Allez ! De toutes les nations faites des disciples ! (Mt 28, 16-20)

Au début de son ministère, quand Jésus appelle ses premiers disciples, il leur dit : « Suivez-moi… » (Mt 4.19). C’est ça un disciple : quelqu’un qui suit son maître. Ce ne sont pas ceux qui parlent de Jésus qui le connaissent vraiment, mais ceux qui lui obéissent (Mt 7.21)

Mais qu’est-ce pour Matthieu, que la mission ? Des disciples qui font d’autres disciples ; des hommes et des femmes qui, expérimentant que l’enseignement de Jésus transfigure leur propre existence, partagent cette expérience avec les autres.

La mission n’est pas l’expansion d’une idéologie, par contre, elle propose de former une communauté, qui veut enraciner des liens mutuels dans une communauté appartenant  « au nom du Père du Fils et du Saint Esprit » Cette formulation trinitaire c’est unique dans le Nouveau Testament qui parle du baptême « au nom de Jésus » et « dans l’Esprit » La triple dénomination au v. 19 vient sans doute de la liturgie baptismale en vigueur dans l’Église de Matthieu.

Pour faire des disciples, il faut commencer par partager la bonne nouvelle de l’Évangile. Cette bonne nouvelle traduite dans la vie quotidienne à partir de nos prises de paroles, nos décisions, nos regards, notre accueil et sans oublier le respect et l’amour a tout être vivant qui est au tour de nous.

Sr. Diana M. Sierra

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La parole et le souffle

« Y a-t-il quelque chose dans ce que nous disons ? », ce titre de Georges Steiner me poursuit en méditant sur la fête de Pentecôte.

Pour la tradition juive, sept semaines après la Pâque, se célèbre le don de la loi au mont Sinaï : la loi comme une moisson pour vivre la liberté offerte en l’arrachement des esclavages de l’Égypte. Pour nous – cinquante jours après le matin de printemps d’une rencontre inédite : celle du Vivant plus fort que la mort, une autre récolte est confirmée : la Parole n’a pas été retenue dans le tombeau. La mort n’était pas en mesure de garder les mots de la vie. Le Verbe entré dans le temps de l’histoire ne pouvait rejoindre le Père sans nous confier les mots qui relèvent, encouragent, émerveillent.

Voici la joie de Pentecôte : abondante comme les langues que parlent les femmes et les hommes qui cherchent le Dieu de toute paix. Les mots – mémoire vivante du Christ, sont à honorer, comme des personnes. Nous avons à les traiter avec délicatesse, afin qu’ils puissent se partager, s’offrir et faire sens. Rien ne doit être oublié du Fils : recueillir son langage – dans nos langues d’aujourd’hui, c’est poursuivre son œuvre de vérité et de bonté, signes du Salut.

Alors ? Y a-t-il quelque chose dans ce que nous disons ? Une œuvre de paix ou de guerre ? d’estime, d’affection ou de mépris ? de tristesse ou de rire ? Le vent créateur engendre le courage des paroles qui donnent force à des vies brisées par les fardeaux. Mots nouveaux car créés pour chaque rencontre, inédite toujours. Mots d’éternité car c’est dans le lexique de Dieu que bat leur cœur.

La Pentecôte : chacun reçoit dans son monde la douceur de l’Évangile qui libère et peut la partager. La langue est vivante, les mots sont animés. Ils sont protection, consolation, aspiration.

Yves Congar, grand théologien dominicain du Concile Vatican II, écrivit : « La parole et le souffle ». Voici notre espérance : que nos voix respirent du Christ, lui qui inventa les mots pour celles et ceux qui espéraient, depuis leur nuit, un Dieu proche qui vienne à leur rencontre. Puissions-nous avoir l’audace des mots neufs, quitte à nous tromper. Sans elle, ne sommes-nous pas complices des tombeaux de la mort ?

Pour prononcer des mots rafraîchissants, nos oreilles comptent. Qu’elles soient attentives au temps, tendues vers le mystère de chacun. Il murmure si timidement, parfois avec une douloureuse inquiétude dans le regard : celle d’être jugé. En ce jour, demander au souffle du Père et du Fils d’ouvrir nos oreilles, véritablement. Jusqu’à trembler au-dedans, jusqu’à supplier sans relâche, jusqu’à chercher sans repos, ce qui fera vivre l’homme en son enfance. Là où les mots naissent, s’étouffent et peuvent ressusciter.

Écoutons la parole la plus dérangeante : celle de ce Dieu qui risqua tout, pour simplement dire un amour fou. Aujourd’hui, elle opère en nous la liberté de l’Esprit.

 

Véronique Margron op.  

La chair et l’Esprit

         Pentecôte de  R. Pavamani.

Paul, dans sa lettre aux Galates les mets en garde contre la tentation de se remettre sous le joug de la loi. Car la loi est un joug si l’on oublie sa source : elle est une aide pour la liberté, et sa raison d’être est la divine tendresse.

Souvenons-nous. La loi fut donnée au désert à Moïse, alors qu’avec le peuple ils étaient sortis de l’esclavage. La loi fut donnée comme un cadeau au peuple afin qu’il puisse vivre libre. Mais la liberté est aussi un travail intérieur, et les Hébreux ont commencé par se fondre un veau. Il leur faudra encore de longues années dans le désert, pour entendre que cette loi n’est pas un fardeau, mais une garantie contre le chaos.

Paul, dans sa propre chair, a connu le fardeau de la loi. En voulant l’observer pour elle-même, il s’est enfoncé dans l’exclusivisme et la rivalité compétitive. L’exclusivisme, c’est croire que mon groupe (ou ma communauté, ou mon église) est mieux que les autres. La rivalité compétitive, c’est vouloir, au sein de ce groupe, être le meilleur, le plus observant. Et voilà que Paul a découvert que cette loi qui oublie l’amour dont elle est née conduit au meurtre. Il en tombe de cheval. Il en perd la vue. Et dans la nuit, le Christ ressuscité lui fait mystérieusement comprendre que ce qu’il pensait être la loi, c’est en fin de compte, la chair. C’est-à-dire la vie de l’homme quand il ne se préoccupe que de lui-même, de sa propre perfection, au lieu de se préoccuper des autres et de son Dieu.

Paul n’aura de cesse, une fois converti, d’expliquer cela aux siens. Il n’aura de cesse de dire et aux Juifs et aux Grecs que ce qui compte, ce n’est pas la chair, mais l’Esprit. Il faut bien comprendre ce dont il parle. Il ne s’agit pas de dénigrer le corps. Il ne s’agit pas d’une spiritualité désincarnée, bien au contraire. Il va tenter de traduire en grec ce qu’il sait de la tradition juive : Tout ce que nous faisons en nous centrons sur nous (y compris nos dévotions), comme faisait Babylone en clamant « moi, rien que moi », c’est la chair. Tout ce que nous vivons en nous centrons sur le Christ (y compris le plus incarné, manger – marcher – dormir), et par Lui sur autrui, c’est la vie selon l’Esprit.

« Et voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, et maitrise de soi. » Galates 5, 22.

 

Vivons sous la douceur et la force de l’Esprit !

Belle fête de Pentecôte à chacun.

 

Anne Lécu o.p.  

 

Ma soeur, moi je te crois

« Nous vivons cloîtrées, nous portons un habit qui descend quasiment jusqu’aux chevilles, nous ne sortons pas la nuit, nous n’allons pas aux fêtes, nous ne buvons pas d’alcool et nous avons fait vœu de chasteté. C’est une option qui ne nous rend pas meilleures ou pires que quiconque, même si, paradoxalement, cela nous rend plus libres et plus heureuses que beaucoup », écrit sœur Patricia Noya, du Carmel d’Hondarribia, joyau du Pays basque espagnol, à l’architecture médiévale, juste face à Hendaye.

Voilà des paroles profondément justes. Mais et alors, me direz-vous,en quoi cela nous concernerait-il ?

C’est qu’elles sont écrites dans un contexte bien spécial. Car voici la suite :

« Et parce que c’est un choix libre, nous défendrons par tous les moyens à notre disposition (…) le droit de toutes les femmes à faire LIBREMENT le contraire, sans qu’elles soient pour cela jugées, violés, menacées, assassinées ou humiliées », concluent les moniales.

Cette forte déclaration publiée sur la page facebook du monastère, prend sens dans le mouvement de protestation, d’indignation et de colère dans de nombreuses villes espagnoles, à la suite du jugement rendu jeudi 26 avril par le tribunal de Navarre, dans le procès de la « Meute ». Les cinq hommes qui s’étaient surnommés ainsi, âgés de 27 à 29 ans, ont été condamnés à neuf ans de prison pour avoir forcé une jeune femme de 18 ans à avoir des rapports sexuels avec eux dans une cage d’escalier, pendant les fêtes de San Firmin à l’été 2016. Le tout, filmé par les agresseurs avec leur portable et posté sur internet. Depuis le verdict, s’étend un mouvement de libération de la parole des femmes sur Twitter, avec le mot-clé #Cuéntalo (« Raconte-le »), cousin germain de « #BalanceTonPorc » qui avait enfiévré les réseaux sociaux en France au mois de novembre 2017.

Le message des moniales se conclut par ces mots « Hermana, yo si te creo » (« Ma sœur, moi je te crois »), slogan clamé lors des manifestations. « Nous l’avons écrit parce que nous voulions qu’il y ait une voix dans l’Église qui critique ce jugement », a expliqué l’une d’elles auprès de l’AFP. « On ne peut accepter qu’une atrocité soit commise et que celui qui est jugé, condamné et humilié publiquement soit la victime », expliquant que toute la communauté s’est sentie concernée, « en premier lieu parce qu’elles sont des femmes ».

Alors ce matin, je veux simplement, profondément, les remercier de leur prise de parole de femmes protestant contre un ordre des choses injuste et violent.

Véronique Margron op.  

Chronique publiée sur RCF, le mardi 8 mai 2018, à écouter ici

Amour sans frontières Jn. 15,9-17

« Dieu est amour ». Ces mots nous révèlent la vraie nature de Dieu. Dieu est amour, d’abord à l’intérieur de sa propre nature divine constituée de trois personnes qui ne cessent de communiquer entre elles et de rayonner de cet amour.

Nous sommes des êtres faits pour aimer et pour être aimés. Le drame c’est justement quand cet amour fait défaut, quand il est mal donné ou mal reçu. Les médias sont remplis de ces histoires d’amour qui ont mal commencé ou mal terminé.

Jésus nous a laissé comme testament ces deux grandes affirmations « comme le père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé » et « aimer vous les uns les autres comme je vous ai aimés »

C’est pourquoi il peut dire à ses disciples et à chacun de nous, aimez-vous de cet amour que vous recevez du Père et que je vous ai montré à travers mes paroles, mes gestes, mes actions et toute ma vie, y compris ma mort et ma résurrection.

Cet amour est universel, offert à tous sans exclusion aucune.

Quand on aime vraiment et que l’on se sent aimé, on grandi et l’autre se sent reconnu dans son être, le plus profond.

Qui aie je à aimer ? Qui attend de moi quelque chose ?.

Pierre dans la première lecture (AA 10,25-26.34-35.44-48), est le premier stupéfait avec les juifs qui l’accompagnaient de voir que le centurion, se jette à ses genoux et que même les païens reçoivent les dons de l’Esprit à profusion.

Dieu donne généreusement et nous invite à faire de même.

Nous sommes appelés avec ce que nous sommes et là où nous sommes, à donner, à nous donner et à recommencer…

Nous ne regretterons jamais d’avoir été bon et même trop bons mais nous regretterons toujours d’avoir fermé notre cœur et nos mains quand d’autres les ouvraient pour recevoir de nous.

Élargissons nos cœurs et ouvrons nos maisons à l’amour universel.

                Sr. Claudine Perquin