Constituer un peuple de témoins

Arcabas

 

« La paix soit avec vous », ainsi commence cette nouvelle et ultime apparition de Jésus à ses disciples. Offrir la paix, en cette dernière rencontre entre Jésus et les siens. Mais les disciples sont terrorisés que Jésus se manifeste à eux et peinent à le reconnaître. Pour qu’ils puissent s’apprivoiser à sa présence et croire en a paix, il leur parle, leur fait voir qu’il est fait de chair et de sang puis mange le poisson de leur pêche. Voir ne peut suffire, toucher non plus, il faut reconnaître et comprendre. La paix est à ce prix. La condition de témoin aussi.

Il est indispensable que Jésus explique les Écritures et raconte qu’en son corps elles se sont accomplies. Car comment être ses témoins sans mesurer le poids de sa chair, de sa vie partagée et donnée, de son engagement sans mesure avec nous ? Sans comprendre la profondeur du sens, relier les événements, lire la signification des marques des clous, l’inscription dans l’histoire d’un Dieu sauveur pour Jérusalem et pour toutes les nations. Pour les juifs comme pour les païens. Pour les croyants comme les peu croyants ou les incroyants. Son corps a tout récapitulé, sauvé. Non par le sang, non par la mort, mais par sa vie, par son amour en notre faveur, jusque dans la mort et le sang de son exécution.

Le corps de Jésus, tel un livre saint, nous constitue témoins. En ce jour de l’Ascension où il remonte vers son Père, nous sommes instaurés témoins, témoins ouverts par l’Esprit. Témoins pour être engagé dans la tempête de la vie des hommes, dans les tumultes du monde. Et là, sur l’arrière-fond de non-sens que révèle le mal subi par tant et tant, être des veilleurs et des chercheurs d’une signification et d’un goût de l’existence. À la suite du maître, les témoins que nous sommes, non par compétences ou mérites mais par sa vie à lui, racontent par leurs corps que notre Dieu nous prend tous en son amour. Et que cet amour rend libre.

En ces dernières heures décisives de compagnonnage avec l’ami revenu de la mort, la promesse de la vie à venir surpasse toute tristesse : aujourd’hui, tout est accompli. Tout a été visité de l’humanité, jusqu’en ses enfers. Tout est dit. S’ouvre alors un autre temps, le nôtre, celui de vivre de ce qui est accompli, d’interpréter ensemble la Parole. Temps d’inventer afin de transmettre, aujourd’hui, le souffle de la vie de Dieu, d’en être les corps vivants.

Alors que Jésus bénit les siens, tel le grand prêtre bénissant le peuple de Dieu, il est emporté vers le ciel. Emporté en disant du bien, en répandant ses bienfaits, en protégeant. Jésus part en nous enveloppant de sa paix, en nous donnant sa propre force. Il n’y a pas alors à regarder le ciel (Ac 1, 11), à se tourner vers ailleurs nébuleux, ni dans la nostalgie d’un passé imaginaire. Mais à habiter la réalité de ce temps, en sa dureté comme en sa douceur, en ses drames et ses espoirs secrets, et là se mettre en route. C’est notre tour maintenant.

Véronique Margron op.       

Vient de publier Un moment de vérité, Albin Michel

 

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