Le bon pasteur et les mercenaires

Jésus est bon pasteur. « Bon », non comme une appréciation moralisante, paternaliste. Il est le bon pasteur car sa bonté est primordiale, essentielle, elle qui ne peut être découragée. Par trois fois, le récit le dit : il se dessaisit de sa vie, non comme un défi ou pire un goût du morbide. S’il affronte la mort, c’est pour ceux qu’il aime, il « met sa vie dans la paume de sa main » tel le petit berger David qui met sa vie en jeu pour défendre les brebis de son père Jessé (1 S 17, 34 ; 19, 5). Au contraire des faux bergers, des mercenaires qui exploitent le peuple. Rappelons-nous le chapitre précédent : l’aveugle-né, chassé de la synagogue et traité de menteur et de pécheur par les pharisiens qui préfèrent leurs certitudes à la vérité, leurs prérogatives à la vie retrouvée de cet homme perdu dans la nuit depuis sa naissance.

Drames d’aujourd’hui, comme d’hier et de toujours : faire du bien pacifiquement n’augure pas d’une existence qui coulerait des jours tranquilles. Dans beaucoup d’endroits du monde, de la violence, de la calomnie se déchaînent trop souvent. Pourtant nous affirmons, opiniâtres, sans nous voiler le cœur, que l’avenir l’emportera. Car c’est ce qu’annoncent le tombeau vide, la croix déjà, d’où coulent le sang et l’eau. Est-ce pour cela que la proximité avec le Christ nous apprend ce mystère de l’existence ? Que la mort est au cœur de la vie et non à son terme seul. La vie peut alors devenir – redevenir – vivante, ouverte, en affrontant la mort, au-dedans. La vie qui jaillit à travers la mort et devient, maintenant, pépite de vie divine.

Il s’agit de rester dans le creux de la main du berger. Car lui jamais ne nous quittera, roc de notre humanité. Rien ne peut nous séparer de son amour, de son amour qui fait du bien et jamais ne nous utilise. Il connaît chacun par son nom, avec tout ce que nous sommes. Il sait lire en nos cœurs, en nos peurs, en nos ombres, avec une infinie bonté. Rien ne l’effraie, veilleur inquiet du bonheur des siens.

 

Un chemin si nous le voulons : apprendre à reconnaître sa voix, unique parmi mille autres, en nous mettant à l’écoute de sa Parole par les Écritures, par le témoignage de la foi. Alors nous pourrons identifier les mercenaires qui profitent de nos incrédulités, de nos peines, de notre malheur, pour nous livrer à des loups modernes, y compris en prétendant venir à notre secours. Le bon pasteur mène à la liberté, eux à la dépendance, à la perte du désir, de la confiance intime. Voilà aussi pourquoi « il y a d’autres brebis ». Jésus va voir ailleurs, pour offrir à tout un chacun son amour, sa sûreté. Invitation à faire de même : sortir. Dehors, à l’air libre. « Rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. » prophétisera Caïphe, décidé, avec les grands prêtres et les pharisiens, à le tuer. (Jn 11, 51) L’unité tend désirée par Jésus ne ressemble pas à une colonne militaire. Mais à des mains qui se serrent, se soutiennent, se respectent. Et demeurent ouvertes, accueillantes.

Véronique Margron, op.

 

 

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