Le CHRIST est Ressuscité, Il est vraiment Ressuscité !

 (En Jean Ch. 20 v. 19 à 29)

Depuis le Matin de PAQUES, nous ne cessons de penser à cet Evènement et entre Chrétiens, c’est encore ce que nous essayons de dire et de redire dans nos rencontres : « Le Christ est ressuscité ! »comme si cela était nouveau, un message répété, parce que ces jours-ci, après un Carême plus ou moins bien vécu, on se réveille, on reprend les textes des Evangélistes, les Actes des Apôtres….et nous croyons et nous annonçons : « Le Christ est vraiment Ressuscité ! »

Toutes ces « apparitions » de Celui-Ci JESUS! que certains d’entre les disciples avaient vu mort, enseveli… d’autres qui n’avaient pas pu ou voulu suivre de près  cet Homme, son arrestation, sa condamnation hâtive, son crucifiement, sa mort et son ensevelissement dans le tombeau ! La peur, l’horreur, même Pierre qui avait essayé de suivre Jésus et au même moment avait juré qu’il ne connaissait pas cet Homme ! Et tous les habitants de Jérusalem avaient pris plus ou moins connaissance de ce qui se passait, mais de quelle façon !

Après cette tragédie, le désespoir pour certains : Apôtres, Disciples. On se retrouve pour parler, essayer de comprendre, le pourquoi … Et le matin du 3éme jour, après avoir entendu d’abord les femmes dire que le corps de Jésus n’est plus dans le tombeau, puis Pierre, Jean qui y sont aller au tombeau pour voir, et en fin d’après-midi deux disciples qui repartaient sur Emmaüs, ont cheminé avec Lui, sans le reconnaître…. Pouvait-on donner  foi en ces témoins ? Cependant, l’un ou l’autre l’avait reconnu : Marie-Madeleine, le son de sa voix, à Emmaüs, le partage du pain …. Et les messagers (des anges) annonçant que JESUS n’est plus là, qu’Il est Ressuscité ! Qu’Il faut le chercher ailleurs ? Des Signes signifiant bien la Vie de Ressuscité. Et  Jean qui est sûr, Il croit que Jésus est Vivant, le tombeau vide lui suffit pour croire! Jésus est Vivant, ressuscité !

Alors, on se rassemble encore et on se verrouille dans la maison, peut-être la maison où l’on avait partagé le repas de la Pâque, le jeudi soir. Peur sans doute des juifs, des romains, ceux qui avaient mis à mort le condamné, ceux qui l’avaient fait taire ! Chagrin qui fait qu’on se replie sur sa peine, qu’on regrette de n’avoir pas été à la hauteur de l’évènement, on est accablé de fatigue et en même temps d’en l’entre-deux : « Croire ou ne pas croire en ces témoins un peu fragiles, sous l’émotion…. »

Et le soir de ce même jour… bien que les portes soient verrouillées, JESUS vint, Il leur dit : « la PAIX soit avec vous » et tout en parlant, Il montre ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la Joie. Et Jésus redit cette phrase : « La Paix soit avec vous » « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, Je vous envoie » ayant ainsi parlé, Il souffla sur eux  et leur dit : « Recevez l’Esprit-Saint » « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus »

En ce passage, tout est contenu ! La Paix donnée, pas n’importe quelle paix, la Vie de DIEU, l’Amour de DIEU ! Tout a été réalisé en Moi, à votre tour maintenant, recevez l’ESPRIT-SAINT, Je vous envoie…  Maintenant, vous pouvez en mon Nom donner, pardonner… Le Souffle de Dieu, la Vie du Christ Ressuscité leur est donnés pour qu’ils puissent annoncer ….. et donner la Vie du Ressuscité !

Encore un temps pour s’imprégner de cette réalité et de leur mission, un temps de réflexion, d’assimilation, de mûrissement de ce qu’ils ont vécu pendant ces trois années avec le Maître avant la grande épreuve, revoir tous les enseignements, mais avec la Lumière, la Force du Christ Ressuscité   et enfin recevoir l’Esprit en plénitude à la Pentecôte !

Cette année, ce texte nous a parlé ainsi ; très souvent, en d’autre temps ou lieux, nous nous sommes arrêtés sur la suite de ce récit, où dans le même contexte Jésus apparaît aux disciples huit jours plus tard, et leur redira « la Paix soit avec vous » …etc.  Mais l’un des douze apôtres Thomas, le premier jour de la semaine n’était pas là, Il doutait, ne voulait pas croire en la parole de ses amis et voulait voir, lui-même des signes concrets de la Résurrection : « si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ». Thomas voit et croit, reconnaît et dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et sans doute, ce passage a été écrit pour nous  parfois, qui avons encore des réactions un peu semblables, des doutes, des questionnements !  « Croire sans voir, c’est cela la Foi ! »

Merci Christ et Seigneur, de nous donner à suivre les  premiers témoins de ta Résurrection ! Nous nous appuyons sur leur Foi, et sur les signes que tu nous donnes encore par tous les témoins d’hier et d’aujourd’hui !

Et à notre tour puissions-nous être des témoins de la Résurrection du Christ par l’Annonce : «Le Christ est Ressuscité, Il est vraiment Ressuscité »et par nos actes qui témoigneront de cette annonce !

                                Sœur Marie Christine COUSIN

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Notre Dame

 

Notre Dame

Éditorial du 23 avril 2019 RCF.

Rarement dans l’histoire cette invocation aura-elle été prononcée, en quelques jours, des dizaines et centaines de milliers de fois, par les médias, les religieux et politiques du monde entier, les réseaux sociaux, et surtout par chacun de nous.

En cette Sainte Semaine, Notre Dame de toutes douleurs fut invoquée sans cesse. Car elle est de toutes nos causes : notre Dame d’Espérance, Notre Dame des larmes, notre Dame de grâce, Notre Dame des affligés… Elle est notre compagne en toutes choses, les noces comme les drames.

La nommer, c’est en appeler à sa présence, à sa protection. Car en ce monde si brutal, où au jour de Pâques, des chrétiens, au Sri Lanka, se font assassiner en célébrant l’amour de Dieu venu vaincre la mort, nous avons infiniment besoin d’une protection du dedans du cœur et de l’âme.

Deux choses nous sont nécessaires pour vivre, intimement comme socialement : des liens et des lieux. Des liens, amoureux, amicaux, familiaux, sociaux. Des liens qui nous reconnaissent parmi les vivants, nous donnent une place en ce monde pour exister. Dans ces liens, il y a Notre Dame, une femme qui a aimé Jésus, cet enfant, plus que quiconque, qui a chéri le Christ, cet homme, comme personne. Une femme de chair et de sang, compagne de toutes les femmes désespérées et combattantes, de toutes les humiliées qui refusent de se résigner.

Des liens donc. Mais des lieux aussi.

Notre Dame est de ces lieux, ici à Paris, comme il y a des dizaines de milliers de Notre Dame dans le monde. Notre Dame est alors cette adresse qui raconte nos racines et nous rappelle que nous venons de plus que nous-mêmes. La foi comme la beauté ne se font ni en un jour ni en mille. En ce lieu, la prière au Dieu unique, en toutes langues, s’est infiltrée en chaque pierre.

Notre Dame du monde, qui est à Paris comme elle est aussi à Port au Prince, à Alep ou à Colombo, notre Dame est toujours celle des pauvres que nous sommes, mendiants de liens autant que de lieux pour consoler et reposer notre âme.

Si Notre Dame attend son relèvement, elle implore qu’il en soit de même pour tous les grands brûlés, victimes de son Église, victimes de notre injustice ou de notre indifférence. Faisons-lui cette promesse.

 

Véronique Margron op.  

 

 

L’autre disciple

 

Toile Régis Hesloin (RH création). Passage, janvier 2019.

 

Pierre et l’autre disciple, «celui que Jésus aimait», entrent dans le tombeau. À peine seront-ils repartis que Marie de Magdala s’y penchera. Elle y découvrira deux anges vêtus de blanc (Jn 20, 12), puis se retournant dehors, c’est Jésus qui se fera reconnaître d’elle.
En ce jour après le sabbat, il nous est dit que la Résurrection n’est pas un vide, une absence, mais bien au contraire une présence paradoxale.
Là où la mort devrait être, dans le tombeau, va se dire que le regard doit se porter ailleurs, dehors.
Là où l’aimé allait être pleuré, vénéré par des femmes, se raconte qu’il faut porter son cœur plus loin : vers l’impensable d’une vie qui resurgit.
Le récit commence par la venue de Marie-Madeleine au tombeau. Et c’est parce qu’elle ne trouve pas le corps du Seigneur qu’elle fait venir les deux disciples. Ils entrent et sortent. Comme le mouvement d’une vie, de toute vie. Leurs corps épousent ce qui est advenu au corps de Jésus qui est entré, mort, en ce tombeau. Mais en est aussi ressorti, vivant.
Métaphore de la foi. Métaphore du sens de l’existence. Le cœur de nos histoires se tient dans ce geste : consentir à passer de la mort à la vie, avec celui qui était mort et qui est le vivant. Ces deux hommes qui sortent du tombeau sont nos précurseurs. Ils préfigurent ce qu’il advient pour chacun de nous, comme ce qui nous est promis. Leurs corps passent du lieu de la mort, du silence, du scandale de la souffrance et de l’injustice, au grand espace de la vie. Elle qui ne peut s’enfermer, y compris quand nos corps sont contraints. Croire qu’avec lui nous pouvons déjà traverser ce qui est du côté de la mort.
C’est à nous que la question est posée aujourd’hui : désirons-nous sortir de nos enfermements avec le Christ ? Pouvons-nous le croire ? À la suite des deux disciples des commencements des temps nouveaux, car si l’un est Pierre, unique, l’autre apparaît telle une silhouette. Et si c’était, là, chacun de nous ?

Soeur Véronique Margron op


Tout est dit

Qui cherchez-vous ?

                                        Que voulez-vous ?

                                                                                  Voici l’homme !…

Jésus est livré à la foule trop riche de ses  comptes à régler … un pauvre est jeté  en pâture. Et tout se joue en l’espace de quelques heures…..

  • un procès qui n’en n’est pas un
  • un condamné qui n’a rien fait de mal, contre lequel Pilate lui-même n’a rien retenu
  • une foule manipulée par les prêtres, qui ne sait plus qui elle est, ni ce qu’elle fait,  ni pourquoi elle le fait

À vrai dire, il nous en faut du temps pour essayer de mieux  comprendre le sens de  la longue montée de Jésus vers Jérusalem, son dernier repas, sa traversée du Jardin des Oliviers, son arrestation, sa condamnation et sa lente ascension vers le Golgotha…

Il nous  en faut du temps pour comprendre cet amour fou qui, cloué sur la croix, devient source de vie pour toute l’humanité.

Devant le Christ en croix, il n’y a plus rien à dire…. Seul le silence peut parler. Au pied de la Croix, ce sont nos propres vies que nous sommes appelés à regarder. Au pied de la Croix, ce sont nos propres chemins de croix que nous sommes appelés à revisiter. Certes, pas simplement les nôtres, mais aussi les chemins de croix des autres, de tous nos frères et sœurs du monde entier.

La vie de Jésus, à l’image de la nôtre, est arrivée à une heure que chacun aimerait éviter : celle des ténèbres. Ténèbres des cœurs qui le jugent ; ténèbres de la corruption qui vient détruire le seul pur et le seul juste ; ténèbres de la peur dans laquelle Pierre se débat ; ténèbres de la souffrance et de l’abandon ; Ténèbres de la persécution, ténèbres de l’oppression. Ténèbres du meurtre et de la violence.

Ténèbres qui sont aussi les nôtres aujourd’hui : dans la maladie ou l’épreuve, dans la solitude ou dans l’abandon, dans la tentation, dans le mal, dans la tristesse ou dans le désespoir; dans la misère ou dans injustice, dans la violence ou dans l’oppression.

À la neuvième heure (c’est-à-dire vers 3h de l’après-midi) Jésus poussa un grand cri: «  Eli Eli, lama sabachthani » ce qui veut dire : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Il est intéressant de constater que Marc et Mathieu ont transcrit  ces paroles du Christ en araméen, comme ils le font pour les paroles les plus impressionnantes de Jésus dans de circonstances spéciales :  « Ephphata »,   » Rabbouni « ,  » Abba »… En ce moment précis, ces paroles sont certainement authentiques et ô combien troublantes. Jésus se sent abandonné par son Père.

Psychologiquement, humainement, Jésus ressent une grande solitude, effectivement une sorte d’abandon. Mais cependant on ne peut pas dire, comme André Gide en s’appuyant sur ce cri, que Jésus soit mort désespéré. Bien sûr cette détresse est réelle, mais il ne s’agit pas à proprement parler de désespoir, car celui-ci signifie qu’on a perdu la confiance en Dieu. La détresse, elle, résulte simplement d’une immense tristesse et d’une grande désolation.Jésus par la volonté du Père a vécu la tragédie que représente toute mort humaine. La peur de la mort, pour lui particulièrement ignominieuse, mort qu’il avait demandée à son Père de lui épargner à  Gethsémani. Mais il s’est incliné devant la volonté du Père.

La détresse de Jésus, exprimée dans cette phrase:  » Eli Eli lama sabachthani « , nous le savons, est reprise du premier verset du Psaume 22 . Elle a donné lieu à de multiples  interprétations, mais en prononçant ce verset, Jésus a voulu montrer que l’Ecriture s’accomplit en lui et que le psalmiste  annonçait sa propre plainte. Il est intéressant de souligner aussi que ce psaume qui a commencé dans l’angoisse s’achève dans la confiance. « Que ta volonté  soit faite et non la mienne « Jésus en fidèle Fils de Dieu, s’abandonne  pleinement à Lui.

 Et, à notre tour, c’est cette confiance absolue en Jésus Ressuscité que nous devons avoir. Lorsque nous contemplons la Croix, pensons toujours que du haut de cette Croix, c’est Lui qui nous regarde avec une immense tendresse, avec Amour, un amour démesuré. En étendant ses bras entre ciel et terre, notre Frère nous a précédés auprès du Père où il nous attend dans la joie parfaite de la Résurrection.

Soeur Maria Fabiola Velasquez   

Qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse, au ciel, sur terre et aux enfers.

Nous voilà aux portes de Jérusalem, acclamant Celui qui vient au nom du Seigneur. Saint André de Crète commente, « C’est nous-mêmes que nous devons en guise de vêtement, déployer sous ses pas ».

Nous voilà aux portes de Jérusalem, réclamant Barabbas, l’autre « fils du père », et laissant là, livré, Jésus, le véritable Fils du Père.

Dans la foule des disciples qui acclament son Seigneur, celui qui crie et que les pharisiens rabrouent, c’est toi, c’est moi. Et celui qui rabroue le petit peuple de Dieu, au nom de je ne sais quelle bienséance, c’est peut-être toi, ou moi.

Celui qui pose la main sur la table, et se prépare à trahir Jésus, qui est-ce ? demandent les siens ? Oui, serais-ce moi ? Jésus accepte son baiser, comme pour sceller l’amour plus fort que la trahison, non sans lui faire remarquer qu’il n’est pas dupe. Mais voilà. Le traitre est embrassé par son Sauveur. Alors, qui retourne quoi ? Est-ce Judas qui trahit par un baiser son ami, jeu pervers s’il en est ? Ou bien est-ce Jésus, qui acceptant jusque là la trahison, scelle la victoire de son amour plu fort que la mort ?

Oui suis-je et où sommes-nous chacun, dans cette foule bariolée qui conduit Jésus à la croix ? Avec Pierre, au coin du feu, en train de renier lâchement Jésus ? Avec Pierre, bouleversé par le regard du Christ, conscient soudainement de sa misère, qui pleure, mais malgré tout garde au fond de lui une espérance plus forte que son désespoir, nourrie de la promesse de Jésus : « Quand tu seras revenu, raffermis tes frères ! » ? Avec Hérode, qui n’en a rien à faire et se moque cruellement de Jésus ? Avec Pilate, convaincu de l’innocence du Christ, mais piégé, et lâche aussi, au point de le livrer à ceux qui le réclament pour avoir la paix ? Sommes-nous dans la foule qui crie « Crucifie le » ? Ou dans la foule qui pleure, effrayée de ce qu’elle voit se dérouler sous ses yeux ? Sommes-nous du côté des soldats, obligés de faire leur travail, et comme le centurion convaincu de l’innocence du Fils ? Sommes-nous Simon, requis pour porter la croix du Seigneur, alors qu’il n’a rien demandé ? ou les femmes de Jérusalem, qui pleurent après que Jésus a pleuré sur cette ville qui n’a pas su reconnaître celui qui la visitait ? Sommes-nous du côté des responsables du Sanhédrin, qui livrent le Christ à la mort, ou bien avec Joseph, l’un d’eux qui pourtant prend sur lui d’offrir au Seigneur un tombeau digne ? Ou peut-être sommes-nous de ces bandits crucifiés, dont on ignore tout du crime, bandits que le Christ a accepté de rejoindre, lui l’innocent par excellence, qui va mourir du côté des coupables, confondu avec eux, afin qu’ils ne meurent pas seuls ?

A l’heure où nous avons quelqu’idée de ce qu’un péché collectif signifie, si nous n’avons pas su faire de nos vies un tapis pour ses pas, oui, sans doute ne nous reste-t-il qu’à tomber à genoux, en mettant notre foi dans la foi de tous ceux qui nous ont précédés, elle-même enracinée, tenue, par la foi du Christ. Car il est plus sûr de notre foi que nous-mêmes. A l’heure où tout s’effondre, le contempler, c’est encore croire. Et Paul, dans son épitre aux Philippiens l’a assuré : même aux enfers, on tombe à genou devant le fils de l’homme élevé de terre.

Anne Lécu o.p.     

 

 

 

 

Des hommes, en flagrant délit

De quoi s’agit-il ? d’une femme ? D’hommes « mâles » qui se croient les détenteurs de la Loi ?

Dans nos bibles, ce récit est le plus souvent nommé « la femme adultère ». Voilà qui me mettrait en colère, si je n’avais tous ces temps bien d’autres motifs. Car n’est-ce pas là prendre le point de vue des accusateurs ? À l’instar du satan de l’antique jardin de la Genèse qui accuse déjà ?

Car que savons-nous de cette femme ? rien. Aucune preuve n’est là, sinon sa présence forcée, jetée là en pâture par ces hommes. Qui confirme son adultère ? Personne. Est-elle seulement mariée, ou fiancée ? Rien ne l’indique. Et où est l’homme, alors même que la Loi demande que l’homme aussi soit amené (Dt 22, 22 ; Lev 20, 10) Et qui les a si bien renseignés ?

Pour ses accusateurs cette femme n’existe pas. Elle est un appât pour mettre Jésus en contradiction. Ils n’ont que faire d’elle, de son adultère éventuel et même de la loi véritable. Compte de piéger Jésus. C’est lui qu’ils veulent prendre en flagrant délit d’une transgression de la loi de Dieu.

Mais alors qui se retrouve dans ce tribunal de l’arbitraire ?

N’est-ce pas plutôt eux-mêmes, tel est pris qui croyait prendre, dirait Jean de la Fontaine dans la fable « le Rat et l’huître »

Qui est infidèle donc ? N’est-ce pas ceux que dénoncent les prophètes, comme au livre de Jérémie (ch. 2)

Les prêtres n’ont pas dit : « Où est-il, le Seigneur ? » Les dépositaires de la Loi ne m’ont pas connu, les pasteurs se sont révoltés contre moi ; les prophètes ont prophétisé au nom du dieu Baal, ils ont suivi des dieux qui ne servent à rien.

Voilà les véritables fautifs, ceux qui profanent le nom de Dieu, qui parlent faussement de lui, car ils accusent et trompent au lieu de consoler, d’encourager, de porter.

La justice divine dont scribes et pharisiens se réclament se retourne contre eux et dévoile leurs cœurs fermés.

« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » S’il en est un qui soit fidèle, un qui n’ait pas perverti la parole et dont la vie témoigne de ce que la bouche proclame, alors qu’il commence.

Personne donc.

La femme se retrouve libérée. Libérée du jugement des hommes et peut-être de son propre jugement, comme en miroir aux leurs.

« Déliez-le et laissez-le aller » dira plus loin Jésus aux siens concernant Lazare (Jn 11,44).

Voilà la vérité de la Loi. Jésus délie et laisse aller ceux qui se croyaient perdus, accusés, pécheurs… Tous ceux que l’on voulait enfermer dans les tombeaux de la culpabilité et du jugement réprobateur des bien-pensants.

Ces hommes appartiennent au monde des ténèbres en prétendant détenir le vrai contre l’humain ; un « faux-vrai » qui fait mourir.

Et Jésus, qui décidément ne veut rien avoir à faire avec eux, ne les condamne pas davantage. Ils repartent d’eux-mêmes. Espérons que cette mise en face de leur mensonge les aura changés. Rien n’est moins sûr, puisque plus loin les mêmes, exaspérés « ramassèrent alors des pierres pour les lui jeter » (Jn 8,59). Au moins une femme n’en fera plus les frais.

Va. Ne pèche plus.Étrange finale pour une femme dont rien ne dit qu’elle était coupable de quoi que ce soit. À moins qu’il soit possible d’entendre cette parole comme une promesse d’avenir : ne plus se croire jugée par Dieu, moins encore condamnée, pas plus par elle-même. Ne plus se vivre exclue.

 

Véronique Margron op.

Va et ne pèche plus désormais

Dans ce passage d’Evangile regardons les Pharisiens… ils sont sincères et fidèles aux obligations de la loi, ils défendent les règles et les valeurs de leur religion. De l’autre côté la femme, qui a commis une erreur et est tombée. Ils la jugent et elle attend d’être lapidée. Au centre de ce tableau, Jésus. Il ne condamne pas cette femme adultère et ne méprise pas les commandements de Dieu. Jésus ne veut pas prendre partie, face aux accusateurs. Il voit le cœur de cette femme accablée et porte sur elle un regard de compassion, de miséricorde : « Personne ne t’a condamnée ? ». « Personne » répond-elle. « Moi non plus… ». On pourrait penser que Jésus favorise, en quelque sorte, son péché… Il poursuit en l’invitant à se laisser habiter par la grâce de Dieu : « Va et ne pèche plus ! »

Dieu regarde chacun de nous avec amour. Comme cette femme, nous sommes, toujours, appelés à devenir meilleurs. Nous pouvons, malgré nos fautes, regarder en avant, accueillir la nouveauté et la miséricorde de Dieu pour traverser les épreuves, les déserts et monter vers Jérusalem, en à cette fin de ce carême.

Prenons le temps de nous demander : quelle parole va me sauver cette semaine ? Et ne perdons pas de vue la parole de Jésus à cette femme, qui s’adresse peut être chacun et chacune d’entre nous : « Va, et désormais ne pèche plus ».

 

Sr Françoise-Marie op.