Le règne de Dieu s’est approché de vous

Deux par deux. Ainsi sont envoyés les disciples, pour ne pas être seuls, car dès que deux ou trois sont là, dans la conversation et l’amitié, le Christ est là.

Deux par deux. Sans rien prendre de plus pour la route qu’un compagnon. Il s’agit de voyager léger. Le temps presse. A deux, on peut s’aider, s’attendre. A deux, l’un est témoin de l’autre, et les deux ensembles témoins de ce Royaume qui vient.

Jésus propose aux siens quelques consignes de voyage. Tout d’abord annoncer la paix. et l’on sait bien que la paix ne se décrète pas : elle se fait et se construit par l’attitude des pacifiques. La paix est l’autre nom de ce Royaume de Dieu qui s’approche. La paix se donne, elle se multiplie. Et si elle n’est pas reçue, elle n’est pourtant pas perdue par celui qui l’a offerte. C’est peut-être d’ailleurs le signe qu’elle ne vient pas de nous, mais de plus loin que nous.

Ensuite, manger et boire. Partager la table. Se faire compagnon de ceux qui nous sont donnés en chemin. Et prendre le temps de cette compagnie. « Ne pas passer de maisons en maisons ». Si le temps presse, une fois que la table est dressée, le temps s’arrête quand la compagnie est bonne.

Enfin, guérir les malades. Il faudrait s’entendre sur le sens de cet ordre, car autant manger et boire ne parait pas hors de nos capacités, autant guérir ? Lorsque Jésus guérit,  il ne guérit pas tous les malades. Ceux qu’il guérit, il les réintègre dans le tissu social dont ils avaient été exclus. Mais surtout, lorsqu’il guérit, Jésus porte sur lui la souffrance de la maladie : il prend sur lui la malédiction de la maladie pour en décharger le malade. En lui, définitivement, la maladie est dégagée de toute malédiction.

C’est peut-être cela guérir, avant tout : être là, écouter la plainte, et tout faire pour que notre présence ne soit pas un poids supplémentaire pour l’autre, mais au contraire une forme d’allègement.

Peut-être ne serons-nous pas de ceux qui partent deux par deux. Peut-être serons-nous de ceux qui sont visités… A tous, quelle que soit notre histoire, le message que les disciples du Christ ont à porter, y compris à ceux qui les chassent, n’est ni un discours, ni une morale, mais l’ouverture d’un avenir et la promesse d’une infinie proximité : « Le règne de Dieu s’est approché de vous ».

Anne Lécu op  

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