Des hommes, en flagrant délit

De quoi s’agit-il ? d’une femme ? D’hommes « mâles » qui se croient les détenteurs de la Loi ?

Dans nos bibles, ce récit est le plus souvent nommé « la femme adultère ». Voilà qui me mettrait en colère, si je n’avais tous ces temps bien d’autres motifs. Car n’est-ce pas là prendre le point de vue des accusateurs ? À l’instar du satan de l’antique jardin de la Genèse qui accuse déjà ?

Car que savons-nous de cette femme ? rien. Aucune preuve n’est là, sinon sa présence forcée, jetée là en pâture par ces hommes. Qui confirme son adultère ? Personne. Est-elle seulement mariée, ou fiancée ? Rien ne l’indique. Et où est l’homme, alors même que la Loi demande que l’homme aussi soit amené (Dt 22, 22 ; Lev 20, 10) Et qui les a si bien renseignés ?

Pour ses accusateurs cette femme n’existe pas. Elle est un appât pour mettre Jésus en contradiction. Ils n’ont que faire d’elle, de son adultère éventuel et même de la loi véritable. Compte de piéger Jésus. C’est lui qu’ils veulent prendre en flagrant délit d’une transgression de la loi de Dieu.

Mais alors qui se retrouve dans ce tribunal de l’arbitraire ?

N’est-ce pas plutôt eux-mêmes, tel est pris qui croyait prendre, dirait Jean de la Fontaine dans la fable « le Rat et l’huître »

Qui est infidèle donc ? N’est-ce pas ceux que dénoncent les prophètes, comme au livre de Jérémie (ch. 2)

Les prêtres n’ont pas dit : « Où est-il, le Seigneur ? » Les dépositaires de la Loi ne m’ont pas connu, les pasteurs se sont révoltés contre moi ; les prophètes ont prophétisé au nom du dieu Baal, ils ont suivi des dieux qui ne servent à rien.

Voilà les véritables fautifs, ceux qui profanent le nom de Dieu, qui parlent faussement de lui, car ils accusent et trompent au lieu de consoler, d’encourager, de porter.

La justice divine dont scribes et pharisiens se réclament se retourne contre eux et dévoile leurs cœurs fermés.

« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » S’il en est un qui soit fidèle, un qui n’ait pas perverti la parole et dont la vie témoigne de ce que la bouche proclame, alors qu’il commence.

Personne donc.

La femme se retrouve libérée. Libérée du jugement des hommes et peut-être de son propre jugement, comme en miroir aux leurs.

« Déliez-le et laissez-le aller » dira plus loin Jésus aux siens concernant Lazare (Jn 11,44).

Voilà la vérité de la Loi. Jésus délie et laisse aller ceux qui se croyaient perdus, accusés, pécheurs… Tous ceux que l’on voulait enfermer dans les tombeaux de la culpabilité et du jugement réprobateur des bien-pensants.

Ces hommes appartiennent au monde des ténèbres en prétendant détenir le vrai contre l’humain ; un « faux-vrai » qui fait mourir.

Et Jésus, qui décidément ne veut rien avoir à faire avec eux, ne les condamne pas davantage. Ils repartent d’eux-mêmes. Espérons que cette mise en face de leur mensonge les aura changés. Rien n’est moins sûr, puisque plus loin les mêmes, exaspérés « ramassèrent alors des pierres pour les lui jeter » (Jn 8,59). Au moins une femme n’en fera plus les frais.

Va. Ne pèche plus.Étrange finale pour une femme dont rien ne dit qu’elle était coupable de quoi que ce soit. À moins qu’il soit possible d’entendre cette parole comme une promesse d’avenir : ne plus se croire jugée par Dieu, moins encore condamnée, pas plus par elle-même. Ne plus se vivre exclue.

 

Véronique Margron op.

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