Celui-ci est mon Fils bien aimé. Écoutez-le !

Jésus est avec trois disciples très proches : Pierre, Jacques et Jean. Ils vivent dans le sillage de Jésus, partagent les mêmes émotions, les mêmes difficultés. Ils sont en résonance avec leur Maître. Ce dernier les amène loin à l’écart sur un lieu qui domine, là où l’on voit le monde de très loin, comme si c’était des géants à contempler le monde en miniature. C’est dans ce cadre exceptionnel que les trois disciples voient Jésus devenir étincelant, les trois en même temps sont témoins de cette transformation ; Moise et Elie apparaissent auprès de Jésus, quel choc pour eux, ils sont pétrifiés par cette apparition. En fidèle disciples du Christ, ils savent que leur croyance repose sur des piliers inflexibles que sont Moise et Elie. Ils lui proposent de construire trois tentes, mais une nuée arrive et les recouvre, comme celle qui guida le peuple au désert. De cette nuée une voix se fit entendre :

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ».

Cette théophanie nous montre le double rôle qu’auront à annoncer les disciples.

  • Croire en la personne divine du Christ.
  • Devenir comme Lui annonciateur de la Bonne Nouvelle.

Mais on voit bien que le fondement de notre foi en Christ reste énigmatique pour eux : que veut dire ressusciter d’entre les morts ?

Quelle résonnance ce si beau texte de la Transfiguration peut-il avoir sur notre quotidien? Cette résonnance nous invite à ouvrir les yeux pour voir la détresse de l’autre et aussi admirer les œuvres de grande humanité qui nous entourent, savoir écouter les demandes d’aide, ne pas hésiter à y répondre, et par là même donner un sens à notre foi en Christ.

Nous sommes tous responsables d’être éducateurs de la foi par nos actes et nos paroles.

Soeur Martine Bourquin 

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Poussé par l’Esprit

En méditant le texte de Marc que la liturgie nous propose en ce 1er dimanche de carême, ne serions-nous pas tentées d’aller retrouver Mathieu et Luc pour compléter le récit de cet étrange séjour de Jésus au désert ?

Mais est-ce nécessaire ? En observant bien cet épisode toute une catéchèse se dégage, reprenons-le dans la nouvelle traduction liturgique.

Jésus vient d’être baptisé. « Aussitôt », parole chère à Marc, l’Esprit pousse Jésus au désert. Après la foule qui se pressait autour de Jean le Baptiste, après le bruit qui s’en échappait, voici la solitude, le silence, la Paix où Jésus va pouvoir réfléchir sur les Paroles de son Père.

Après ce baptême où Dieu a manifesté son amour et son choix, comment Jésus n’éprouverait-il pas la nécessité, le besoin de se poser, de s’interroger sur la manière dont il va pouvoir répondre à son Père ?

Le désert,  lieu idéal ? Oui. Toutefois, comme nous, Jésus se sent assailli de questions, de « comment » annoncer ce Royaume d’Amour, de justice de paix. Quarante journées durant lesquelles se poursuivront ces réflexions, ces interrogations.

Mais quelqu’un guette. Par allégorie, Marc introduit Satan, le tentateur. Et Jésus « entend » ses offres de facilités, de réussites, de gestes propres à séduire ! Le choix s’impose. Jésus tranche, et le tentateur s’éloigne.

Mais l’allégorie s’élargit, dans la sérénité. Voici les bêtes sauvages, respectant ce personnage, pas comme les autres.

Marc veut-il nous rappeler les premiers temps de la création où l’homme dominait les bêtes sauvages ? Mais peut-être pense-t-il à l’harmonie du monde qui naîtra sous la royauté du Messie ? Et les Anges, qui le servent, ne figurent-ils pas l’assistance constante du Père auprès de son fils, et auprès de nous, rendant son Fils et nous-mêmes prêts à suivre son plan d’Amour et de Salut ? Et Jésus laisse le désert, retrouve le monde, ses infidélités, son chaos, ses injustices, ses meurtres, mais fort de la Force de son Père !

Si Jean le Baptiste a été arrêté, convient-il à Jésus d’annoncer le Royaume en ce lieu ? C’est de la Galilée que retentira l’appel de Jésus à la conversion, à la foi en l’Evangile !

En ce début de carême, partons nous aussi dans quelque lieu désert pour retrouver le goût, la douceur de notre relation avec le Père et poussés par l’Esprit, nous pourrons écarter les futilités quotidiennes qui se pressent si souvent en notre esprit !

Avec Jésus, nous aussi, nous irons en « Galilée », pour y assumer la mission d’amour que le Père désire nous confier auprès de nos frères, nos sœurs, si souvent bloqués par ces violences, désirs de vengeance, de haines.

Oui, avec la force de l’Esprit, convertissons-nous, croyons à l’Evangile et le Christ de Pâques nous sauvera ! Et sauvera le monde !

 

Très bon carême à chacun et à chacune !

Soeur Monique Wagner 

Bienheureuses désobéissances

Aujourd’hui Jésus rencontre un lépreux à première vue désobéissant à la loi mais aussi à Jésus. L’évangile de Marc ne commence pas très bien !

Remarquons que cette rencontre entre ces 2 hommes : Jésus et le lépreux se situe lors du premier voyage missionnaire de Jésus qui a quitté Capharnaüm où venait de commencer sa vie publique. Jésus avait guéri et doit s’arracher de cette ville qu’il semble aimer pour dit-il aller « ailleurs dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame l’Evangile»*.

Cette rencontre a donc lieu quelque part en Galilée : un lépreux vint à Jésus, le supplie, tombe à ses genoux et lui exprime sa supplication : être purifié !

… la foi qui met en route et permet la supplication. Ce lépreux était certes impur à cause de cette maladie, révélateur de son péché, mais nous le savons aussi, rejeté de toute vie sociale et de toute pratique religieuse et ce, ne l’oublions pas, au nom même de Dieu et de sa loi minutieusement conservée dans le livre du Lévitique **

Ni Jésus, ni le lépreux n’aurait dû s’approcher l’un de l’autre … quant à se toucher, ce que fait Jésus, n’en parlons pas !

Quelle merveilleuse transgression de la loi pour le lépreux qui, au nom de sa grande foi et surtout d’une liberté intérieure s’approche de Jésus et le supplie ! Une désobéissance, fruit d’un beau travail de discernement et de reconnaissance : ce Jésus est le Messie que l’on attend qu’il s’empressera d’annoncer, contrairement à ce que Jésus lui demande ! De plus, est-il allé se présenter au prêtre comme l’ordonne la loi ? Mystère …

Pour Jésus, sa magnifique liberté intérieure qui le pousse à s’approcher et toucher l’impureté, pour révéler le visage de son Père Miséricordieux, attiré par la misère afin de purifier, libérer, sauver ce qui semblait perdu !

« Bienheureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur »***, bienheureuses désobéissances qui nous ont valu une telle Révélation, annonce de la Bonne Nouvelle. Le monde nouveau est là !

« Aime et fais ce que tu veux », nous a dit St Augustin !

Le programme missionnaire nous est donné, y compris pour ces temps où nombreux sont ceux qui le recherchent : s’approcher, tendre la main, toucher et oser un geste, une parole dans un élan de liberté intérieure ! Il n’y a plus qu’à… continuer à le vivre !

 

Sr Elisabeth LEMIERE  

 

* Marc 1,38

** Lévitique 13, 1-2.45-46

*** Exultet

Aussitôt…

« Aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent dans la maison de Simon et d’André. »

C’est un programme en trois points que Jésus nous laisse à travers le passage d’Évangile de ce jour : celui de la solidarité, celui du ressourcement et celui de communautés où se vit le service mutuel, ce service qui fait que, les uns les autres, nous nous guérissons de nos maladies de cœur et d’âme, nous nous redonnons souffle, nous nous mettons debout.

Ainsi Jésus arrive chez Simon et la maîtresse de maison, la belle-mère de ce dernier, est alitée. «Sans plus attendre» dit Marc «on parle à Jésus de la malade. » Alors Il s’approche de la malade, la prend par la main et l’aide à se relever. «L’ayant prise par la main, Il la fit lever.» En toute simplicité, il la rend physiquement à la possibilité d’accomplir sa tâche.

Cet acte que Jésus pose est un devoir qu’Il confie à son Église. Jésus nous confie le devoir de nous approcher, de nous faire proches des personnes qui n’en peuvent plus, des personnes qui sont accablées par les épreuves. Et non pas seulement nous faire proches d’elles mais de leur tendre la main pour les remettre en route, les aider à repartir.

Le récit continue : Jésus va poser d’autres actes, avoir d’autres attitudes qui seront d’autres devoirs pour son Église.

En effet, Jésus guérit toutes sortes de malades et continue le texte : «Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se lève, Il sort et s’en va dans un endroit désert » Jésus part pour prier, Il remonte à sa source, à celui de qui Il se reçoit, de qui Il reçoit sa capacité d’être serviteur. Et nous ? Ne nous croyons pas plus forts et plus résistants que Lui. Nous savons très bien que, s’il s’agit de se mettre au service d’autrui, nos énergies ne sont pas infinies.

Jésus confie à son Église ce devoir de solitude et de silence. II nous invite à nous retirer, à nous mettre à l’écart pour nous ressourcer et trouver la force de la fraternité, la force d’aider ceux qui souffrent près de nous.

Ensuite Jésus va poser un troisième acte, sans doute, plus difficile à comprendre. «Simon et ses compagnons se mettent à sa recherche. Quand ils l’ont trouvé ils lui disent: tout le monde te cherche! » Mais Jésus leur répond: «Partons ailleurs dans les villages voisins afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle; car c’est pour cela que je suis sorti.» Les habitants de Capharnaüm ont probablement dû mal à recevoir cette réponse ! Il vient seulement de guérir quelques personnes et voilà qu’il ne continue pas et quitte la ville …

Cette troisième attitude de Jésus contient deux enseignements. Le premier, II le dit lui-même: «Partons ailleurs dans les villages voisins afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle.» Il a donné à certains, et ceux-là vont devoir accepter qu’II aille donner à d’autres. Il va falloir partager.

Le second est d’apprendre aux habitants de Capharnaüm la dynamique du don de soi (on reçoit et à son tour on donne). C’est ce qu’a vécu la belle-mère de Pierre : une fois guérie, elle s’est mise au service de ceux qui étaient dans sa maison.

Le troisième devoir que Jésus confie à son Église est donc celui de devenir des communautés solidaires où nous recevons des autres mais aussi où nous prenons en charge les autres.

Soeur Catherine Aubry