« Vous serez sans reproche »

L’évangile reçu ce dimanche – et l’injonction qui nous est faite de veiller – est précédé de paroles fortes qu’il faut entendre pour mettre en perspective ce « Veillez » ! Il est dit notamment :

En ces jours-là, […] le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. […] Lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. (Mc 13, 24-26 ; 29-31).

 

Oui, les astres qui nous servaient de repère peuvent s’effacer ou s’effondrer. Ceux que nous aimons peuvent nous décevoir, cesser de nous parler, ou mourir. Les représentations de Dieu que nous avons patiemment construites peuvent s’effacer, se dissoudre ou parfois même disparaître dans une déflagration. Et sans doute est-ce à chaque génération et peut-être même à chacun de vivre cette même expérience. La plupart du temps, cela se fait dans la maturation d’une vie, sans trop de heurts. Mais pour certains, le temps de reprendre souffle, il n’y a plus qu’un champ de ruines.

Et voilà que pourtant, malgré tout, au milieu de ces ruines, la grâce ou les circonstances, ou les rencontres, je ne sais, peuvent permettre à ceux qui ont connu ce genre de « désastre », – la chute des astres – de reconstruire ou recevoir quelque chose de ténu, plus ajusté, immensément fragile et pourtant vrai. Il m’est arrivé d’être témoin de ce genre de reconstruction. Cela m’évoque la venue improbable du maître de maison, qui dans la nuit revient d’un long voyage, à l’improviste.

Veiller, c’est peut-être simplement croire que notre Dieu ne renonce jamais à se laisser découvrir. Croire qu’au cœur de nos hivers les plus froids, il est en nous la veille, cette braise presque éteinte et qu’un seul souffle ranime. Veiller, c’est peut-être protéger en nous et entre nous, c’est petite braise, l’infime conviction que nos vies, si incertaines soient-elles, sont précieuses pour quelqu’un. Veiller, c’est remettre tous nos atermoiements à Celui qui est en nous la veille, c’est accepter d’être accepté par Lui.

A la hauteur de sa promesse. 

C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout,
et vous serez sans reproche
au jour de notre Seigneur Jésus Christ.
Car Dieu est fidèle,
lui qui vous a appelés à vivre en communion
avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur. (1 Co 1, 8-9)

 

Anne Lécu o.p.   

 

 

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