La grâce qui rend capable

 

Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés.

Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

Ephésiens 2, 4-10

 

Sauvés. Sortis des enfers, tirés de l’enfermement, de ce qui retient vers la mort et étouffe. Ce salut-là est gratis. Il ne dépend pas de nos œuvres, de notre ascèse, pas même d’ailleurs de notre culte. Non, le salut vient de Dieu en sa générosité, de sa veille à nous vouloir du bien. Voilà ce qui nous est confié : ses entrailles, sa miséricorde, nous offrent l’empreinte de son Esprit.

Comme pour Paul, quand il implorait son Dieu d’être libéré d’une « écharde dans sa chair » (2 Co 12,7-8), de ce qui le blessait et le ramenait à sa fragilité, la grâce nous suffit. Paul ne sera pas libéré de son humaine condition, car ce n’est ni nécessaire ni fidèle au Christ, vrai homme. Il peut vivre mal en point ; nous pouvons vivre blessés et vulnérables. Car sauvés.

Ainsi ne s’agit-il pas de faire des efforts, croyant qu’alors nous obtiendrions quelque chose. C’est d’être sauvé qui rend possible de revenir vers ce qui est juste et bon. Car la grâce nous rend capables. Elle ouvre en nous la capacité à revenir sur les chemins que nous avions perdus de la justice et du droit, de la fidélité et de la miséricorde. Elle nous rend capable de prendre le chemin du Fils, jusqu’au relèvement de la mort, jusqu’à la vie partagée.

Le mal et le péché qui rôdent dans l’histoire depuis que le monde et monde, sont un tragique constat. Et chacun de nous y participe. Mais cet état des choses n’est pas un destin. Car par son amour intense, le Christ vient fendre cette chape de plomb. Le destin du malheur et du mal est vaincu par ce Dieu qui est venu comme aspirer le mal afin que nous puissions alors désirer autre chose que ce qui détruit. Notre Dieu veut que nous nous soyons des vivants et des amants, des chercheurs et des marcheurs. Désormais, au fondement du monde, de chacune de nos vies, veille un désir qui désire pour nous la vie, un désir qui porte notre énergie à nous libérer des liens qui nous enchaînent.

Là se tient, peut-être, l’authentique conversion à laquelle le temps du carême convie : croire que sa grâce gracieuse nous accompagne et nous entoure. Croire que les entrailles de Dieu sont plus fortes que ce qui nous abîme et nous défait. Le croire, c’est-à-dire s’y engager corps et âme. Alors, marcher en sa présence c’est répondre par notre responsabilité envers qui peine dans le difficile voyage de l’existence. Répondre de lui, répondre pour lui. Comme ce qui renforce la veille de notre Dieu en ce monde, ou au contraire ce qui l’amoindrit quand nous nous absentons devant le visage de l’autre homme.

Oui, les « Les publicains et les prostituées vous précéderont dans le Royaume des cieux ». Mt 21, 31. Le salut n’est pas affaire de morale. Publicains et prostituées – la lie de la société, les impurs par excellence — ont juste dit vraiment oui, accueillant la parole de Jean. Et ils sont autour de Jésus dans l’Évangile, comme la prostituée au parfum (Luc 7) ou le publicain Matthieu (Mt 9,9) ou encore Zachée (Lc 19, 1-10), sans parler de l’homme crucifié à ses côtés (Lc 23, 39-43).

La Bonne Nouvelle qui laisse intranquille et joyeux est bien celle-ci : du sein des bourbiers de nos vies, s’ouvrir, tels que nous sommes, à la parole de vérité qui nous habite déjà et la laisser agir.

Véronique Margron op.  

(publié dans La Vie de ce dimanche)

 

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