Marie, métisse du monde

      (Dormition de la Vierge, Fra Angelico)

Mémoires de ceux que nous avons aimés. Qui se sont endormis pour toujours. Des traces de leur tendresse se sont inscrites dans notre chair. Empreintes de douceur qui nous protègent, nous guérissent dans nos douleurs d’aujourd’hui. Fidélité aimante à toute épreuve jusque celle de la mort.

Marie, femme pour nos histoires sinueuses. Douceur tenace, liens sûrs. Comme ceux qui racontent l’Évangile de ce jour. Nous imaginons peut-être l’Assomption comme un événement grandiose, où s’ouvre le ciel en recevant la vierge. Où elle est couronnée de gloire et de beauté, comme je l’admire dans la peinture de Fra Angelico et de la Renaissance. Mais ce jour est plus humble. Une jeune fille enceinte de Dieu même par l’enfant qu’elle porte, qui vient de dire à un ange « que tout se passe pour moi selon ta parole », (Lc 1, 38) part rapidement visiter une autre femme. Sa cousine, qui se croyait trop vieille et délaissée dans sa stérilité (1, 36). Car elle aussi attend un enfant, l’inespéré. Marie entreprend donc un long voyage pour visiter et soutenir Élisabeth. La solennité de l’Assomption — selon la traduction latine : « enlever », « s’adjoindre » — trouve sa vérité dans un modeste récit, celui d’une Visitation. Histoire de femmes, de solidarité, de fidélité, de bénédiction.

Marie, première des croyantes, reconnue ainsi par sa cousine Élisabeth : « La mère de mon Seigneur vient jusqu’à moi ». Depuis le Ve siècle, l’Église célèbre avec ferveur Marie qui, jusqu’en sa chair, entre dans la vie éternelle et vit dans la gloire de Dieu, dans l’éternelle proximité de son fils. Son fils et son Dieu. Marie, mère car elle a écouté la parole, l’a retenue en son être, l’a vécue en toute sa chair, jusqu’en ce jour où à trois heures il faisait nuit : celle de la mort de son fils unique. Chacun peut devenir la mère du Seigneur : en le recevant en sa vie intégralement, lui, la vérité et la vie. Lui, le fils, ami de ceux qui se croient loin et désolés. Destinée offerte à tous, femmes et hommes, juifs et païens… Une unique condition : écouter. Entendre jusqu’en ses entrailles celui qui frappe doucement et attend. Avoir de l’espace en soi. Voilà pourquoi les arrogants et ceux qui croient posséder le monde, ou leur vie, ne peuvent y consentir. Car il n’y a aucune place dans l’auberge de leur cœur. Elle affiche complet depuis longtemps.

Depuis les premiers temps de l’Église, c’est toujours la même histoire. Du Mexique à la Pologne, de Madagascar, au Togo, ou à Paris et Rocamadour, et sous tant de cieux, Marie est choyée, priée, bénie. Non comme une sorte de déesse. Mais parce qu’elle est la sœur de chacun, son proche. Métisse en quelque sorte, des couleurs du monde, des cœurs, des histoires et des croyances.

Affection et protection de toujours, depuis l’heure où Jésus lui dit « Mère voici ton fils » en parlant de Jean, le disciple et l’ami, qui la prit chez lui. En cette heure, la fatalité a été renversée. Nous ne sommes pas seuls et l’histoire n’est pas close, fermée à triple tour sur nos malheurs pourtant parfois si violents. Marie ne craint rien de nos douleurs ou de nos errements. Elle peut tout entendre, tout porter vers son Fils.

Luc nous enjoint de suivre ce que Marie accomplit aujourd’hui : aller visiter les hommes qui se croient délaissés, abandonnés des hommes comme de Dieu. La mission de l’Église en fidélité à la dormition de Marie, n’est autre que l’humble compagnonnage avec toute humanité. Grâce à la force que nous offrent les entrailles aimantes de Marie.

Véronique Margron, op. 

Dans La Parole est tout près de ton cœur, Bayard 2017

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Ce pain, force au long des jours

Dans le texte de l’Evangile de ce jour, une fois de plus, on assiste à la contestation  du discours de Jésus,  par les Scribes, les Pharisiens et autres « Savants ». « Arrêtez de discuter. Faites-moi confiance », va leur dire Jésus, en citant aussi les Ecritures.

En ce dimanche, il est donc toujours question  de vie et de mort , de vie éternelle,  nourrie de la vie même du Christ Une fois encore nous sommes face à Jésus enseignant ses premiers auditeurs, et ce n’est pas serein. : «  Cessez de récriminer, de discuter, à partir de ce que vous croyez savoir. Ecoutez-moi, accueillez ce que je dis, faites confiance et comprenez. »

Peut-être, à certains jours, sommes-nous quelque peu dans des sentiments semblables aux Juifs face à Jésus affirmant : «  Je suis le Pain de vie, descendu du ciel. Celui qui en mange  ne  mourra pas. Il vivra éternellement ». Mais que veut-il nous dire ?

Dans la catéchèse de ce dimanche, l’Evangile est précédé et éclairé  de l’épisode d’Elie au désert, sans forces ni espoir, qui veut mourir et s’enfuie loin de Yahvé : « Maintenant, c’en est trop, reprends ma vie, je ne vaux pas mieux que mes pères. » Et le Seigneur, plein d’amour et de compassion, lui envoie l’ange, avec le pain et l’eau…Elie mange et se rendort. Il lui redonnera donc le courage de la persévérance, car le chemin est long..L’ange revient avec du pain et de l’eau. Elie se remet à marcher quarante jours et quarante nuits..mais , au bout, il voit Dieu.  Le pain de la route lui a été redonné, il l’a reçu, il est reparti, il a marché. Finalement il a opté pour la vie, avec la nourriture envoyée de Dieu.

L’Evangile reprenant les Paroles de Jésus lui-même, font écho à l’aventure d’Elie. Ce n’est plus un ange qui est l’envoyé de Dieu, mais Dieu lui-même qui vient. Et c’est tout l’enseignement de Jésus aux Pharisiens et à nous aujourd’hui.

Sur la route de la vie, nous avons besoin de « pain ».Ce n’est plus l’Ange qui nous l’apporte, mais «  Le Père qui envoie son Fils ». «  Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ».  lui-même nous promet la « vie éternelle » si nous « croyons en Lui  ». Il est lui-même « le vrai pain de vie ».   Nous comprenons alors, quelque peu,  la surprise des Juifs, contemporains de Jésus, particulièrement   ceux qui croyaient avoir  « tout compris » de Dieu dans  et par leur « connaissance des Ecritures ».   Et Jésus leur dit  pratiquement : «  Non, vous ne savez  rien, vous n’avez pas vu le Père. Sous-entendu : Moi seul ait vu le Père et connaît le Père, car Celui qui vient de Dieu l’a vu.  Alors, croyez-moi, « croyez en moi, en ma Parole, et vous aurez la Vie éternelle ».

On peut comprendre la stupéfaction des Contemporains de Jésus..même s’ils connaissaient les Ecritures. Mais, qu’en est-t-il de nous aujourd’hui, après 20 siècles de foi et de témoignage de vie des chrétiens  durant tous ces temps ?

Sans doute, nous croyons, mais pouvons-nous aussi redire avec le Père de l’enfant malade : «  Je crois, Seigneur, mais viens en aide à  ma « petite foi ».  Et la liturgie de ce jour , viens à notre secours et  nous éclaire : la deuxième lecture nous offre l’aide «  de l’Esprit Saint. »  Pas moins…

Saint Paul  précise aux Ephésiens, et à nous aussi en ce temps : «  N’attristez pas le Saint Esprit de Dieu.  Cherchez à imiter Dieu. » Et cela est tout simple et se vit au jour le jour, dans le comportement quotidien,  face aux  petits événements de la « vie ordinaire ».  Eliminez l’amertume, la colère, les mauvaises paroles.. Pardonnez-vous les uns aux autres : car Dieu vous a pardonné.  Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Vivez dans l’amour comme le Christ nous a aimés. C’est un peu comme le mode d’emploi, pour devenir un « bon marcheur »  et arriver  au but.

 

Ainsi,  les trois lectures de ce jour, nous proposent  un bon et  beau  chemin à parcourir, et avec les moyens de parvenir au but à atteindre. Jeunes ou vieux, malades ou en bonne santé, chacun est appelé à marcher avec le Christ : Il nous ouvre la route, car  il est aussi notre « Pain pour la route, Pain vivant  toujours offert, Pain descendu du ciel pour notre faim, Pain qui nous redonne vie, éternelle…

«  Ce Pain … force au long des jours,

Ce Pain …jour au long des nuits.. »

Soeur Catherine de la Présentation o.p.

La conversion de la pensée

 

Il est une forme de paganisme, nous dit l’épitre aux Éphésiens, qui « se laisse guider par le néant de la pensée ». Mais connaître le Christ, ce n’est justement pas cela. Et Paul de préciser : « Ce n’est pas ainsi que l’on vous a appris à connaître le Christ, si du moins l’annonce et l’enseignement que vous avez reçus à son sujet s’accordent à la vérité qui est en Jésus » Et il insiste : « Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. »

La conversion du cœur est une chose, mais elle ne doit pas laisser de côté la conversion de la pensée. Car il y a des formes de pensée qui ne font pas place à la charité, qui ne se laissent pas transformer par le Christ.

La transformation de la pensée, c’est peut-être justement ce que nous apprend la manne, cette nourriture qui est une question : « Qu’est-ce que c’est ? ». C’est plus encore le Christ qui lui même s’identifie à cette nourriture et à cette question quand il demande aux siens : « Et pour vous, qui suis-je ? »

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Lui, le pain venu du ciel se fait nourriture pour chaque jour, mais nourriture insaisissable, comme la parole peut l’être, elle qui nourrit tant qu’elle est question vive comme l’esprit et qui meurt d’être enfermée dans la lettre.

La conversion de la pensée, c’est l’objet même de la théologie quand elle se laisse réveiller par la vie des plus petits et des plus pauvres. J’ai vécu quelque chose dans ce goût là ces jours-ci.

Une femme m’a fait remarqué qu’il était écrit dans l’évangile « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps », mais aussi que Jésus disait : « les pauvres, vous les aurez toujours avec vous ». Et elle concluait : il se pourrait bien que la présence du Christ à son Église, ce soit justement dans ses membres les plus petits, les plus pauvres qu’elle soit la plus assurée.

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Il me semble qu’il y a là une forme de transformation spirituelle de la pensée, quelque chose comme « la justice et la sainteté conformes à la vérité ».

 

Anne Lécu o.p.

 

 

Frères,
je vous le dis, j’en témoigne dans le Seigneur :
vous ne devez plus vous conduire comme les païens
qui se laissent guider par le néant de leur pensée.
Mais vous, ce n’est pas ainsi
que l’on vous a appris à connaître le Christ,
si du moins l’annonce et l’enseignement que vous avez reçus à son sujet
s’accordent à la vérité qui est en Jésus.
Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois,
c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises
qui l’entraînent dans l’erreur.
Laissez-vous renouveler
par la transformation spirituelle de votre pensée.
Revêtez-vous de l’homme nouveau,
créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. (Ep 4, 17.20-24)

 

Brebis et bergers

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Devenir un mouton, voilà une vocation dans laquelle je peine à me reconnaître. À vrai dire je n’y tiens pas du tout. Car pareil destin me rappelle les moutons de Panurge, créés par Rabelais en 1552. Panurge était le compagnon de Pantagruel, homme assez malin. Il est embarqué sur un bateau, et il se dispute avec un dénommé Dindenault, pour une affaire de marché. Pour se venger, il lui achète la plus belle bête de son troupeau ; une fois achetée il la jette à la mer. Tout le troupeau va suivre et Dindenault, tentant de retenir le dernier mouton, est emporté et se noie, tout comme ses bêtes…

Décidément, être un mouton, sans façon. Et notre Église n’est pas une secte où nous suivrions un chef tout-puissant n’hésitant à nous anéantir pour magnifier son pouvoir.

Pourtant il y a quelque chose de ces moutons de Panurge dans ce que décrit Marc : cette foule instable courre et va n’importe où. Dans cette situation, on peut être entraîné dans une situation incontrôlable et se retrouver à hurler avec les loups, ou se mettre en danger. Et c’est cette foule égarée, sans boussole, sans discernement, instable, qui touche Jésus jusqu’en ses entrailles. Il ne sait que trop que sans bon berger, elle peut joindre ses cris aux manipulateurs et réclamer la mort du juste, prise dans ce phénomène grégaire des moutons de Panurge, s’agglutinant et suivant aveuglement les autres.

Mais il est bien des bergers et des brebis dans la Bible. Jacob, Moïse, David et bien d’autres ont été des bergers. Ou encore Rachel, la femme du patriarche Jacob, qui était bergère. Mais une drôle de bergère, puisque son nom, Rachel, signifie brebis. Quant à Jésus, lui le bon Berger, il est appelé par Jean-Baptiste l’Agneau de Dieu. Et dans les récits de la Passion, il sera présenté comme un mouton silencieux conduit à l’abattoir.

Tantôt berger, tantôt brebis ou agneau. Voilà qui est peu commun. Mais la Bible est familière des contradictions. Là est souvent sa clé. Car brebis ou berger ne sont pas des rôles, des statuts, des identités. Jésus est un berger qui enseigne, instruit et qui juste un peu plus loin dans l’Évangile de Marc nourrira les foules. Mais il l’est comme un agneau, car pour être un berger véritable, il s’identifie à l’agneau, afin de prendre soin des plus vulnérables, des plus chétifs. Il fait corps avec ceux-là, du fond de ses entrailles.

Pour ne pas être un mouton de Panurge, pour tourner le dos à tout « suivisme » mortifère par paresse ou conformité, une voie est proposée : désirer, du sein de nos fragilités, apprendre à être de modestes et malhabiles – mais authentiques – bergers qui épousent la condition des agneaux, les prennent en leur cœur pour marcher avec eux, à leurs pas, vers l’unique berger, qui a donné sa vie en faveur ses brebis. Engagement souverain et libre.

Un indice est proposé enfin par notre Évangile : venir à l’écart. L’écart de soi, des images attendues, des projections de nous-mêmes, des représentations. Venir à l’écart, comme le contraire de la posture du mouton de Panurge. À l’écart, là où se reçoit la Parole qui tient bon, la Parole qui fait ce qu’elle dit, qui fait vivre. Voici le véritable repos qui nous est proposé, nous écarter d’un trop-plein de nous-même pour laisser la Parole nous atteindre et nous mener vers la liberté, nous apprenant à être berger comme brebis.

 

Véronique Margron op.Véro Photo Bruno Levy

 

Article paru dans La Vie ,                          

ce dimanche 22 juillet 2018

Ils étaient comme des brebis sans Berger. Alors, ll se mit à les enseigner longuement.

L’évangile d’aujourd’hui, est un moment de la prédication itinérante inaugurée par Jésus, ses amis l’ont accompagné, ils ont vu Jésus, enseigner en paraboles, guérir toute sorte de maux en Galilée jusqu’au jour où Il leur passe le relais, les envoyant deux par deux en mission. L’évangéliste Marc se fait l’écho du retour de ces missions en duo,où les envoyés ont été à l’œuvre, marches, prédications et guérisons ont été nombreuses, ils ont dépensé beaucoup d’énergie, ils méritent bien l’invitation de Jésus : « venez et reposez-vous un peu ». Mais il en va autrement, au moment où ils arrivent dans un lieu tranquille, voilà que Jésus se laisse émouvoir par la foule, et à la place du repos promis c’est un enseignement long qui les attend, « parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger ».

Cette comparaison nous questionne :

La foulene se lasse pas d’écouter Jésus, elle ressemble à ces enfants dont l’intelligence s’éveille et qui poursuivent les adultes de leurs incessantes questions. Ils veulent savoir le « pourquoi » de telle ou telle chose ou de tels évènements. Cela évoque des temps forts rythmant la vie des familles : le grand frère ou la sœur aînée quitte la maison, alors le plus petit semble perdre un repère dans sa propre vie : « pourquoi ? » ; « Il ou elle va retrouver celui ou celle qui l’aime ». Ces dialogues permettent à l’enfant de s’exprimer sur le sens de la vie. Nos propres interrogations, témoignent que nous sommes faits de désirs de comprendre et d’aimer comme d’être compris et aimés.

Jésus connait bien les bergersdepuis la crèche, ils ont été ses premiers visiteurs. La place du berger dans le peuple d’Israël marque l’attention de Dieu. Le terme du pasteurlui fait écho, ce peuple a connu des pasteurs qui sont selon le cœur de Dieu comme David et d’autres qui à l’opposé malmènent le peuple, et seront dénoncés par les prophètes. Dans la prière du psalmiste il est dit : c’est Dieu qui doit guider son peuple « comme un berger son troupeau » ; et ailleurs, c’est Dieu qui peut écouter: « Berger d’Israël écoute, toi qui conduis Joseph comme un troupeau » et encore c’est Dieu qui sauve : « Dieu fais-nous revenir que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés » Ps 79, 2, 4.

Les Evangiles qualifient cette fouledes gens « désemparés, abattus » objet de compassion (cf. Mt 9, 36) et montrent les qualités du Berger : il cherche la brebis perdue, c’est l’image du Père miséricordieux qui se réjouit quand il la retrouve (Lc 15 8 et Mt 18, 12-14).

Saint Jean offre une reprise des traits propres aux bergersdans l’Ancien testament : nous voyons une bergerie bien ordonnée avec sa porte et son enclos. Le bon berger est celui qui entre par la porte et dont la voix est reconnue par toutes les brebis : une voix qui permet de sortir ou d’entrer selon les moments et les nécessités ; une voix qui apaise et rassure contrairement à celle d’un étranger qui vient mettre le désordre et se servir pour lui-même. Aujourd’hui, Jésus incarne et met en pratiquetout cela. Il est ce Bon pasteur qui guide par sa vie, il est compatissant, et il instruit par son enseignement.(Cf. Jn 10 1-5)

Quand le berger est un bon pasteur, il établit un lien entre lui et les personnes qui l’écoutent et ce lien est fort, c’est pourquoi la foule vient à sa rencontre, sans nul doute sa Parole laisse pressentir le lien que Jésus a avec son Père ; ailleurs il affirmera qu’Il est la porte qui conduit au Père. Sans pasteur la communauté chrétienne peinerait à trouver un chemin de communion.

Dans cet esprit nous pouvons relire lentement le psaume 22 proposé en ce jour. Il nous invite à reconnaître Celui qui parle, enseigne et conduit au Père comme notre guide. « Le Seigneur est mon Berger, je ne manque de rien, il me fait revivre » il accompagne ma vie jusqu’au bout « grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie »

Cette image du bon pasteurhabitait le cœur des premiers chrétiens, ils la gravaient dans les catacombes pour être forts sous la persécution, ils étaient identifiés à cette brebis sur les épaules.

En notre temps, dans un pays affronté à la polémique des émigrés, comment ne pas penser qu’ils ont besoin de rencontrer chez nous des «  pasteurs modestes » qui  prennent soin d’eux, qui les écoutent et les rassurent leur permettant de trouver enfin un lieu où s’établir en paix, devenir enfin ce qu’ils sont des humains doués de nombreux dons à mettre au service des autres. Nous pouvons prier et partager avec toutes les personnes qui sont engagées dans cette voie d’aide aux émigrés et qui nous entrainent à vivre la miséricorde selon le cœur du Christ.

22 juillet, l’Eglise fête Sainte Marie Madeleine, celle qui fut un jour cette brebis pardonnée sur les épaules du Bon Pasteur Jésus et à partir de ce moment-là, elle se joignit à ses disciples et le suivit de près  jusqu’à sa mort à la croix ; Elle fut aussi la première à voir Jésus ressuscité qui lui confia l’annonce de sa résurrection aux Apôtres ; Messagère de la Bonne Nouvelle est un titre de gloire.

 

Monique Colrat o.p.  

L’hospitalité d’une maison

Nous avons  toutes et tous vu de ces marcheurs harnachés de sacs à dos sous lesquels ils ploient sur les chemins de randonnée de montagne ou de sentiers côtiers. Ce sont des vacanciers ou des pèlerins, des amateurs de solitude et de beauté.

Certes, leur matériel est souvent sophistiqué : GPS, potable sont du voyage et l’équipement est complet pour 8  à 10 jours. Mais c’est un minimum par rapport au confort de la vie quotidienne.

Jésus demande  à ses disciples moins d’encombrement encore : le minimum …  mais avec sa divine délicatesse, il préconise les sandales plutôt que les pieds nus !

Pour tout bagage l’Amour dont Dieu les aime et les a pourvus pour aimer les autres.

Ils vont deux par deux, armés d’un bâton, envoyés et accompagnés par l’Esprit. Deux par deux pour pouvoir s’appuyer sur l’un sur l’autre quand le découragement menace.

Quant à la halte chez l’habitant, elle dépend de l’hospitalité du maître ou de la maîtresse de maison : « Quand vous trouvez l’hospitalité dans une maison, restez-y… » ( Mc 6,10)

Jésus sait que tous les foyers ne seront pas hospitaliers. « Si l’on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez, secouez la poussière de vos pieds. » (Mc 6,11). L’hospitalité requiert ouverture de cœur et accueil. Offrir son toit, héberger, est une prérogative de la générosité, de l’oubli de soi, de la noblesse de sentiments, de l’amour de l’autre,

La fraternité est une valeur universelle. Le pape François ne manque jamais de dire et redire la nécessité d’être solidaires des migrants, des sans papiers, des personnes démunies, des pauvres, « nos frères dans la filiation d’un Père commun. » (Edito La Croix 09-07-18)

«  Le droit d’être fraternel » n’est pas un trait de génie du Conseil constitutionnel français, (même si l’on est en droit de se réjouir que cette noble institution ait voulu renforcer le principe de fraternité dans la Constitution). La solidarité n’est pas un délit ! Voir son frère en détresse et passer son chemin est l’attitude du lévite et du  prêtre dans la parabole du bon Samaritain, celui qui fait miséricorde est cet étranger si peu considéré ! (Luc 10,33)

« Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli.

Mais a tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu »

 (Jn 1,11-12).

 

Sœur Françoise-Chantal Lelimouzin o.p.