Faiseurs de paix

Hier lundi 10 décembre, nous célébrions les 70 ans de la déclaration universelle des Droits humains de 1948. Après plus 60 millions de morts, dont plus de 45 millions de civils, 6 millions de juifs, Hiroshima et Nagazaki, les nations se décident enfin pour la paix, affirmant que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… » Une promesse était ainsi faite : les droits des individus compteraient autant que les droits des États. « Un sombre anniversaire », pourtant, au regard de la vague réactionnaire qui s’étend et des “hommes forts” qui attisent la haine et bafouent les libertés fondamentales.

Mais il est aussi des visages qui éclairent cet anniversaire, donnent force et espoir.

Dimanche à Oran Pierre Claverie, évêque d’Oran, les 7 moines de Tibhirine, et les 11 autres religieuses et religieux ont été reconnus bienheureux. Bienheureux de n’avoir rien préféré à l’amour du peuple au milieu duquel ils vivaient, au nom de l’amitié du Dieu unique, le Christ pour eux. Bienheureux de ne pas s’être souciés d’eux-mêmes. Bienheureux d’avoir aimé la vie jusqu’à la perdre. Visages magnifiques d’une Église de proximité, de dialogue, de compassion. Une Église sans prétention, sinon celle d’être servante pour la dignité de tous.

D’autres visages encore. Comme ceux de Nadia Murad, 25 ans, et Denis Mukwege, 63 ans, qui se battent contre une même barbarie : le viol utilisé comme arme de guerre. Ils ont reçu ce lundi 10 décembre à Oslo, le Prix Nobel de la paix.

Nadia Murad, jeune Irakienne Yézidies a pourtant déjà vécu mille vies. Elle a survécu au génocide perpétré par l’État islamique en août 2014 dans son village natal. Après l’assassinat de ses frères elle devient une esclave sexuelle, vendue et revendue à différents bourreaux. Aujourd’hui, elle se bat pour les 3 000 femmes yézidies toujours captives de Daesh et « pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains ».

Denis Mukwege, dont j’ai déjà souvent parlé, chirurgien gynécologue congolais se bat depuis vingt ans pour réparer le corps de femmes, d’adolescentes, d’enfants brisées dans leur intimité sexuelle et leur intégrité psychique par des actes de torture, des viols et des mutilations atroces. Ces corps mutilés qu’il répare, sont des « terrains de guerre ». Il déclarait hier en recevant le Nobel, « Ce ne sont pas seulement les auteurs de violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard. S’il faut faire la guerre, c’est la guerre contre l’indifférence qui ronge nos sociétés ».

Les 19 bienheureux d’Algérie, Nadia Murad, Denis Mukwege, en ces temps troublés et incertains nous montrent le cap. Vivre à hauteur d’homme, rien de plus. Rien de moins.

 

Véronique Margron op. 

Chronique diffusée sur RCF mardi 11 décembre 2018.

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