Charité sans frontière

Dans cet Evangile  de Saint Luc, Jésus nous livre tout un enseignement sur l’amour-charité, et spécialement ce qu’il entend par l’amour des ennemis. Cela va très loin, et pourtant ne tient qu’en trois mots :

. Faire du bien à ceux qui vous  haïssent,

. Souhaiter du bien à ceux qui nous maudissent,

. Prier pour ceux qui nous maltraitent.

Selon un commentaire (Homélies en prison), « aimer son ennemi, c’est travailler à changer le regard qu’on porte sur lui. Ne pas voir en lui qu’un ennemi à abattre ». Il est, certes, celui qui est contre moi, qui me calomnie, qui me détruit et bien d’autres choses encore. Mais il n’est pas que cela. Il n’est pas que méchanceté, il ne se confond pas avec le mal qu’il fait. Il faut, envers et contre tout, maintenir en soi la conviction que cet ennemi peut changer et évoluer vers le meilleur de lui-même.  Aimer son ennemi, c’est le confier à Dieu. Prier pour lui, pour qu’il change et quitte le monde de la haine. Réfléchir avec d’autres chrétiens, en Eglise, en équipe, pour s’ouvrir soi-même à l’évangile, pour se convertir soi-même et peu à peu voir en tout homme, en mon ennemi aussi, un « fils du Dieu très haut »comme dit notre texte d’aujourd’hui.

Cependant, dans ce passage de l’évangile de Luc, Jésus ne fournit aucune recette pour régler nos problèmes avec nos ennemis, petits ou grands. Mais il montre une direction, il offre une lumière dans la nuit de la violence et de la haine. Et surtout, ce passage montre Jésus qui, finalement, est le seul qui ait su aimer au-delà de toute haine.

Dans ce même enseignement sur l’amour sans frontières, Jésus en vient à parler aussi de la non-violence, de la joue qu’il faut tendre, du manteau qu’il faut laisser prendre et des deux mille pas qu’il faut faire, c’est-à-dire du temps qu’il faut accepter de perdre avec un homme dans la joie ou la peine, avec ses frères ou ses sœurs  en communauté, sous le regard de Jésus.

Volontiers nous dirions : « Ce n’est pas réaliste, c’est même idiot! » du point de vue humain.  Mais c’est un nouveau style de vie que Jésus veut inculquer, un nouveau regard sur la vie, les événements, les personnes et sur Dieu même. Il s’agit en effet d’inverser nos réflexes ordinaires : réflexe du talion, qui nous fait rendre le mal pour le mal, la violence pour un oubli ; réflexe de l’égalitarisme, du donnant-donnant, du « rien pour rien », qui nous fait guetter en tout la récompense immédiate et mesurable.

Face au précepte que nous a laissé le Seigneur, nous prenons conscience du peu de place que tient dans notre cœur la gratuité, la vraie, celle qui ne sera connue de personne hormis Dieu.

En conclusion, l’Evangile nous invite à faire valoir ce qui pour nous est essentiel à notre vie de tous les jours. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment… Sommes- nous capables d’amour ? Pour réaliser pleinement le programme du Christ, il nous est demandé de faire confiance à l’agir de Dieu. Jésus nous commande d’œuvrer dans le monde comme Dieu le fait lui-même avec nous : vivre le pardon et être miséricordieux. Dieu ne juge ni ne condamne personne, il pardonne aux pécheurs et nous demande de l’imiter. C’est une immense responsabilité qu’il nous confie ; il laisse la liberté d’exercer notre propre jugement. Prions pour que le Seigneur nous apprenne  à pardonner comme Lui, à aimer comme Lui,à juger comme Lui, à être miséricordieux comme Lui et à être généreux comme Lui.

Soeur Catherine Ouedraogo o.p.

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