoigner de ce que nous avons perçu du Christ. Notre baptême nous donne cette force car nous appartenons à cette même famille : répandre la Bonne Nouvelle à travers notre manière de vivre de la Parole dans notre monde en 2017. Il est important de voir le positif, d’aller de l’avant car qui regarde en arrière risque de faire du sur place. N’ayez pas peur, paroles reprise par le Pape Jean Paul II. N’ayez pas peur, je suis avec vous pour toujours.

 

Sœur Corine op