« Préparez le chemin du Seigneur, rendez droit ses sentiers ».

Qui peut entendre une voix crier dans le désert ? Va-t-elle avoir un écho ?

Le désert est habité, il est ce lieu de rencontres surprenant où les bergers y viennent faire paître leur troupeau près des oasis. Notre désert existe aussi dans les lieux dit civilisés, ces lieux vides de fraternité, où vous êtes seuls au milieu d’une foule qui s’agite mais ne se rencontre pas. Et ces lieux ont besoin de cette oasis pour se ressourcer, y puiser ses forces auprès de l’Ecriture, auprès de témoins.

Cette phrase du prophète Esaïe va traverser les siècles pour se retrouver dans les Evangiles. La tradition orale demeure bien vivante. Le Seigneur rassure son peuple. Il va venir avec vigueur, comme un berger, il fait paître son troupeau, il en prend soin. Voilà que c’est bien lointain car le temps se mesure différemment. Pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Nous sommes hors du temps. Oui, le Seigneur prend le temps nécessaire pour sa venue parmi nous. Sommes-nous prêts à l’accueillir ? Sommes-nous prêts à cette profession de foi que nous proclamons parfois machinalement, le dimanche ?

Un hirsute, Jean le Baptiste, vivant à Qumran, chez les esséniens, le voilà qui reprend la phrase d’Esaïe : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez le chemin du Seigneur ». Voici qu’après lui, vient quelqu’un de plus grand que lui. Je ne suis pas digne de prendre la place de l’esclave pour lui délier la lanière de ses sandales. Je vous baptise dans l’eau : signe de purification mais lui, le Fils de Dieu, vous baptisera dans l’Esprit Saint, dans l’agapé du Père et du Fils. Il s’effacera dès la naissance du Messie car sa mission s’achève : Il EST.

Dernier prophète de l’Ancien Testament, faisant l’ouverture du Nouveau Testament, il rappelle cet évènement annoncé depuis longtemps qui va se réaliser prochainement. Les Ecritures vont s’accomplir. Oui, Dieu va réaliser sa promesse : sa venue parmi nous, dans notre humanité. La liturgie nous laisse quatre semaines pour préparer nos cœurs à sa venue.

Je suis invité à prendre la route pour la rencontre de Dieu en ce petit enfant – Dieu lui-même. Préparez son cœur à cet avènement. Quelle priorité vais-je adopter dans ce tumulte qui m’entoure et dont je fais partie ? Quel est l’essentiel pour moi ?

Bon chemin

 

Sr Corine op.   

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« Vous serez sans reproche »

L’évangile reçu ce dimanche – et l’injonction qui nous est faite de veiller – est précédé de paroles fortes qu’il faut entendre pour mettre en perspective ce « Veillez » ! Il est dit notamment :

En ces jours-là, […] le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. […] Lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. (Mc 13, 24-26 ; 29-31).

 

Oui, les astres qui nous servaient de repère peuvent s’effacer ou s’effondrer. Ceux que nous aimons peuvent nous décevoir, cesser de nous parler, ou mourir. Les représentations de Dieu que nous avons patiemment construites peuvent s’effacer, se dissoudre ou parfois même disparaître dans une déflagration. Et sans doute est-ce à chaque génération et peut-être même à chacun de vivre cette même expérience. La plupart du temps, cela se fait dans la maturation d’une vie, sans trop de heurts. Mais pour certains, le temps de reprendre souffle, il n’y a plus qu’un champ de ruines.

Et voilà que pourtant, malgré tout, au milieu de ces ruines, la grâce ou les circonstances, ou les rencontres, je ne sais, peuvent permettre à ceux qui ont connu ce genre de « désastre », – la chute des astres – de reconstruire ou recevoir quelque chose de ténu, plus ajusté, immensément fragile et pourtant vrai. Il m’est arrivé d’être témoin de ce genre de reconstruction. Cela m’évoque la venue improbable du maître de maison, qui dans la nuit revient d’un long voyage, à l’improviste.

Veiller, c’est peut-être simplement croire que notre Dieu ne renonce jamais à se laisser découvrir. Croire qu’au cœur de nos hivers les plus froids, il est en nous la veille, cette braise presque éteinte et qu’un seul souffle ranime. Veiller, c’est peut-être protéger en nous et entre nous, c’est petite braise, l’infime conviction que nos vies, si incertaines soient-elles, sont précieuses pour quelqu’un. Veiller, c’est remettre tous nos atermoiements à Celui qui est en nous la veille, c’est accepter d’être accepté par Lui.

A la hauteur de sa promesse. 

C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout,
et vous serez sans reproche
au jour de notre Seigneur Jésus Christ.
Car Dieu est fidèle,
lui qui vous a appelés à vivre en communion
avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur. (1 Co 1, 8-9)

 

Anne Lécu o.p.