L’hospitalité d’une maison

Nous avons  toutes et tous vu de ces marcheurs harnachés de sacs à dos sous lesquels ils ploient sur les chemins de randonnée de montagne ou de sentiers côtiers. Ce sont des vacanciers ou des pèlerins, des amateurs de solitude et de beauté.

Certes, leur matériel est souvent sophistiqué : GPS, potable sont du voyage et l’équipement est complet pour 8  à 10 jours. Mais c’est un minimum par rapport au confort de la vie quotidienne.

Jésus demande  à ses disciples moins d’encombrement encore : le minimum …  mais avec sa divine délicatesse, il préconise les sandales plutôt que les pieds nus !

Pour tout bagage l’Amour dont Dieu les aime et les a pourvus pour aimer les autres.

Ils vont deux par deux, armés d’un bâton, envoyés et accompagnés par l’Esprit. Deux par deux pour pouvoir s’appuyer sur l’un sur l’autre quand le découragement menace.

Quant à la halte chez l’habitant, elle dépend de l’hospitalité du maître ou de la maîtresse de maison : « Quand vous trouvez l’hospitalité dans une maison, restez-y… » ( Mc 6,10)

Jésus sait que tous les foyers ne seront pas hospitaliers. « Si l’on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez, secouez la poussière de vos pieds. » (Mc 6,11). L’hospitalité requiert ouverture de cœur et accueil. Offrir son toit, héberger, est une prérogative de la générosité, de l’oubli de soi, de la noblesse de sentiments, de l’amour de l’autre,

La fraternité est une valeur universelle. Le pape François ne manque jamais de dire et redire la nécessité d’être solidaires des migrants, des sans papiers, des personnes démunies, des pauvres, « nos frères dans la filiation d’un Père commun. » (Edito La Croix 09-07-18)

«  Le droit d’être fraternel » n’est pas un trait de génie du Conseil constitutionnel français, (même si l’on est en droit de se réjouir que cette noble institution ait voulu renforcer le principe de fraternité dans la Constitution). La solidarité n’est pas un délit ! Voir son frère en détresse et passer son chemin est l’attitude du lévite et du  prêtre dans la parabole du bon Samaritain, celui qui fait miséricorde est cet étranger si peu considéré ! (Luc 10,33)

« Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli.

Mais a tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu »

 (Jn 1,11-12).

 

Sœur Françoise-Chantal Lelimouzin o.p.    

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Un prophète n’est méprisé que dans son pays

Le commencement de l’évangile de ce quatorzième dimanche ordinaire, présente les habitants de Nazareth en admiration devant les paroles de sagesse que proclamait Jésus. Jésus est de retour dans son pays avec ses disciples. Comme en Galilée, où il avait enseigné, chassé les démons, guéri les malades, et rendu la vie à la fille de Jaïre, les disciples seront témoins de l’attitude de Jésus et de celle des Nazaréens.

À Nazareth, son pays natal, Jésus se mit à enseigner dans la synagogue le jour du sabbat. Jusque là, tout semble bien se passer. Mais la sagesse qu’il incarne, perturbe la sérénité des habitants de Nazareth qui ont du mal à se convaincre qu’une prouesse aussi grande soit accomplie par quelqu’un qu’ils semblent connaître très bien. Mais finalement, peut-on dire qu’ils connaissent très bien celui qu’ils désignent comme le fils du charpentier ? Certes, les parents de Jésus sont connus, mais pour autant, la proximité même très forte des Nazaréens avec les parents de Jésus, ne peut être le gage d’une connaissance certaine de leur fils, Jésus. Et la suite de l’évangile montre combien, ils sont passés à côté de la vérité dans la force de leur apparente conviction et fausse certitude.

Comme quoi, l’évangile du jour nous interdit de prétendre connaître suffisamment l’autre sans le laisser se révéler à nous. Nos certitudes sur l’autre ne sont parfois que la projection de nous-mêmes sur lui ou la grotesque image que nous nous forgeons sur lui en le réduisant au produit de notre pensée. La réalité est cependant bien autre. L’homme a déjà des difficultés pour se connaître lui-même ; comment peut-il alors connaitre l’autre et le définir dans la vérité de ce qu’il est ? Toute entreprise dans ce sens n’est que pure illusion et chemin d’erreur garantie. Et c’est à ce piège que se sont fait prendre les Nazaréens qui semblaient connaître véritablement Jésus, qu’ils ont réduit au fils du charpentier. Si seulement leur étonnement les avait disposés à découvrir qui est vraiment Jésus, en le laissant se manifester, ils auraient sûrement été plus émerveillés de le connaître véritablement et de comprendre comment Dieu, en son mystère, agit dans le monde pour le bien de l’homme.

Arrêtons de trop vite connaître les autres ; et laissons-les se manifester et se dire à nous, tels qu’ils sont. C’est l’humilité qui nous le permettra. Alors seulement, nous accepterons la possibilité d’être instruits par le plus petit et peut-être le moins intelligent que nous. Car, si ce que Dieu a caché aux sages et aux savants il l’a révélé aux tout-petits, il peut bien passer par ce plus petit pour se communiquer à nous et nous sauver. Soyons donc humbles.

Ne ratons pas le rendez-vous que Dieu nous donne au carrefour de l‘humilité.

 

Sr Pascaline Bilgo  

Dieu n’a pas fait la mort

Livre de la Sagesse, Psaume 29 et Évangile de St Marc 5, 21-43

Nous avons peur de la mort… et c’est normal ! Nous avons peur de souffrir avant de mourir. Nous avons peut-être vu des parents, des amis traverser de grandes souffrances ou avoir subi une mort violente et soudaine. La mort est un mystère, que nous n’arrivons pas à comprendre et dès les temps les plus reculés, l’homme a cherché des explications, il s’est posé beaucoup de questions.

Or, Dieu, dans son amour, a commencé à se révéler, il s’est choisi un peuple avec qui il a fait alliance tout au long de l’Ancien Testament. Malgré ses trahisons et ses infidélités, ce peuple a peu à peu découvert un Dieu qui aime, un Dieu fidèle, patient et qui pardonne, un Dieu qui donne la vie et qui aime la vie. Si bien que, 50 ans avant la naissance de Jésus, l’auteur du Livre de la Sagesse a pu écrire : « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants », et encore : « Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même.» Et Jésus est venu nous révéler le cœur de Dieu, par ses paroles et par ses actes.

Ce jour-là justement, Jésus est au bord du lac et une foule nombreuse l’entoure. Et voici que Jaïre, chef de la synagogue, vient jusqu’à lui, tombe à ses pieds et le supplie : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive ».

Sans hésiter, Jésus part avec lui en se frayant un chemin dans la foule.

Dans cette foule, se trouve une femme qui souffre de pertes de sang depuis 12 ans, et qui depuis 12 ans se trouve exclue de par la loi juive pour laquelle le sang est impur. Elle a entendu parler de Jésus, elle se faufile derrière lui et se dit : « Si je touche seulement son vêtement, je serai sauvée ». Jésus est pressé de toute part et il ressent comme une force qui est sortie de lui. C’est la foi de cette femme qui a comme arraché à Jésus sa guérison et sa réintégration sociale. Jésus s’arrête et voit la femme qui a peur. Il pose son regard d’amour sur elle et lui parle : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Et Jésus continue sa route vers la maison de Jaïre. Voilà que des gens de là-bas arrivent et disent à Jaïre : « Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus ne se laisse pas arrêter par ce manque de foi et dit à Jaïre : « Ne crains pas, crois seulement ! » Alors Jésus se renvoie la foule, garde avec lui Pierre, Jacques et Jean et les parents de la jeune fille. Il écarte aussi ceux qui pleurent et crient et se entre dans la chambre où reposait la jeune fille. Il lui saisit la main et lui dit : « Talitha koum ! », ce qui veut dire : Jeune fille, viens, lève-toi, ou encore : réveille-toi. (A noter que c’est la même expression qui est utilisée pour dire la résurrection de Jésus : il s’est réveillé d’entre les morts). Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher.

Et St Marc ajoute : elle avait 12 ans. Ce chiffre est symbolique : il signifie l’accomplissement des temps annoncé par les prophètes pour la venue du Sauveur. 12 ans, c’était aussi l’âge où les enfants devenaient adultes dans la tradition juive. Jésus lui-même avait vécu ce passage, quand à 12 ans il avait été retrouvé par ses parents dans le Temple de Jérusalem au milieu des prêtres et des docteurs de la Loi. Et la femme n’a-t-elle pas aussi été libérée au bout de 12 ans?

Que pouvons-nous retenir de ces évènements pour notre vie aujourd’hui ? Ne crains pas, crois seulement. Comme Jaïre, n’ayons pas peur de confier nos soucis à Jésus, il nous écoute, il marche avec nous; comme à la femme, il nous donne sa force si nous persévérons dans la prière et si nous croyons en lui.

Le psaume 29, lui, nous invite par deux fois à rendre grâce, alors, en ce 13èmedimanche du temps ordinaire, rendons grâce à Dieu qui nous donne sa vie, qui nous libère du mal et de la mort par sa mort et sa résurrection. Que le Pain de Vie que nous sommes invités à partager nous libère de toute peur et nous donne de marcher dans la paix et la confiance en tenant la main de Dieu.

Soeur Catherine Aubry