« Un moment de vérité » chez Albin Michel, le 27 mars

Notre soeur Véronique publie ce mercredi Un moment de vérité, chez Albin Michel.

« Je me suis décidée à écrire non pour enfoncer le glaive plus avant dans l’Église, mais pour proposer des voies afin de sortir de ce désastre. ».

Véronique Margron est une voix catholique qui compte et une responsable reconnue de l’institution ecclésiale. Cette appartenance la rend peut-être plus radicale encore dans sa critique d’un système qui a permis tant d’abus sexuels dans l’Église, et qui en a organisé l’impunité. Véronique Margron a été amenée depuis des décennies à recevoir et écouter des victimes d’abus de toutes sortes, et cette expérience donne à son propos une densité humaine unique. De plus, s’engageant en théologienne, elle pousse la réflexion au-delà de la simple critique d’un dysfonctionnement, fût-il gravissime : il s’agit de déceler dans ce qui structure l’Église les racines du mal – et dans ses fondements spirituels les issues possibles d’un relèvement.

Il est possible de trouver ce livre dans toutes les librairies, ou en ligne ici.

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Laisse-le encore cette année

Il est des heures où l’on est sans voix. Le malheur sans raison (la chute d’une tour qui fait 18 morts) ou le mal commis (l’assassinat des Galiléens par Pilate) laisse sans voix les disciples de Jésus.

La mort brutale signe l’urgence de la conversion.

Il est urgent de vivre, urgent de vivre pour les autres et pour Dieu, autre nom de la conversion.

Cette urgence, Jésus la décline selon une parabole agraire.

Devant un figuier qui semble stérile, l’urgence n’est pas de le couper, mais de le soigner patiemment. Il est urgent d’attendre.

Le viticulteur décide de donner du temps à son arbre. Il bêchera autour pour lui donner de l’air, et y mettra du fumier.

Le fumier, des déjections, ce qui ne sert à rien, voilà peut-être ce qui sauvera l’arbre.

Aux heures que nous traversons, qui nous laissent sans voix, la conversion, c’est peut-être prendre sa bêche, et travailler la terre en silence. Sans oublier d’y déposer tout ce que l’on pensait vain et inutile. Nos fautes, peut-être, regardées en face. Du fumier et du temps.

Il faudra de la patience, et du travail, pour permettre à l’arbre à donner du fruit.

Mais une fois que nous aurons fait ce que nous pouvons, si le figuier reste sec, sans fruit, libre au Seigneur de le couper.

« Tout ce que ta main trouve à faire, fais le tant que tu en as la force » Qo 9

 

Anne Lécu o.p.

Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et Il gravit la montagne pour prier

« Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et Il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’Il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante ». 

Luc est le seul des synoptiques qui commence ce récit par : «Jésus (…) monta sur la montagne pour prier» (Lc 9,28), et il spécifie ainsi que la transfiguration du Maître se produit «pendant qu’il priait»(Lc 9,29). Il ne s’agit pas d’un fait secondaire, cette insistance nous dit quelque chose de l’intimité de Jésus avec Dieu. : Présence de Dieu son Père, bien sûr, dans la vie et le cœur de Jésus, paroles du Père aussi qui nous révèlent l’identité et la mission du Fils. C’est aussi une bonne nouvelle pour notre monde si souvent défiguré par la haine, la violence, les guerres, la course aux intérêts personnels. Le premier témoignage que nous pouvons lui donner, c’est celui de notre prière.

Qu’est donc cette transfiguration ? Le visage qui change, les vêtements éblouissants et la présence de Moïse et d’Elie ?

Saint Luc nous met en face d’une expérience indicible : c’est un vécu qui prendra sens plus tard mais qui annonce déjà le Christ ressuscité et la foi des premiers chrétiens.

« Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem».

Le mot « départ» traduit le mot grec « exodos », sortie. La transfiguration annonce ainsi l’Exode définitif où Jésus va délivrer les hommes de la mort, comme les Hébreux avaient été délivrés de la servitude d’Égypte… Exode définitif … à la Cène Jésus accomplit « la nouvelle et éternelle alliance ».

La vision est éblouissante pour Pierre, Jacques et Jean. Pierre veut la faire durer, il ouvre la bouche, mais …« il ne savait pas ce qu’il disait » ! Et la voix du Père intervient pour affirmer : « Celui-ci est mon Fils, écoutez-Le»… Le message est là : Écoutez-Le dans ce qu’Il vous dit, écoutez-Le dans ce qu’Il fait, écoutez-Le dans ce qu’Il fera … « Écoutez-Le » … marchez à sa suite …

Cet évangile est comme un résumé de toute la Révélation. Moïse et Élie présentent le Christ en gloire aux 3 apôtres Pierre, Jacques et Jean. Saint Luc souligne ainsi la cohérence de l’événement avec l’histoire du peuple juif : en présence des disciples, autour de Jésus il y a Moïse, c’est la Torah et Elie, ce sont les prophètes.

Les apôtres envoyés par Jésus seront responsables de l’annonce de la bonne nouvelle. Nous chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes leurs héritiers. A leur suite, nous sommes envoyés pour annoncer la résurrection. Cette résurrection, personne ne l’a jamais vue. Mais eux en ont eu la révélation au jour de la Transfiguration et surtout au matin de Pâques. Ce mystère de la Transfiguration est le fondement de notre foi : le Christ ressuscité nous entraîne tous dans sa gloire.

Aujourd’hui, revêtu de lumière,
Jésus,
Tu révèles ta gloire aux témoins
Choisis par le Père.
Demain, dépouillé,
Devant tes frères,
A l’heure où sur la croix
Tu ouvriras les bras,
Tu seras l’humilié.
Vienne le troisième jour,
Tu te lèveras d’entre les morts,
Revêtu de lumière !

 

      Soeur Catherine Aubry

LE DÉSERT : TERRE FÉCONDE

1

                   Evangile Luc 4, 1-13

En ce temps de carême qu’on vient de commencer, nous avons besoin de nous laisser pousser au désert. La communauté de Luc nous place en face d’un scénario qui nous fait peur : La tentation.

Jésus vient d’être baptisé -c’est sa confirmation de Fils de Dieu- aussitôt poussé au désert par l’Esprit et comme Fils de Dieu, Il est soumis à la tentation. « Mon fils, si tu t’offres à servir le Seigneur prépare-toi à l’épreuve. »Siracide.2, v.1. La tentation : elle s’en va et revient, jamais nous nous délivrerons totalement d’elle. « Ayant ainsi épuisé toute tentation, le diable s’éloigna de Lui jusqu’au moment favorable ».

Le désert est propice à la tentation et pourtant aussi à la conversion, c’est en faisant l’expérience des forces mauvaises que se produit le processus dans lequel on parvient à l’expérience de la rencontre avec Dieu. Là s’obtient une transformation, une confrontation de salut, ou la tentation nous amène à nous enfermer en nous-même, en acceptant la fourberie qui séduit l’âme, pervers système de ce monde. Par ailleurs, elle peut faire choc au plus profond de notre intime, et en même temps nous réveiller de notre endormissement et susciter notre engagement en faveur de la Vie.

Dernièrement la situation de scandale, dans l’église et la société, les différentes situations du monde qui attristent notre cœur et frappent notre esprit, sont des moments très durs de l’histoire, qui touchent les plus fragiles. Quoi dire ? Quoi faire ? «Ne suffisent que sois pur et juste notre cause.  Il est précis que la pureté et la justice habitent en nous» affirma dans un poème Agostinho Neto.

Dans le désert, Jésus nous apprend à nous relever de toutes tentations, de l’égoïsmeet de l’indifférence. De fait que la tentation est individuelle mais qu’elle aboutit dans le collectif, la conversion étant personnelle s’exprime et est vécue socialement. Donc nous sommes appelés à être « autre Christ » qui regarde et s’approche avec tendresse pour guérir ou soulager les blessures de ceux que nous rencontrons ; à être constructeur d’une société solidaire et miséricordieuse, comme le dit Sr Véronique MARGRON : « Notre espérance, c’est de croire qu’il est possible de faire face à la réalité … et là d’être déterminée à ce que le mal ne puisse avoir le dernier mot». D’abord dans la simplicité des petits gestes qui deviennent des grandes actions.  Aujourd’hui les personnes ont besoin de tendresse et de miséricorde, d’écoute, de compréhension. Dalaï Lama nous rappelle : « Seul la solidarité compassionchangera le monde »

Jésus nous apprend le soin pour les autres, car l’être humain c’est quelqu’un qui a besoin d’être soigné, accueilli, valorisé et de lui permettre aussi  de soigner à son tour ;  comme le dit Sr Marie Christine dans son poème à l’occasion de la fête des droits des femmes: « Mais soyons vigilantes, toujours en garde des obstacles qui nous font trébucher… soyons bien attentives, bienveillantes à nos sœurs, à ses cœurs abîmés. »

Que la force de l’Esprit présent en tout ce qui vit et respire nous amène à vivre avec humanité au milieu de nos frères et sœurs et créer un autre monde possible.

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Sr. Ruth Esperanza TORRES CABEZAS op.

« L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon… »

Le texte de l’Evangile de ce jour vient après celui de la « miséricorde et de la bienfaisance », où Jésus nous convie à faire preuve de générosité, de donner sans compter : « une mesure bien tassée, secouée, débordante… ».

Aujourd’hui, Jésus nous donne un enseignement en quatre courtes paraboles: « l’aveugle guidant un autre aveugle, la relation entre le disciple et son maître, la paille et la poutre, le bon arbre et le mauvais ». C’est un enseignement sur la relation entre l’homme et Dieu et celle entre l’homme et son semblable. Cette relation, bien que don de Dieu, est aussi un exercice, un apprentissage. La page d’évangile de ce jour nous fait comprendre que le disciple est celui qui apprend du maître et humblement, fait comme lui ; c’est celui qui témoigne de la bonté de son maître.

C’est ainsi que Jésus veut à travers son enseignement, nous donner le portrait modèle du disciple. Il le compare à un bon arbre qui est reconnu à ses fruits. « Un bon arbre dit Jésus, ne peut porter de mauvais fruit ». Le disciple est comme un arbre qui prend racine dans la Parole de Dieu, se nourrit de la sève de l’Esprit Saint qui lui fait porter de fruit: amour, joie, bonté, bienveillance. Fidélité, douceur, maîtrise de soi, … (Ga 5, 22-23).

Autant que  » le fruit manifeste de la qualité de l’arbre » comme nous dit Siracide dans la 1ére lecture, autant les vertus témoignent de la qualité du disciple. Il fait comme son maître, agit bien, pose de bonnes œuvres. Les actes que nous posons souvent peuvent refléter ce que nous sommes et  donner une idée de ce qui nous habite. N’est-ce pas que  « l’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ! » Et par conséquent tire du mauvais de son cœur qui est mauvais. La sainteté, c’est de nous laisser habiter par le Christ, de le laisser agir afin qu’il transparaisse  en nous ; ainsi, nous témoignerons de lui et nous donnerons du goût à ceux et celles qui s’approchent de nous.

Demandons au Seigneur de nous envahir de son Amour qui nous fasse « jouer aux anges qui voient Dieu » (hymne) et ainsi, porter le bon fruit que lui-même attend de chacun de nous.

Sœur Evelyne OUEDRAOGO