L’évangile du jugement dernier, une parabole ?

Jugement dernier … quelque chose à voir avec les Béatitudes ?

Plutôt une prophétie, une description prophétique du jugement dernier …
Ou encore un testament – non déposé chez le notaire – mais au creux des mains de frères, écrit sur la chair des cœurs d’hommes.

Ce texte, splendide et redoutable, termine le dernier discours de Jésus, juste avant le récit de la passion. Comme les Béatitudes avaient introduit le premier discours de Jésus. N’y aurait-il pas des similitudes de bonheur entre les deux proclamations de Jésus ???

Jugement dernier … un acte de séparation ?

«  Il séparera les hommes les uns des autres comme le berger sépare les brebis et les chèvres. » (25,32)

« Séparer », une action créatrice dès les origines de la Genèse :

Gn1,4  « Dieu vit que la lumière était bonne et Dieu sépara la lumière des ténèbres. »

Ainsi … la séparation des eaux (Gn 1,6) ainsi … celle du jour et de la nuit  (Gn 1, 14).

En pratiquant la solidarité, la charité inventive, ne sommes-nous pas participant de l’acte créateur ? Et tant mieux qui nous n’en sommes pas conscients !

« Les justes répondront ‘’quand est-ce que nous t’avons vu …malade, nu, affamé, prisonnier …’’ » (25,44 et s…)

Jugement dernier :… une question de solidarité fraternelle ?

Il s’agit de bien s’entendre : le jugement portera sur l’attention envers les plus démunis qui ont faim, froid, qui sont nus, exclus ou en prison. Bref sur le combat pour le respect des droits humains. Des gestes concrets visant les détresses les plus élémentaires et les plus profondes, combat concret qui manifeste l’amour du prochain.

Mystérieusement, au travers d’actes simples – mais authentiques – qui nous impliquent, se joue déjà notre éternité.

Pas question d’attendre la FIN du monde pour rencontrer Dieu. La FAIM du monde  se décline en faims diverses : de pain et/ou de beauté, de respect et/ou d’écoute, d’amitié et/ou de partage, de paix, de silence, de considération, de soins rendus possibles, d’écoles accueillantes à tous, de mains tendues, de portes ouvertes, de sourires chaleureux … La faim du monde combattue ouvre le Royaume du Christ-Roi à ceux qui ont répondu aux cris des autres. Ni plus, ni moins … Un combat à saveur d’éternité.

Qui sont-ils les petits à rejoindre ?

Marc a 42 ans. Il a été adopté à l’âge de 5 ans par des gens de cœur qui ont compris la détresse de cet enfant abandonné des années auparavant.

Il est atteint de surdité profonde, a des troubles du comportement et une déficience intellectuelle. Il a été opéré d’une tumeur sur la colonne vertébrale, il y a une dizaine d’années. Il est joyeux, exubérant à l’excès.

Cette année encore, comme les années précédentes, Marc m’a souhaité mon anniversaire, le bon mois, le bon jour, lui qui ne sait guère lire ou écrire, qui a du beaucoup s’appliquer pour rédiger le libellé de mon adresse d’une grosse écriture malhabile.

C’est lui qui a rappelé la date à sa maman. Lui que je n’ai pas revu depuis plusieurs années mais que j’ai préparé à sa première communion il y a plus de trente ans.

Marc c’est le Christ mis à ma portée, Lui qui s’est inscrit au rang des petits, qui «  n’a pas retenu son rang d’égal à Dieu » (Ph 2,6-7).

De personne comme Marc, nous sommes les débiteurs, toujours. Sur le visage de Marc je peux distinguer en filigrane un autre Visage, qui a nom Miséricorde.

Sœur Françoise-Chantal Lelimouzin o.p.  

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Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup.

« À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. »

Cette phrase de Jésus à la fin de la parabole semble dérouter notre logique humaine qui, au nom d’une certaine justice sociale, pense que celui qui se retrouve dans l’abondance, devrait accepter que son avoir soit diminué au profit du moins nanti. Seulement, en matière de justice, nous avons beaucoup à apprendre en nous mettant à l’école de Dieu qui sait répartir équitablement ses biens à ses serviteurs que nous sommes, en tenant compte des capacités de chacun. Mais généralement nous méjugeons le Seigneur en le prenant pour l’auteur de nos maux, sans vouloir comprendre notre part de responsabilité qui souvent est entière et totale du fait de notre insouciance et de notre mauvaise volonté.

C’est le cas de ce serviteur de l’évangile, qui n’a pas su exploiter l’opportunité que lui a accordée son maître pour croître et grandir. Il a préféré, non seulement rester dans l’inaction, mais pire, mettre dans un trou son talent pour empêcher toute possibilité de fructification. Sa conscience n’est pas que mauvaise ; elle est un frein au progrès et à la croissance. Ce serviteur a donc délibérément anéanti toutes ses chances d’avancer et de se développer. Il ne peut que demeurer statique. Voilà pourquoi devant la progression des autres qui ont fait fructifier leurs talents, lui ne reste pas seulement surplace, mais recule. Car si au départ ils se retrouvaient tous sur une même ligne, à l’arrivée ce sont ceux qui ont travaillé et évolué qui sont en avance, tandis que le paresseux est resté loin derrière.

Nous sommes donc dans une situation de fait. Celui qui n’a pas, se fait enlever ce qu’il a, parce que de par son option pour l’immobilisme, il a tout perdu par rapport aux autres qui se sont échinés pour obtenir plus de gain. Il faut alors travailler pour gagner d’avantage afin de se retrouver dans l’abondance et non dans le dénuement. C’est là, ce que le Christ nous recommande en ce 33ème dimanche du temps ordinaire qui annonce la fin prochaine de l’année liturgique ; laquelle fin nous oriente vers les fins dernières que chacun doit préparer pour ne pas être jeté dehors dans les ténèbres.

Tâchons donc de travailler au quotidien dans notre vie de foi à faire fructifier les nombreux talents que le Seigneur nous a donnés dans sa bonté et dans sa bienveillance. Ces talents ont pour nom : amabilité, serviabilité, générosité, cordialité. À chacun de compléter la liste suivant les dispositions de son cœur, en sachant qu’au-delà de tout, faire fructifier nos talents, nous enracine plus profondément dans l’amour de Dieu qui passe par l’amour du prochain.

Daigne le Seigneur nous y aider tous et chacun.

Sœur Pascaline Bilgo    

Sagesse folle et folle sagesse

« Heureux les forts et les puissants, heureux les riches et ceux qui s’approprient la terre…». Voilà bien la sagesse que semble si souvent mettre en œuvre notre temps.

En moins cynique, notre sagesse habituelle repose sur des règles, des façons de faire habituelles qui rendent possible le vivre ensemble dans la société des hommes. Elle nous permet de nous mieux conduire dans les méandres des circonstances. Oui, cette sagesse des temps ordinaires est bien indispensable, et quand elle vient à manquer nos communautés humaines versent vite dans la passion irrationnelle ou la manipulation des uns envers les autres. Il faut savoir la cultiver, la fortifier, la transmettre. Mais aussi l’interroger.

Car cette sagesse peut aussi devenir folle. Folle de la loi du plus fort, folle de discrimination et d’intérêts personnels. Folle quand elle confond le légal de la loi avec le bien, avec le vrai. Quand elle se prend pour le maître-étalon, prétend alors que rien n’est au-dessus d’elle et qu’il faut aveuglément lui obéir. Car cette sagesse première peut devenir aveugle. Comme en ces temps obscurs où nous avons pourchassé et exterminé des millions de femmes, d’hommes et d’enfants car soudainement ils ne correspondaient plus à la norme imposée. Quand aujourd’hui toujours en ce monde, tant d’humains sont humiliés et voient leurs droits élémentaires bafoués, le plus légalement du monde.

Le miracle, la grâce, c’est qu’en deçà de cette sagesse-là, comme au-delà, se tient le cœur. Se tient la conscience. Se tient la source qui fait transgresser les sagesses injustes. Une Sagesse offerte par le seul qui n’est d’autre intérêt que la justice et la bonté. Le seul qui ouvre le chemin du vrai. Le seul qui ne se défend pas lui-même mais promeut le plus pauvre comme son enfant et son ami.

Sagesse de Dieu, qui renverse les certitudes et les superbes des sages en déclarant « malheureux scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. » (Mt 23, 24)

Une sagesse toute neuve, visage inaltérable, resplendissant du Christ. Jusqu’en son don sur la croix, folie pour les hommes. Sagesse folle d’aimer de cet homme, fils du Très haut, frère de tous les « très-bas » que nous sommes, qui se laisse trouver à ceux qui la cherchent. Mieux, qui les cherche lui-même.

Elle n’est ni un savoir ni une coutume, ni même une expérience. Elle est une rencontre. « C’est elle que j’ai aimée et recherchée dès ma jeunesse, j’ai cherché à en faire mon épouse et je suis devenu l’amant de sa beauté. » (Sg 8, 2).

De cette sagesse personne ne peut se vanter. Juste pauvrement, de façon malhabile, y engager notre âme et toute notre vie. Afin, par-dessus tout, de respecter le plus humble, d’aimer de la folle tendresse de Dieu, et de s’appliquer à marcher humblement avec notre Dieu.

Véronique Margron, op       

(Article paru dans les Essentiels de La Vie ce jour 12 novembre 17)

Jésus lui-même qui nous propose tout un programme de vie

Nous voici en ce dimanche mis en face des pièges de l’autorité donc invités à une remise en question…pour suivre Jésus lui-même qui nous propose tout un programme de vie.

 

« Ils disent et ne font pas ».

Oui, cela peut nous arriver… mais il y a aussi beaucoup de personne qui ne disent pas mais font… ne devons-nous pas reconnaître ceux qui autour de nous et dans le monde agissent ainsi ! Nous chrétiens, baptisés appelés à être disciples du Seigneur cherchons ce que nous disons, comment nous le disons… Déjà Pharaon devant Moïse et Aaron en Exode 8-10 …les beaux parleurs ! « ce n’est pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur » qui auront part à la vie éternelle mais ceux qui font la volonté du Père qui est aux cieux Mt 7,21. La parole mise en pratique retrouvons-la à Cana à l’école de Marie.

Dans tous les cas la parole est créatrice, elle contribue au bien comme au mal, elle nous permet d’entrer en dialogue avec les autres, elle nous fait exister et grandir en humanité.

Deux autres événements des Evangiles que je ne développerais pas mais que je livre à votre méditation : le lavement des pieds au soir du Jeudi Saint et la Croix… pas de parole mais le Don total de Jésus.

 

 Lier « des fardeaux pesants » et en charger les épaules des gens qui « eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt ».

Jésus reproche aux scribes et aux pharisiens de se servir de leur Pouvoir, de leur Savoir et de leur Avoir pour dominer et non pour servir! Et nous ?

 

« Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes ».

Ah ! ce Vouloir paraître…gangrène pour notre temps !

 

« Ils aiment les places d’honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues, ils aiment recevoir le titre de Rabbi » (Maître).

‘Phylactères’, ‘franges’ tous ces noms et titres pour Mathieu collaient d’avantage aux personnes qu’aujourd’hui. Cependant, reconnaissons avec les propos de notre Pape François que nécessaire serait ‘un ‘coup de torchon’ périodique car le ministère chrétien ne doit être que service.

Pour les fondamentalistes : ‘ça on peut, ça on ne peut pas’ n’est pas la logique du Christ, lui ne respectait pas les habitudes devenues commandements : Il touchait les lépreux, ne lapidait pas l’adultère, parlait avec la samaritaine.

Dans la deuxième lecture de ce jour, St Paul aux Thessaloniciens, nous donne un message de douceur et d’humilité. Il va jusqu’à offrir sa vie, à la manière de Jésus qui la donne pour nous, Le Christ n’est que le plus grand Serviteur de tous, et c’est là son titre et son honneur.

Implorons le Seigneur, qu’en ce jour,  il nous donne la grâce de mettre en accord nos actes et nos paroles. Qu’Il arrache en nous le moindre germe d’orgueil afin de devenir toujours plus serviteur les uns envers les autres et nous guide dans Sa totale Vérité.

Sr Françoise-Marie Béguin

Sr Françoise-Marie op

 

 

Fête de la Toussaint 2017

Nous voici parvenus à la fête de Toussaint. Ce jour où nous allons au cimetière déposer des fleurs sur les tombes de nos défunts veut témoigner de l’affection que nous leur portons mais réveille aussi en nous de douloureux souvenirs. Pourtant cette journée est bien plus que celle du souvenir, c’est surtout la fête de l’avenir.

La sainteté c’est, en effet, l’avenir proposé par Dieu à tous les hommes. Nous sommes tous appelés à devenir des saints. Le problème c’est que, trop souvent, nous nous faisons une fausse image de la sainteté. Nous imaginons les saints comme des êtres qui ont accompli des performances extraordinaires à coups de renoncements et de sacrifices exceptionnels.

La première chose que nous ne devons jamais oublier, c’est que Dieu seul est saint et c’est lui qui offre à tous, le véritable bonheur.

Tous ces hommes et ces femmes qui ont été reconnus saints étaient des gens comme nous. Ils ont connu comme nous les limites de la nature humaine mais ils se sont livrés tout entiers, avec leurs qualités, leurs défauts et leurs passions au dynamisme de Dieu et à son amour infini. Leur vie a été un combat contre les forces du mal. Tous ont obtenu la récompense de leur amour et de leur fidélité.

Mais ce sont aussi les saints de la vie quotidienne : nos parents et amis très proches que Dieu a accueillis dans sa maison. Ils ont vécu l’Évangile, ils ont eut un dévouement inlassable pour les autres, sans même penser qu’ils pourraient en tirer gloire. C’est l’entrepreneur créateur d’emploi, le médecin, l’infirmière, l’humaniste sur les terrains des grands conflits, la mère de famille …. Les saints que nous fêtons aujourd’hui sont encore ceux qui auraient eu bien des raisons de désespérer de la vie mais que la foi en Christ ressuscité a soutenus, c’est, par ailleurs, cet incroyant au cœur droit qui a vécu au jour le jour l’Évangile qu’il n’avait jamais lu ni entendu. Des hommes, des femmes qui ont vécu tout simplement l’une ou l’autre des Béatitudes. Ils ont été les premiers surpris d’entendre le Seigneur leur dire : « Bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle dans les petites choses… Entre dans la joie de ton maître. »

Ce que Dieu a réalisé pour chacun d’eux, il le veut aussi pour nous. Nous partageons avec eux la même vocation. Pour y parvenir, Jésus nous montre le chemin. C’est l’Évangile de ce jour.

« Heureux les pauvres de cœur ! » Ne nous y trompons pas. Cette pauvreté dont parle Jésus n’est pas la misère. Le bonheur des pauvres de cœur dont parle Jésus, c’est tout autre chose. Et il ne concerne pas que la vie future ; il est surtout pour la vie présente : Jésus promet le bonheur immédiat à ceux qui ne sont pas pleins d’eux-mêmes mais qui sont aptes à accueillir le Royaume de Dieu. Ici la pauvreté est avant tout une disposition du cœur.

Pour comprendre toute la portée de ces béatitudes, c’est vers le Christ que nous devons nous tourner. Il est le pauvre de cœur qui attend tout de Dieu et qui choisit de lui être fidèle jusqu’au bout. Il est le doux, celui qui relève la femme adultère sans brusquer ses accusateurs. Il ne cherche pas à mettre les coupables dans l’embarras; et surtout il se réjouit quand il rencontre des gens de bonne volonté (par exemple Zachée). Il est le miséricordieux qui se penche vers les misères physiques et morales et qui cherche à les apaiser. Il est l’artisan de paix qui invite sans cesse à pardonner et qui a donné l’exemple sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Quant à être persécuté, il suffit de lire la Passion pour s’en rendre compte : Lui le Fils de Dieu a été condamné au nom même de Dieu.

Ces béatitudes de l’Évangile sont avant tout un portrait de Jésus lui-même. Elles nous montrent le chemin pour parvenir au vrai bonheur. Accueillons-les comme un appel à nous laisser modeler par lui à son image. Et en union avec la foule immense de tous les saints du ciel et avec tous les chrétiens du monde entier, chantons notre action de grâce au Seigneur et demandons-lui de nous donner force et courage pour faire de notre vie une marche vers ce Royaume qu’il a préparé pour tous ceux et celles qui acceptent de le suivre.

Saints et Saintes de Dieu dont la vie et la mort ont crié Jésus Christ sur les routes du monde, saints et saintes de Dieu priez pour nous !

Anne Lécu o.p. Soeur Anne Lécu