Mon Seigneur !

Temps pascal, temps de la sortie par excellence. Si la passion se raconte, longuement, pour qu’il soit possible de s’y apprivoiser, le relèvement de la mort de Jésus s’annonce, se proclame. Aller le dire, en être les malhabiles, sans doute, mais heureux et joyeux signes. Quitter l’entre-soi pour la Galilée des nations, l’inconnu, le grand vent de l’histoire.

Pourtant, en cet évangile de Jean 20, les amis sont toutes portes verrouillées, en huis clos. Comme nous : portes closes au virus qui tue et sème la désolation.

C’est là, en ce lieu confiné que le Ressuscité entre : « La paix soit avec vous. » Parole de bénédiction, comme celle que Dieu avait donnée à Moïse : « Le Seigneur dit : « Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras : “Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » (Nombres 6, 23-26)

Parole de protection par celui qui montre ses plaies et son côté. La parole de toute paix vient de celui qui a été martyrisé et exécuté ; celui aussi qui a tout donné de lui-même. La protection que Jésus offre concerne alors la vie brisée comme le fut la sienne. La nôtre aujourd’hui en ces temps de douleurs et de tant d’inquiétudes. La vie bien réelle, d’eau et de sang, de ce monde bouleversé par la pandémie et son cortège de deuils, de drames, d’effroi. La paix vient de celui qui a été humilié et transpercé. Car la protection véritable ne peut venir que d’un Dieu bafoué, de celui qui a partagé pleinement toute notre humanité, en l’aimant comme nul autre.

Jésus ne fait pas de sermon, n’exige aucun compte et ne pose aucune question sur la lâcheté des uns ou la trahison des autres. Rien que la paix. Dans cette pièce obscure, pleine encore de l’angoisse des disciples, de notre angoisse et de nos peurs, vient la bénédiction sur nos vies. Nulle part ailleurs.

Au creux de nos vies tourmentées, devenir des femmes et des hommes relevés, redressés.

Comme pour Thomas, notre jumeau, puisque tel est son nom en araméen comme en grec. Thomas qui était dehors, lui, et peine à croire ce que ses amis disent avoir vécu en leur lieu clos. Est-ce vraiment parce qu’il veut voir ? mesurer ? prouver ? Peut-être et pourquoi pas. En ces temps de détresse, nous aussi nous voulons voir. Pas question de croire sur parole. Mais des preuves bien concrètes que la vie peut revenir et l’avenir avec elle. Oui, je suis la jumelle de Thomas. Mais enfin de compte je ne suis pas sûre que ce que cherche Didyme soit une démonstration. Devant ce Christ qui, là encore, indique ses plaies, une seule parole de Thomas : « Mon Seigneur et Mon Dieu ». Bouleversante confession de foi. Non pas « Seigneur ! » Mais « Mon Seigneur ». Comme j’aime cette déclaration. Nos cicatrices disent qui nous sommes. Celles de Jésus ne trompent pas. Mon Seigneur, le seul qui puisse l’être, c’est le crucifié.

Dans ce lieu enfermé, c’est bien de rencontre qu’il s’agit entre des vies blessées, entre ce Dieu bouleversant et Thomas. Entre ce ressuscité-là, nul autre, et chacun de nous. Rien de moins ni de plus.

Renaître de cette rencontre pour briser nos enfermements ; ces huis clos au-dedans de nous-mêmes. Prémices, peut-être, de pouvoir vivre autrement, blessés mais plus vivants et plus aimants quand nos maisons s’ouvriront.

Véronique Margron op.  

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