Noël ou l’exil du ciel pour la terre

 

Banski « la cicatrice de Bethéem », crèche pour Noël 2019

 

Évangile de l’aurore, Noël 2019

« Les bergers découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né » (Lc 2, 15-20)

 

Dans la Palestine du temps de Jésus les bergers ne sont pas de jeunes garçons en mal de nature et de silence, jouant du pipeau, mais plutôt des hommes rudes, parfois des bandits fuyant la justice en se réfugiant sur les montagnes. Ils faisaient alors l’affaire des grands propriétaires de troupeaux qui avaient ainsi des hommes habitués à vivre à la dure et prêts à se battre pour protéger leurs vies comme les moutons contre les attaques des prédateurs en tous genres.

Ils ne sont pas des enfants de chœur !

Ainsi donc, comme pour Matthieu avec les mages, ce sont des hommes peu recommandables qui sont réquisitionnés par Dieu. C’est par à eux que ce Dieu peu conventionnel vient se manifester.

A cette seule évocation de la place des bergers, nous est annoncé que non seulement les pauvres nous précéderons dans son Royaume, qu’ils sont son visage, mais que c’est par eux qu’il se fait connaître au monde.

En cette nuit sainte, Dieu a quitté le ciel, où ses messagers historiques, si j’ose dire, les anges, sont remontés.

Il a quitté le ciel pour la terre. Les anges pour les bergers. Pour les pieds nus et les bras cassés.

Il a quitté son ciel, symbole de puissance, d’éternité, de distance, pour se laisser rencontrer dans un nouveau-né, à la merci de tous. Il s’est exilé de ce qui semblait le caractériser : gloire, puissance, éternité…

 

Aujourd’hui, tristement plus que jamais dans l’histoire humaine, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes sont en exil en ce monde, à la recherche désespérée d’une terre hospitalière, ne serait-ce qu’une mangeoire. Notre Dieu se tient là, à leurs côtés ; plus même, il se dévoile là. Venons-nous l’adorer ? Le soigner et le protéger ? ou préférons-nous détourner le regard… vers le ciel…

Poursuivons notre questionnement :

En nos maisons ordinaires, nos lieux familiers, en tout ce qui fait notre sécurité, ce Dieu étonnant, qui, comme tout enfant, ne peut parler que par nos mots et nos gestes, comment peut-il se révéler ?

Pour espérer non seulement l’accueillir, mais être de ceux qui sont ses portes-voix, à l’instar des bergers, peut-être alors faut-il nous-mêmes être en exil.

La philosophe et psychanalyste Julia Kristeva, née en Bulgarie derrière le rideau de fer à l’heure de déclenchement de la seconde guerre mondiale, à cette parole saisissante, « vivre, c’est s’exiler et c’est d’abord s’exiler de la mélancolie ».

Voilà peut-être l’invitation de Noël !

Car notre Dieu s’est exilé de son ciel familier – et qui sait, peut-être d’une nostalgie de sa tranquillité – pour entrer sur une terre étrangère, celle des simples vivants qui peinent, agissent, tuent, aiment et meurent. Tel un hommage à la condition humaine, toute cabossée, vagabonde, parfois errante, soit-elle. Une terre qu’il fait sienne.

Vivre ce Noël comme une invitation à quitter les nostalgies d’un autre monde, d’une autre Église, d’une autre famille, d’une autre vie, d’un autre Dieu. L’exil intérieur alors comme le lieu de la découverte du vrai Dieu fait homme.

La grande annonce de Noël, n’est pas de regarder au ciel justement. Mais en bas. Là est Dieu désormais. Habiter le bas, l’humble et magnifique condition humaine. Vivre les « choses d’en bas » pour espérer alors « rechercher les choses d’en haut » (Colossiens 3, 2).

« Et moi en terre d’exil je lui rends grâce » Tobie, 13,8.

 

Véronique Margron op.  

Noël 2019

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