Reste dans le secret

Evangile du mercredi des cendres 2020 (Mt 6,1-6.16-18)

Six fois dans cette page d’évangile. Au cœur de l’entrée en carême, de la marche pour aller jusqu’au jardin des oliviers, l’arrestation de Jésus, le procès inique, la mise à mort et l’exécution de Jésus : rester dans le secret.
Le secret comme le lieu où se tiennent et les actions du croyant, son aumône, sa prière et son jeûne, et là où le Père voit.
Mais de quel secret s’agit-il ?
Car il existe de bien mauvais secrets. Ceux qui volent l’existence, l’empêchent d’aller vers de la vie. Ces secrets où la parole est interdite, empêchée. Ces secrets où l’autre, agresseur, autorité, vous enserre. Comme une pierre qui pèse sur l’âme de tout son poids et la maintient dans un abîme sans rai de lumière. Ils séquestrent plus encore la victime d’agressions, d’abus, de violences intimes. Secrets de la nuit noire.
Le secret qu’évoque Jésus ne peut être de ce côté, lui qui dira « je suis la lumière du monde (Jn 9), « celui qui fait la vérité vient à lumière. » (Jn 3, 21). La vie chrétienne est faite pour la lumière. Elle que nous célébrons en la nuit lumineuse où le Christ, descendu au séjour des morts, remonte victorieux, fracturant la porte du tombeau.

Cette lumière unique et douce de la nuit fendue par la vie, va de pair avec le secret dont parle Jésus aujourd’hui, avec le bon secret.
Un bon secret où la vie est laissée à son épaisseur, à sa pudeur, à son mystère. Cette pudeur qui procure une terre habitable pour la parole vraie. Un abri pour la confiance. Voilà le bon secret, tel les coulisses d’un théâtre. Ne pas tout exposer, non pour cacher absolument, mais juste pour protéger le mystère de l’existence qui doute, aime, cherche, pense. Ne pas avoir à être à nu devant un regard au pouvoir ainsi terrifiant.

Oui, la prière, le jeûne et le don sont de bons secrets. Ils ne sont pas là pour être exhibés, mis aux enchères, pesés et comparés. Car ce secret écarte de la comparaison et renvoie à l’ajustement à ce que je crois du Dieu vivant. Ni approbation, ni réprobation par d’autres. Dans nos fascinations d’une transparence qui serait le lieu de toute validation, ce bon secret nous met face à nous-même : et toi où es-tu ? que dis-tu de toi-même devant ton Dieu ?

Rappelons-nous, dans l’Évangile de Marc, la place du secret entourant l’identité de Jésus. Comme lors de l’épisode de la rencontre avec les démons (Mc 1, 34) : Jésus leur interdit de parler « car ils savent qui il est ». Un interdit qui n’est pas là pour préserver son autorité. Mais pour approcher de la vérité du Christ, il faut consentir à marcher à ses côtés, humblement, pauvrement. Peiner jusqu’à la colline du Golgotha, lieu du don ultime de l’art d’aimer. Là et seulement là se dévoile le secret de son identité de Fils bien aimé du Père, introduisant alors chacun en sa vérité.

Voilà notre chemin de carême, dans cette montée vers Jérusalem, non pour parader ni comptabiliser, mais pour rester à ses côtés jusque dans sa mort. Jusqu’à entendre « le Christ est ressuscité, mais c’est en secret » .

Véronique Margron op.  

Publié dans la Vie, 26 février 2020

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