Le règne de DIEU …. Le royaume de Dieu est parmi nous !

Ce dimanche, l’Eglise nous propose de réfléchir, de méditer sur ce texte de Marc Ch. 4 v. 26 à 34. Des paraboles pour essayer d’entrer dans cette révélation d’un si grand mystère : « le Royaume de Dieu ! Et le Royaume de Dieu qui nous est donné, que nous devons faire advenir… grandir… en nous, et en toute l’humanité…
Comme Jésus veut essayer de nous faire comprendre un peu ce que peut-être le Règne de Dieu, Il va se servir d’images que nous voyons, que nous connaissons, de réalités de notre vie quotidienne, qui elles aussi sont mystérieuses, nous obligent à y porter notre réflexion, nos interrogations …
Alors, le règne de Dieu, le Royaume, le Royaume de Dieu ? Comment le saisir ? S’en approcher ? Le reconnaître ? Le vivre ?
Marc, après nous avoir donné dans son évangile la parabole du semeur, l’explication donnée aux Douze, va continuer en nous relatant la parabole de la lampe qui éclaire, va enchaîner sur «la semence qui pousse d’elle-même » « le grain de blé » « la graine de moutarde ».
« Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui jette la semence en terre »
La semence petite : le grain de blé ! Encore plus petite : la graine de moutarde…. Quel mystère déjà en cette vie : semés tous deux en terre, arrosés d’eau, chauffés par le soleil, puis ensuite gorgés de celui-ci. De ce grain : la transformation, la tige, l’épi plein de grains … De la graine si minuscule de moutarde : la transformation, une tige, puis un arbre avec des branches….si grandes que les oiseaux peuvent faire leur nid à son ombre. Nous disons « merveilles de la nature », merveilles qui doivent aussi nous interpeller, d’un germe de vie si minuscule se multiplie la vie, mais quelle vie et pour nous faire vivre…. Et nous ne savons comment ?
Déjà, le prophète Ezéchiel nous donnait cette image, préfiguration de ce que peut être le Royaume de Dieu : Une tige toute jeune cueillie à la cime du grand cèdre, plantée par le Seigneur Dieu  sur une montagne élevée, elle portera des rameaux, produira du fruit…. Et les oiseaux y feront leur demeure « à l’ombre » de ses branches. Ez. 17 v. 22-24
Alors, c’est à partir de ces paraboles que Jésus nous enseigne :
Jésus lui-même a sans cesse parlé, annoncé, vécu ce Royaume de Dieu, pour qu’ensuite nous fassions de même. Sans cesse, Il a fait référence à celui-ci : « mon Royaume n’est pas de ce monde » Il n’est pas comme le monde, mais Il doit être dans le monde pour le transformer, lui donner le Sens….
A nous maintenant, de vivre de ce Royaume de Dieu qui nous est donné et de le proclamer. « Comme » Le semeur qui jette la semence…  La Parole de Dieu semée, annoncée, proclamée, témoignée par le vécu de nos vies …. Parole de Dieu donnée en Eglise, à tous et à chacun, c’est le Royaume de Dieu qui nous est offert gratuitement : Une semence qui peut paraître si petite parfois, mais à nous de la faire grandir. Ne l’enfouissons pas, ne la camouflons pas…. ne la mettons pas sous le boisseau… N’ayons pas peur de la mettre en lumière. Préparons sans cesse nos cœurs à la recevoir à notre mesure.
Quand nous prions avec la prière que le Christ nous a enseignée, nous disons : « Notre PERE : Que ton Règne vienne »  Quand nous agissons, faisons-le pour que le Règne de Dieu advienne ! Que nos actes soient tous axés en vue du Royaume de Dieu…. Le Royaume de l’AMOUR !
Nous ne connaissons pas comment le petit germe que nous semons va devenir fruit pour le Royaume, qu’importe ? Peut-être le saurons-nous au temps de la moisson !
La première Béatitude nous dit : « heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux » Oui, Heureux tous ceux qui mettent leur foi dans le Seigneur, tous ceux qui cheminent dans la foi, et non dans la claire vision du Royaume. Oui, Heureux aussi tous ceux qui cheminent selon leur conscience, en recherche de la Vérité, d’une humanité plus éclairée… Heureux ceux qui demain, en voyant des germinations de paix, de fraternité, d’amour, chez leurs frères, ouvriront leur cœur à la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu !
Oui Seigneur !  « Que ton Règne arrive sur la terre comme au ciel ! »

SONY DSCSr. Marie Christina COUSIN

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Abus sexuels et pédophilie – Une journée de sensibilisation et de partage organisée par la Corref, le 11 juin 2018

Ce lundi 11 juin, la Conférence des religieux et religieuses de France, a organisé une Journée de sensibilisation et de partage sur le thème « Abus sexuels et pédophilie ». Cette journée s’inscrit dans la dynamique déjà engagée par la Corref depuis plusieurs années sur ces questions. Dans l’assemblée : 120 religieux et religieuses, responsables de leurs instituts, de vie apostolique et monastique.

Ouverture de la journée par Sr Véronique Margron, présidente de la Corref.

« Je me demande comment les enfants survivent au chagrin ».
Christian Bobin, Le Christ aux coquelicots

Voilà ce dont il s’agit pour nous aujourd’hui. Entendre ce chagrin si particulier, insupportable, qui ne s’efface ni ne s’apaise vraiment. Un chagrin du fond de l’âme et du corps et une grande colère.
Il s’agit donc des abus sexuels commis par des membres de l’Église, par des membres de nos instituts religieux, plus d’hommes que de femmes, mais des femmes aussi. Il s’agit aussi d’abus dont des membres de nos Instituts ont été les victimes. Des abus qualifiés bien improprement de pédophilie. Terminologie pernicieuse. Car chacune et chacun de nous ici aime les enfants. Pour aimer en vérité les enfants, comme d’ailleurs pour pouvoir aimer cet enfant que nous sommes toujours, comme l’écrivait avec tant de passion Françoise Dolto, il faut s’écarter de toute confusion. Aussi est-il plus correct de parler de « pédoclastie ». Analogie avec l’iconoclastie qui est le fait de briser, de détruire, les images religieuses. La pédoclastie c’est alors briser l’enfance, la détruire. Prendre la mesure du séisme provoqué, c’est voir combien nous sommes à l’opposé d’une affection, voire d’une amitié (philia) avec les enfants.
Le piège des mots est déjà souvent celui de la pensée.  » Mal nommer un objet c’est ajouter au malheur de ce monde, car le mensonge est justement la grande misère humaine, c’est pourquoi la grande tâche humaine correspondante sera de ne pas servir le mensonge. »
Par-dessus le marché, commis par des prêtres ou religieux, c’est aussi de Dieu dont il s’agit. Un Dieu qui se trouve aussi brisé, lui le Dieu dont les entrailles saignent quand les plus pauvres ou vulnérables, dont les enfants, sont trahis jusqu’au fond de leur âme comme de leur corps.
Voilà alors qui introduit une double mémoire traumatique. Celle dont parle si bien Muriel Salmona, psychiatre qui se bat en faveur des victimes, afin que l’amnésie traumatique – qu’elle a amplement théorisée – soit reconnue par la justice.
Citons-la un instant : « La mémoire traumatique, trouble de la mémoire implicite émotionnelle, est une conséquence psychotraumatique des violences les plus graves se traduisant par des réminiscences intrusives qui envahissent totalement la conscience (flash-back, illusions sensorielles, cauchemars) et qui font revivre à l’identique tout ou partie du traumatisme, avec la même détresse, la même terreur et les mêmes réactions physiologiques, somatiques et psychologiques que celles vécues lors des violences. Anhistorique, non-intégrée, hypersensible, elle est déclenchée par des sensations, des affects, des situations qui rappellent, consciemment ou non, les violences ou des éléments de leur contexte, et ce jusqu’à des dizaines d’années après le traumatisme. Elle s’apparente à une bombe prête à se déclencher à tout moment, transformant la vie en un terrain miné… »

3 points d’attention pour ouvrir cette journée, et qui ont motivé notre volonté de vous proposer ce temps de sensibilisation, d’écoute, d’échanges sur un sujet si grave et lourd.

Nos instituts, à partir des leurs intuitions fondatrices, ont tous des règles de vie, des constitutions dont la finalité est de nous tourner vers l’Évangile par un chemin particulier. Ce simple constat me parait faire écho à ce que le philosophe Paul Ricœur nomme le tournant de l’interdiction, non pas d’abord pour interdire ou pénaliser, mais pour fournir des repères, pour rendre à la conscience ses droits, pour ériger une digue qui rend possible les amours, pour manifester le lien qui doit exister entre la loi morale et le droit et signifier à l’homme qu’il n’a pas le droit d’avoir tout pouvoir sur l’autre. Faut-il nous rappeler ici que la foi chrétienne peut être d’autant plus pervertie que le sentiment de toute-puissance propre aux agresseurs peut s’appuyer sur la célèbre sentence de S. Augustin : « Aime et fais ce que tu veux » , en s’appuyant sur S. Paul pour dénier la loi : nous ne sommes plus soumis à la loi puisque « Le Christ est la fin de la loi » (Rm10,4) …

La vérité
La transparence, dont je ne suis pas une adepte par ailleurs, est pourtant ici indispensable. Pendant des décennies, elle n’a pas été le critère d’action de l’Église qui voulait au contraire cacher ces actes. Renforcé de plus par une culture de nos Instituts vécus comme des familles où le réflexe premier est de protéger les siens et de les croire, parfois envers et contre tout. Nous avons maintenant l’obligation de veiller à tenir un langage de vérité et à renoncer à toute langue de bois comme à ce que les sociologues nomment la « culture de docilité » dans l’Église catholique.
Cette vérité qui nous rendra libre (Jean 8,32) et qui suppose courage et cohérence. Qui nous fera tout mettre en œuvre pour protéger les innocents et les personnes vulnérables, et pour éviter tout ce qui pourrait leur nuire . Une exigence qui doit aller de pair avec le discernement, avec la vertu de prudence afin de se garder de tout amalgame et d’un soupçon généralisé qui peut devenir fou et tuer aussi des personnes dans leur réputation, dans le regard des autres, dans l’estime d’eux-mêmes, parfois jusqu’à alors décider de mourir.
Exercice éthique, exercice de responsabilité, aussi délicat qu’indispensable.

La foi et l’Église

Les adultes abuseurs ont volé Dieu à leurs victimes. Comment croire encore que Dieu est réellement bon ? proche ? un Dieu qui me veut du bien ? Comment croire qu’il est vivant lui qui est apparu absent lors du drame. Comment encore reconnaître l’Église comme fiable ? Approcher sans crainte ni confusion de la table eucharistique ? Comment prier le Père, quand ceux que l’Église désigne pères ont semé le malheur et la destruction par leurs mensonges (c’est pour ton bien, c’est parce que je t’aime davantage) comme l’antique serpent de Genèse 3. Tous ces éléments, si douloureux pour les victimes, leur demandent un très long et incertain voyage de retour vers la vie qui se tient en Dieu. Lent et douloureux travail pour se réapproprier les Écritures, les sacrements, la vie de l’Église… pour ne plus avoir peur. Pour tenter, pas à pas, refaire confiance

La vie est longue à revenir me disait un jour une victime, qui parlait enfin plus de 30 ans après les faits.

Alors avant tout les écouter. Et écouter encore. Laisser pénétrer leurs mots, ouvrir nos oreilles autant que nos intelligences et nos cœurs. Entendre leur peine, leur souffrance indicible, leur colère, leur déception, leurs questions criantes et leurs espérances.
Quelle parole tranchante comme le glaive saura déchirer un obscurantisme moral, un idéalisme aveugle et meurtrier, une fraternité dévoyée ? Quelle parole tranchante dans nos propres communautés pour reconnaître notre implication dans les effets du mal et rompre avec nos réactions encore trop souvent défensives.

En fin de compte, quelle lecture spirituelle pouvons-nous faire de la situation présente ?
Quelles conversions et quels actes indispensables pour tenter de réparer ce qui peut l’être, afin que ces enfances brisées puissent à nouveau croire en la vie, en un Dieu de douceur –espérons-le de tout cœur, et un jour peut-être si nous avons tous œuvré pour la vérité et la justice, à une Eglise enfin plus sûre.

Paris le 11 juin 2018, Véronique Margron op.
Présidente de la CORREF

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FETE DU SAINT SACREMENT

Pellevoisin

L’Eglise célèbre en ce jour la fête du saint sacrement. Cette fête nous fait vivre une alliance d’amour à jamais égalée : alliance nouvelle, éternelle et universelle.

En effet le passage du livre de l’Exode souligne l’alliance qui a été conclue entre Dieu et son peuple Israël. Désormais, Dieu se montre proche de l’homme, plein de sollicitude pour lui sans pour autant occultée la place de celui-ci. Chacun reste ce qu’il est, et c’est ce qui garantit la richesse des échanges entre Dieu et l’homme.

Cependant, l’homme le premier ne reste pas dans la logique de l’alliance car il en a transgressé les lois.Il a fallu toute la tendresse et la miséricorde de Dieu pour que l’alliance ne soit plus seulement traduite dans un texte mais en son propre Fils revêtant la nature humaine. L’homme se trouve alors dans la Nouvelle Alliance, qui sera scellée par le sacrifice d’amour, celui de la Croix. Le texte de la lettre aux Hébreux  montre bien comment le Christ, sur la croix, est le grand prêtre qui désormais accomplit à la fois le rite et l’offrande : Il est lui-même le lien entre Dieu et l’humanité et cela pour toujours.

Enfin, en instituant l’Eucharistie Jésus a dit à ses disciples que son sang est  librement donné pour la multitude c’est-à-dire, pour tous les hommes, jusqu’à la fin du monde. Pour cela, le Christ est particulièrement présent dans le sacrement de son corps et de son sang.

 En célébrant cette fête nous prenons conscience de tout ce dont nous comble l’Eucharistie : tout d’abord le Christ se rend présent au milieu de nous ; ensuite il se donne en vraie nourriture pour  la vraie vie, celle éternelle ; enfin elle nous unit à Lui pour que nous vivions de sa vie.

Que cette fête avive en nous la faim de Dieu présent dans l’Eucharistie par son Fils Jésus. Amen !

Sr. Patricia YAMEOGOSONY DSC

Allez ! De toutes les nations faites des disciples ! (Mt 28, 16-20)

Au début de son ministère, quand Jésus appelle ses premiers disciples, il leur dit : « Suivez-moi… » (Mt 4.19). C’est ça un disciple : quelqu’un qui suit son maître. Ce ne sont pas ceux qui parlent de Jésus qui le connaissent vraiment, mais ceux qui lui obéissent (Mt 7.21)

Mais qu’est-ce pour Matthieu, que la mission ? Des disciples qui font d’autres disciples ; des hommes et des femmes qui, expérimentant que l’enseignement de Jésus transfigure leur propre existence, partagent cette expérience avec les autres.

La mission n’est pas l’expansion d’une idéologie, par contre, elle propose de former une communauté, qui veut enraciner des liens mutuels dans une communauté appartenant  « au nom du Père du Fils et du Saint Esprit » Cette formulation trinitaire c’est unique dans le Nouveau Testament qui parle du baptême « au nom de Jésus » et « dans l’Esprit » La triple dénomination au v. 19 vient sans doute de la liturgie baptismale en vigueur dans l’Église de Matthieu.

Pour faire des disciples, il faut commencer par partager la bonne nouvelle de l’Évangile. Cette bonne nouvelle traduite dans la vie quotidienne à partir de nos prises de paroles, nos décisions, nos regards, notre accueil et sans oublier le respect et l’amour a tout être vivant qui est au tour de nous.

Sr. Diana M. Sierra

La parole et le souffle

« Y a-t-il quelque chose dans ce que nous disons ? », ce titre de Georges Steiner me poursuit en méditant sur la fête de Pentecôte.

Pour la tradition juive, sept semaines après la Pâque, se célèbre le don de la loi au mont Sinaï : la loi comme une moisson pour vivre la liberté offerte en l’arrachement des esclavages de l’Égypte. Pour nous – cinquante jours après le matin de printemps d’une rencontre inédite : celle du Vivant plus fort que la mort, une autre récolte est confirmée : la Parole n’a pas été retenue dans le tombeau. La mort n’était pas en mesure de garder les mots de la vie. Le Verbe entré dans le temps de l’histoire ne pouvait rejoindre le Père sans nous confier les mots qui relèvent, encouragent, émerveillent.

Voici la joie de Pentecôte : abondante comme les langues que parlent les femmes et les hommes qui cherchent le Dieu de toute paix. Les mots – mémoire vivante du Christ, sont à honorer, comme des personnes. Nous avons à les traiter avec délicatesse, afin qu’ils puissent se partager, s’offrir et faire sens. Rien ne doit être oublié du Fils : recueillir son langage – dans nos langues d’aujourd’hui, c’est poursuivre son œuvre de vérité et de bonté, signes du Salut.

Alors ? Y a-t-il quelque chose dans ce que nous disons ? Une œuvre de paix ou de guerre ? d’estime, d’affection ou de mépris ? de tristesse ou de rire ? Le vent créateur engendre le courage des paroles qui donnent force à des vies brisées par les fardeaux. Mots nouveaux car créés pour chaque rencontre, inédite toujours. Mots d’éternité car c’est dans le lexique de Dieu que bat leur cœur.

La Pentecôte : chacun reçoit dans son monde la douceur de l’Évangile qui libère et peut la partager. La langue est vivante, les mots sont animés. Ils sont protection, consolation, aspiration.

Yves Congar, grand théologien dominicain du Concile Vatican II, écrivit : « La parole et le souffle ». Voici notre espérance : que nos voix respirent du Christ, lui qui inventa les mots pour celles et ceux qui espéraient, depuis leur nuit, un Dieu proche qui vienne à leur rencontre. Puissions-nous avoir l’audace des mots neufs, quitte à nous tromper. Sans elle, ne sommes-nous pas complices des tombeaux de la mort ?

Pour prononcer des mots rafraîchissants, nos oreilles comptent. Qu’elles soient attentives au temps, tendues vers le mystère de chacun. Il murmure si timidement, parfois avec une douloureuse inquiétude dans le regard : celle d’être jugé. En ce jour, demander au souffle du Père et du Fils d’ouvrir nos oreilles, véritablement. Jusqu’à trembler au-dedans, jusqu’à supplier sans relâche, jusqu’à chercher sans repos, ce qui fera vivre l’homme en son enfance. Là où les mots naissent, s’étouffent et peuvent ressusciter.

Écoutons la parole la plus dérangeante : celle de ce Dieu qui risqua tout, pour simplement dire un amour fou. Aujourd’hui, elle opère en nous la liberté de l’Esprit.

 

Véronique Margron op.  

La chair et l’Esprit

         Pentecôte de  R. Pavamani.

Paul, dans sa lettre aux Galates les mets en garde contre la tentation de se remettre sous le joug de la loi. Car la loi est un joug si l’on oublie sa source : elle est une aide pour la liberté, et sa raison d’être est la divine tendresse.

Souvenons-nous. La loi fut donnée au désert à Moïse, alors qu’avec le peuple ils étaient sortis de l’esclavage. La loi fut donnée comme un cadeau au peuple afin qu’il puisse vivre libre. Mais la liberté est aussi un travail intérieur, et les Hébreux ont commencé par se fondre un veau. Il leur faudra encore de longues années dans le désert, pour entendre que cette loi n’est pas un fardeau, mais une garantie contre le chaos.

Paul, dans sa propre chair, a connu le fardeau de la loi. En voulant l’observer pour elle-même, il s’est enfoncé dans l’exclusivisme et la rivalité compétitive. L’exclusivisme, c’est croire que mon groupe (ou ma communauté, ou mon église) est mieux que les autres. La rivalité compétitive, c’est vouloir, au sein de ce groupe, être le meilleur, le plus observant. Et voilà que Paul a découvert que cette loi qui oublie l’amour dont elle est née conduit au meurtre. Il en tombe de cheval. Il en perd la vue. Et dans la nuit, le Christ ressuscité lui fait mystérieusement comprendre que ce qu’il pensait être la loi, c’est en fin de compte, la chair. C’est-à-dire la vie de l’homme quand il ne se préoccupe que de lui-même, de sa propre perfection, au lieu de se préoccuper des autres et de son Dieu.

Paul n’aura de cesse, une fois converti, d’expliquer cela aux siens. Il n’aura de cesse de dire et aux Juifs et aux Grecs que ce qui compte, ce n’est pas la chair, mais l’Esprit. Il faut bien comprendre ce dont il parle. Il ne s’agit pas de dénigrer le corps. Il ne s’agit pas d’une spiritualité désincarnée, bien au contraire. Il va tenter de traduire en grec ce qu’il sait de la tradition juive : Tout ce que nous faisons en nous centrons sur nous (y compris nos dévotions), comme faisait Babylone en clamant « moi, rien que moi », c’est la chair. Tout ce que nous vivons en nous centrons sur le Christ (y compris le plus incarné, manger – marcher – dormir), et par Lui sur autrui, c’est la vie selon l’Esprit.

« Et voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, et maitrise de soi. » Galates 5, 22.

 

Vivons sous la douceur et la force de l’Esprit !

Belle fête de Pentecôte à chacun.

 

Anne Lécu o.p.  

 

Ma soeur, moi je te crois

« Nous vivons cloîtrées, nous portons un habit qui descend quasiment jusqu’aux chevilles, nous ne sortons pas la nuit, nous n’allons pas aux fêtes, nous ne buvons pas d’alcool et nous avons fait vœu de chasteté. C’est une option qui ne nous rend pas meilleures ou pires que quiconque, même si, paradoxalement, cela nous rend plus libres et plus heureuses que beaucoup », écrit sœur Patricia Noya, du Carmel d’Hondarribia, joyau du Pays basque espagnol, à l’architecture médiévale, juste face à Hendaye.

Voilà des paroles profondément justes. Mais et alors, me direz-vous,en quoi cela nous concernerait-il ?

C’est qu’elles sont écrites dans un contexte bien spécial. Car voici la suite :

« Et parce que c’est un choix libre, nous défendrons par tous les moyens à notre disposition (…) le droit de toutes les femmes à faire LIBREMENT le contraire, sans qu’elles soient pour cela jugées, violés, menacées, assassinées ou humiliées », concluent les moniales.

Cette forte déclaration publiée sur la page facebook du monastère, prend sens dans le mouvement de protestation, d’indignation et de colère dans de nombreuses villes espagnoles, à la suite du jugement rendu jeudi 26 avril par le tribunal de Navarre, dans le procès de la « Meute ». Les cinq hommes qui s’étaient surnommés ainsi, âgés de 27 à 29 ans, ont été condamnés à neuf ans de prison pour avoir forcé une jeune femme de 18 ans à avoir des rapports sexuels avec eux dans une cage d’escalier, pendant les fêtes de San Firmin à l’été 2016. Le tout, filmé par les agresseurs avec leur portable et posté sur internet. Depuis le verdict, s’étend un mouvement de libération de la parole des femmes sur Twitter, avec le mot-clé #Cuéntalo (« Raconte-le »), cousin germain de « #BalanceTonPorc » qui avait enfiévré les réseaux sociaux en France au mois de novembre 2017.

Le message des moniales se conclut par ces mots « Hermana, yo si te creo » (« Ma sœur, moi je te crois »), slogan clamé lors des manifestations. « Nous l’avons écrit parce que nous voulions qu’il y ait une voix dans l’Église qui critique ce jugement », a expliqué l’une d’elles auprès de l’AFP. « On ne peut accepter qu’une atrocité soit commise et que celui qui est jugé, condamné et humilié publiquement soit la victime », expliquant que toute la communauté s’est sentie concernée, « en premier lieu parce qu’elles sont des femmes ».

Alors ce matin, je veux simplement, profondément, les remercier de leur prise de parole de femmes protestant contre un ordre des choses injuste et violent.

Véronique Margron op.  

Chronique publiée sur RCF, le mardi 8 mai 2018, à écouter ici