Avons-nous changé ?

Avons-nous changé ?

Question qui me poursuit au creux de ces mois difficiles, douloureux. Avons-nous changé, appris dans pareille épreuve ?

« Avez-vous changé ? Vivre de mon évangile vous transforme-t-il ? » Telle pourrait être la question de Jésus à la lecture de cette page d’évangile dérangeante. Page écrite en contexte de persécution, quand il faut choisir, radicalement.

Radicalement, voilà bien un adverbe dérangeant. Dérangeant car usé et abusé par toutes les dérives sectaires et leurs violences, qui sous ce prétexte peuvent « décerveler » les meilleurs et entraîner vers de la mort ceux qui désiraient juste « perdre leur vie à cause du Christ » car « il les avait saisis », comme un feu intérieur.

Comment lire alors un tel texte ? Nous qui aspirons à la reconnaissance sociale et l’approbation des nôtres, nous sommes pris à contre-pied par cette page qui nous rappelle avec force, rudesse même, que le Christ ne suscite pas l’assentiment ni la bienveillance, et que plus nous nous attachons au Christ et prenons au sérieux notre nom de chrétien, plus l’opposition peut être grande. Y compris au cœur de la cellule de base de nos sociétés, la famille.

Non qu’il s’agisse de ne pas aimer les siens. Mais nous pouvons être enfermés dans les projections de nos familles, leurs désirs, leur idéal pour nous. Empêchés alors d’aller à notre propre vie, ailleurs, risquée, incertaine. Il s’agit d’interroger le cœur de notre existence : en qui est-il ancré ? Qui anime notre vie, au plus intime ? Non un système, non un gourou, mais un homme qui rend libre puis passe son chemin. Un homme, mis en échec, l’échec de la croix.

« Prendre sa croix » n’est pas un dolorisme morbide d’un petit dieu sadique. Non, prendre sa croix, c’est suivre le chemin du maître et serviteur, dans le refus de la haine, dans l’annonce d’une bonne nouvelle pour les délaissés, car la croix du Christ est devenue l’arbre de vie. Prendre sa croix, conséquences de l’engagement en faveur du Christ et de son évangile. Prendre sa croix, c’est la planter dans toutes les situations qui paraissent sans issue, sans espérance ni joie de vivre. Prendre sa croix, c’est prendre avec le Christ la décision de vivre, avec ce que la vie charrie avec elle de bonheur et de douleurs.

Au temps de l’épreuve, comme celle de traverse le monde et chacun aujourd’hui, vivre de la confiance non en un clan, si affectueux soit-il, mais de la confiance au Christ qui ne peut nous délaisser dans le malheur. Il ne va pas nous en tirer par magie. Mais croire de toutes nos forces qu’il nous donne le courage de parcourir le chemin de la vie, malgré tout. En Christ il n’y a plus tant des pères et mères, fils et filles que des sœurs et des frères adoptifs de l’unique fils unique. Des amis de l’époux hors de toute appartenance ethnique, culturelle. C’est dans cette nouveauté de l’Évangile que les évêques du Rwanda ont écrit après le génocide qui a décimé leur pays : « Notre appartenance au Christ est-elle plus forte que notre appartenance ethnique ? »

Le Christ implore que nous puissions aimer en vérité, en justesse d’humanité. Et chacun le sait, ce voyage-là n’est pas sans peine. Voyage majuscule, bouleversant, qui s’affronte à ce qui fait mourir, à ce qu’il faut quitter, avec pour bagage ce minuscule essentiel, « quiconque donnera rien qu’un verre d’eau fraîche », celui-là accomplit tout l’Évangile.

Véronique Margron op.

 

Commentaire pour La Vie. 

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