Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. S’il meurt, il porte beaucoup de fruits » Jn 12,24

Cet évangile est comme un prélude à la semaine sainte. Nous sommes, selon la chronologie de Jean, à quelques jours de la pâque juive, après l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem. C’est maintenant l’heure de Jésus. L’heure du pressoir et du moulin.

Ce qui est dit du grain de blé est qu’il convient qu’il tombe en terre et qu’il meure. Ces expressions sont mises en perspective avec l’ensevelissement du Christ tombé en terre. Et, en revanche, porter beaucoup de fruits signifie la résurrection et cela n’est pas nouveau car cette expression se retrouve fréquemment en saint Jean.

Vous me direz : «Mais non, le grain ne meurt pas puisqu’il germe !»
Justement la semence a une double caractéristique :

  • être enfouie, invisible … non accomplie
  • être déjà secrètement, de façon latente, ce qui sera manifeste, visible pleinement accompli.

C’est pourquoi d’ailleurs cette dualité semence/fruit met en œuvre, d’une certaine façon, la dualité de 2 mondes :

– il y a dans la semence la caractéristique d’être, en tant que semence d’un fruit, ce qu’est le fruit lui-même. C’est la participation au monde qui vient,

– mais, en tant qu’elle n’est que semence, c’est-à-dire non visible et non accomplie, elle est quelque chose qui est de ce monde-ci.

Durant sa vie Jésus n’a cessé de donner de l’amour à profusion.

Par sa mort Il a donné jusqu’à sa vie par amour. Une mort libre, donc totalement consentie, assumée et, comme telle, porteuse de fruit de vie, une vie jaillissante au matin de Pâques.

Mais le grain de blé c’est aussi chacun d’entre nous «  Le disciple n’est pas plus grand que le maître ». Il marche à sa suite. On ne peut être disciple du Christ sans rien donner et sans renoncer à rien, sans aller quelquefois jusqu’au don de soi.

Saint Ignace d’Antioche, disciple de saint Jean, dans une lettre adressée aux Romains n’écrit-il pas :

« Que je devienne donc la pâture des bêtes. C’est par elles qu’il me sera donné d’aller jusqu’à Dieu. Je suis le froment de Dieu. Que je sois donc moulu par les dents des bêtes pour devenir le pain immaculé de Dieu. »

Le don de soi se manifeste aussi dans le quotidien banal et méconnu :

  • vivre en souriant pour ses enfants quand on en perdu un,
  • soigner un parent dépendant
  • garder auprès de soi un conjoint atteint d’une maladie dégénérative
  • compter le peu qu’on a pour aller jusqu’à la fin du mois et trouver le moyen de partager avec des plus démunis,
  • se réjouir de voir le soleil se lever depuis sa chambre d’hôpital,
  • prendre quelques heures les jeunes enfants de la voisine de palier, étrangère et débordée

Tous ces gestes et tant d’autres, ignorés ont redonné vie au frère, remis debout le collègue découragé…

Dans l’évangile apocryphe de Philippe, il y a ce très joli mot :

« Ce monde-ci c’est hiver – les semences sont enfouies – et le monde qui vient c’est l’été. »
L’été c’est donc le moment de la manifestation solaire de ce qui était caché et en réserve.

Sœur Françoise-Chantal Lelimouzin o.p.  

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