Sagesse folle et folle sagesse

« Heureux les forts et les puissants, heureux les riches et ceux qui s’approprient la terre…». Voilà bien la sagesse que semble si souvent mettre en œuvre notre temps.

En moins cynique, notre sagesse habituelle repose sur des règles, des façons de faire habituelles qui rendent possible le vivre ensemble dans la société des hommes. Elle nous permet de nous mieux conduire dans les méandres des circonstances. Oui, cette sagesse des temps ordinaires est bien indispensable, et quand elle vient à manquer nos communautés humaines versent vite dans la passion irrationnelle ou la manipulation des uns envers les autres. Il faut savoir la cultiver, la fortifier, la transmettre. Mais aussi l’interroger.

Car cette sagesse peut aussi devenir folle. Folle de la loi du plus fort, folle de discrimination et d’intérêts personnels. Folle quand elle confond le légal de la loi avec le bien, avec le vrai. Quand elle se prend pour le maître-étalon, prétend alors que rien n’est au-dessus d’elle et qu’il faut aveuglément lui obéir. Car cette sagesse première peut devenir aveugle. Comme en ces temps obscurs où nous avons pourchassé et exterminé des millions de femmes, d’hommes et d’enfants car soudainement ils ne correspondaient plus à la norme imposée. Quand aujourd’hui toujours en ce monde, tant d’humains sont humiliés et voient leurs droits élémentaires bafoués, le plus légalement du monde.

Le miracle, la grâce, c’est qu’en deçà de cette sagesse-là, comme au-delà, se tient le cœur. Se tient la conscience. Se tient la source qui fait transgresser les sagesses injustes. Une Sagesse offerte par le seul qui n’est d’autre intérêt que la justice et la bonté. Le seul qui ouvre le chemin du vrai. Le seul qui ne se défend pas lui-même mais promeut le plus pauvre comme son enfant et son ami.

Sagesse de Dieu, qui renverse les certitudes et les superbes des sages en déclarant « malheureux scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. » (Mt 23, 24)

Une sagesse toute neuve, visage inaltérable, resplendissant du Christ. Jusqu’en son don sur la croix, folie pour les hommes. Sagesse folle d’aimer de cet homme, fils du Très haut, frère de tous les « très-bas » que nous sommes, qui se laisse trouver à ceux qui la cherchent. Mieux, qui les cherche lui-même.

Elle n’est ni un savoir ni une coutume, ni même une expérience. Elle est une rencontre. « C’est elle que j’ai aimée et recherchée dès ma jeunesse, j’ai cherché à en faire mon épouse et je suis devenu l’amant de sa beauté. » (Sg 8, 2).

De cette sagesse personne ne peut se vanter. Juste pauvrement, de façon malhabile, y engager notre âme et toute notre vie. Afin, par-dessus tout, de respecter le plus humble, d’aimer de la folle tendresse de Dieu, et de s’appliquer à marcher humblement avec notre Dieu.

Véronique Margron, op       

(Article paru dans les Essentiels de La Vie ce jour 12 novembre 17)

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