Ma soeur, moi je te crois

« Nous vivons cloîtrées, nous portons un habit qui descend quasiment jusqu’aux chevilles, nous ne sortons pas la nuit, nous n’allons pas aux fêtes, nous ne buvons pas d’alcool et nous avons fait vœu de chasteté. C’est une option qui ne nous rend pas meilleures ou pires que quiconque, même si, paradoxalement, cela nous rend plus libres et plus heureuses que beaucoup », écrit sœur Patricia Noya, du Carmel d’Hondarribia, joyau du Pays basque espagnol, à l’architecture médiévale, juste face à Hendaye.

Voilà des paroles profondément justes. Mais et alors, me direz-vous,en quoi cela nous concernerait-il ?

C’est qu’elles sont écrites dans un contexte bien spécial. Car voici la suite :

« Et parce que c’est un choix libre, nous défendrons par tous les moyens à notre disposition (…) le droit de toutes les femmes à faire LIBREMENT le contraire, sans qu’elles soient pour cela jugées, violés, menacées, assassinées ou humiliées », concluent les moniales.

Cette forte déclaration publiée sur la page facebook du monastère, prend sens dans le mouvement de protestation, d’indignation et de colère dans de nombreuses villes espagnoles, à la suite du jugement rendu jeudi 26 avril par le tribunal de Navarre, dans le procès de la « Meute ». Les cinq hommes qui s’étaient surnommés ainsi, âgés de 27 à 29 ans, ont été condamnés à neuf ans de prison pour avoir forcé une jeune femme de 18 ans à avoir des rapports sexuels avec eux dans une cage d’escalier, pendant les fêtes de San Firmin à l’été 2016. Le tout, filmé par les agresseurs avec leur portable et posté sur internet. Depuis le verdict, s’étend un mouvement de libération de la parole des femmes sur Twitter, avec le mot-clé #Cuéntalo (« Raconte-le »), cousin germain de « #BalanceTonPorc » qui avait enfiévré les réseaux sociaux en France au mois de novembre 2017.

Le message des moniales se conclut par ces mots « Hermana, yo si te creo » (« Ma sœur, moi je te crois »), slogan clamé lors des manifestations. « Nous l’avons écrit parce que nous voulions qu’il y ait une voix dans l’Église qui critique ce jugement », a expliqué l’une d’elles auprès de l’AFP. « On ne peut accepter qu’une atrocité soit commise et que celui qui est jugé, condamné et humilié publiquement soit la victime », expliquant que toute la communauté s’est sentie concernée, « en premier lieu parce qu’elles sont des femmes ».

Alors ce matin, je veux simplement, profondément, les remercier de leur prise de parole de femmes protestant contre un ordre des choses injuste et violent.

Véronique Margron op.  

Chronique publiée sur RCF, le mardi 8 mai 2018, à écouter ici

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