Où demeures-tu ?

Où demeures-tu ? Cette question qui inaugure la rencontre de Jésus avec les disciples de Jean (Jean 1, 35-42) est la nôtre : Où demeures-tu ?

Dans notre évangile, personne ne s’attendait à ce que Jésus vint demeurer chez Zachée. Ni les foules, ni Zachée lui-même, ni les proches, puisque « tous murmuraient ».

Et comment ne pas murmurer quand Jésus descend chez un voleur. Voleur au carré sans doute même comme chef des collecteurs d’impôts. Excellent voleur, donc très riche. Rappelez-vous cette parole à la fin du récit de ce jeune homme qui repart tout triste, car il avait de grands biens (Marc 10, 17-30) : « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Propos d’autant plus dur que le chameau était considéré comme un animal impur, lui qui était une mesure de la richesse, comme au livre des Chroniques : « La reine de Saba apprit la renommée de Salomon et vint à Jérusalem éprouver Salomon par des énigmes. Elle arriva avec de très grandes richesses, des chameaux chargés d’aromates, quantité d’or et de pierres précieuses » (2Ch 9,1). De plus, passer par le chas d’une aiguille avec deux bosses paraît relever un exploit quasi inaccessible.

 

Alors comment comprendre que Jésus se rende chez ce sinistre individu qui volait les plus pauvres avec un impôt injuste au profit de l’occupant romain, compromis alors avec lui jusqu’au cou. Tout sauf un pur donc !

La première clé est dans le mouvement. Car pour voir sans être vu, pour regarder de loin sans être nullement impliqué, Zachée est monté sur un sycomore, ce figuier sauvage qui monte très haut et possède une grande masse de feuillage. Facile alors de se cacher tout en observant la scène. Mais voilà que Jésus, lui, le voit. Et le fait descendre. La vie et l’avenir commencent là. Le relèvement aussi. Descendre.

Non pour s’humilier, se rabaisser, se dénigrer. Mais descendre à hauteur d’homme, à hauteur de ce Dieu qui marche pieds nus dans la glaise.

 

Où Demeures-tu ? Là, semble répondre Jésus, chez ceux qui sont dans le combat des hommes, bras cassés et souffle précaire, et ne cherchent pas à se préserver en regardant le monde sans y être impliqués. Là, chez cette crapule aux yeux de tous – mais craint de par son pouvoir. Car à l’appel de Jésus il répond et s’engage. Il n’envoie ni servantes ni serviteurs, car c’est chez lui – et non dans ses murs cossus, que Jésus s’invite.  Alors Zachée est là, debout (v. 8), comme déjà relevé par le Seigneur.

 

Jésus ne lui impose rien. Il veut juste partager le pain et le vin de l’amitié, de la réciprocité, avec celui qui ne partage guère et que la foule méprise et exclue de ses agapes pour son impureté.

Jésus vient demeurer en ce soin, en cette bienveillance qui n’a rien de mièvre, qui traite d’égal à égal avec Zachée. C’est ainsi qu’il va chercher ce qui était perdu. Zachée à désormais une place précieuse, unique, singulière, dans le cœur de Dieu, dans le regard du Christ. Il n’est plus besoin de l’acheter.

Comme pour nous.

Le salut est entré dans chacune de nos histoires où se mêlent le clair et l’obscur et il les tire vers le 3e jour, celui de l’avenir.

 

Véronique Margron op.

Commentaire paru dans La Vie 

Dernier livre paru Un moment de vérité, Albin Michel 2019.

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