« Avez-vous quelque chose à manger ? » (Luc 24,41)

Sur le chemin d’Emmaüs, pour eux disciples du Christ, ils marchent, ils parlent toujours écrasés par la mort de leur maître. Ils sont littéralement anesthésiés par la souffrance qu’ils partagent. Ils essayent de l’accepter mais c’est impossible. Pourraient-ils tout juste essayer de la comprendre ? Un inconnu se joint à eux, un lettré, qui connaît bien les Écritures. Ils l’écoutent sans se rendre compte qu’ils sont fascinés par ce qu’il leur dit. Au moment où les routes se séparent, les disciples sont les premiers à insister pour que cet homme les suive et partage leur repas. L’inconnu accepte. Au cours de la collation, au moment même où l’inconnu « rompt le pain », leurs esprits embués par le chagrin s’éclaircissent. Ils « voient ». C’est le Seigneur.

La crucifixion de Jésus et sa mort abominable sur la croix semblent avoir paralysé les disciples, et c’est le geste vital de partager le repas qui ouvre leur esprit.

Nous retrouvons la même chose chez les apôtres. Le Christ est là au milieu d’eux, ils ne le reconnaissent pas. Mais cette fois-ci, le Christ parle et leur dit « :

« La paix soit avec vous ».

Alors que le geste du partage du pain avait réveillé les disciples d’Emmaüs, la parole de Jésus adressée aux apôtres, remplis de contradiction, ne semble pas suffire pour les faire croire. C’est alors que Jésus leur demande si ils ont à manger. Et quand le Christ mange avec eux, on a l’impression que les doutes sont dissipés pour les apôtres.

Alors le Christ enfin reconnu reprend son rôle de guide auprès d’eux. Il leur redit que chaque étape de sa vie est annoncée dans les Écritures et que les péchés sont pardonnés en son nom.

Ils ont été témoins de la vie du Christ et de sa résurrection et c’est à eux (nous ?) maintenant de témoigner auprès de tous.

 

Sr Martine Bourquin IMG_3147

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Jésus vient, et il se tient au milieu, en disant : « Paix à vous ».

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Jésus vient, les portes étant closes, et il se tient au milieu, en disant : « Paix à vous ».

Thomas (dont le nom signifie jumeau), notre frère le plus ressemblant, n’est pas là lorsque Jésus vient rencontrer les siens. Il n’est pas là où vient le Christ, « au milieu » de nos existences, malgré les portes fermées.

Il peut nous arriver d’être ailleurs qu’au milieu, dans des périphéries cette fois peu réceptives à l’évangile, quand nous nous faisons le centre de notre existence, alors que là, est la place de Dieu.

Pas de crainte cependant. Nous avons des ancêtres prestigieux, qui comme Thomas étaient ailleurs. Augustin par exemple, pousse ce cri dans ses confessions : « Tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée ! Mais quoi ? Tu étais au dedans de moi, et j’étais, moi, au dehors de moi-même. Et c’est au dehors que je te cherchais ! ». Thérèse de Jésus, dont nous fêtons les 500 ans ces jours-ci, s’effondre à l’aube de ses 39 ans et tombe aux pieds d’une statue du Christ quand elle comprend que pendant près de vingt ans, elle était là peut-être physiquement mais en même temps absente à sa présence.

Thomas le premier, a eu ce cri de reconnaissance, de stupeur et de joie : « Mon Seigneur et mon Dieu »

Thomas, Augustin et Thérèse et tant d’autres viennent nous assurer de cette magnifique nouvelle : quand nous ne sommes pas là, Dieu revient. A la deuxième heure, à la cinquième et jusqu’à la onzième heure, il revient, et se tient là, « au milieu », et nous donne rien de moins que sa paix. Parce que désormais notre foi a un socle autrement plus solide que nous-mêmes et nos efforts si vigoureux soient-ils. Elle a pour socle la foi de Jésus lui-même, qui à l’heure de sa passion et de la trahison des siens, dans sa grande prière au Père, témoignait pour nous de notre propre foi. « Ils ont gardé ta parole ; ils ont cru que tu m’as envoyé » (Jn 17).

Cette confiance déposée indistinctement entre les mains de son Père et entre nos mains est pour l’éternité marquée de la trace des clous et de la plaie dans son côté. Nous pouvons nous y blottir, car ces plaies crient que la finitude de l’homme, sa douleur même, sont devenues maison pour Dieu. L’eau qui s’en écoule a lavé toute accusation. Son sang s’est uni à celui des martyres connus et inconnus de tous les temps. Il nous en est promis mystérieusement un vin de fête. Le Christ, confondu avec les bandits, a déchargé les bandits de leur fardeau. L’accusateur de nos frères a été rejeté.

Thomas d’un coup, comprend cela. « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Si le Christ lui-même a déposé entre nos mains sa confiance, nous pouvons nous appuyer sur cet acte de foi définitif pour croire, sans voir. Et proclamer avec Jean, en unissant nos voix à celle d’un peuple innombrable : « Et telle est la victoire qui a triomphé du monde : notre foi » (1 Jn 5,4). Cette foi, fondée en lui, marquée par ses blessures, qui se déploie « avec douceur et respect » (1 P 3,16).

Anne Lécu o.p.    Soeur Anne Lécu

Se lever

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Dans la nuit encore profonde, dans les larmes qui ne veulent se tarir, dans le deuil qui ne fait que commencer, Marie se lève et se presse. Pourquoi se hâter puisque son amour est mort et la nuit froide ? Elle le sait, elle qui était là, au pied de la croix et jusqu’au bord de la tombe dans ce jardin. Serait-ce son secret ? Là où s’enracine sa force pour se lever ? Elle a habité, totalement, la joie et la souffrance d’aimer. Alors, une autre connaissance est en elle, hors de tout savoir, folle pour beaucoup : son amour est plus fort que le roc de la mort. La Madeleine réveille en nous l’aube du jour nouveau du monde. Le tombeau n’est ni vide, ni plein, il n’est plus. Le Christ, crucifié pour avoir aimé, a déserté la mort et s’en est retourné en son vrai lieu : dans les cœurs, intimes, secrets, de celles et ceux qui le cherchent, l’espèrent, l’annoncent, le prient.

L’aube se lève à peine, serait-ce celle de l’espérance ? interrogeait Geneviève Anthonioz de Gaulle en terminant le récit de sa Traversée de la nuit.[1] Oui, ce matin, l’espérance fut réveillée par une femme qui s’est redressée contre le désespoir et l’état des choses.

Pâque est une signature : Le Père a rendu le fils aux hommes, à chacune et chacun. C’est à nous, désormais, de faire connaître le secret de Dieu : la pierre précieuse a renversé la pierre tombale.

 

Très belle fête à tous

 

Sr Véronique Margron, op.       IMG_3138 - Version 2

[1] Seuil, 1998

« Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père »

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Ce dimanche des Rameaux reprend ce que nous sommes appelés à vivre durant cette Semaine Sainte qui débute en ce jour.

Jésus entre pour la dernière fois dans la ville de Jérusalem. Il n’en sortira pas. Jérusalem : Ville de la Paix. Assis sur un ânon, il entre dans la ville Sainte, ovationné comme un roi. Des manteaux sont jetés devant lui sur son chemin. Il est de la lignée de David, le rejeton de la souche de Jessé.

Nous voyons la prophétie du prophète Isaïe s’accomplir. Le Fils de Dieu ne se défend pas. Il fait face aux outrages et aux crachats. Sa force vient de son Père et il s’en remet à lui.

L’hymne aux Philippiens nous rappelle que le Christ doit s’abaisser pour s’élever. Lui qui va connaître notre condition humaine, qui prend notre condition de serviteur, va s’abaisser jusqu’à la mort sur la Croix. Ainsi Dieu l’ayant abaissé, le relève et le dote d’un nom qui est au-dessus de tout à l’égal de Dieu « Jésus Christ est Seigneur ».

 

La lecture de la Passion reprend les évènements que nous allons vivre et développer tout au long de cette semaine : Institution de la Cène, veillée de prière au Golgotha, arrestation et trahison, jugements, crucifixion, mort sur la croix, descente de la croix et silence.

Ce silence devant la cruauté des hommes, devant cet Agneau que l’on conduit à l’abattoir et qui ne se défend pas, Silence

Celui qui apporte la lumière, va descendre aux ténèbres. L’heure est venue. La réalisation de la promesse est là. Elle se réalise dans le silence. Silence devant ce mystère. Silence devant la souffrance et la cruauté. Silence et peur des disciples.

 

Un silence interrogatoire : Il était avec nous et nous ne l’avons pas compris. Nous n’avons pas compris ce qu’il voulait nous dire. Mais pourquoi cet aveuglement, pourquoi cette non compréhension ? Notre cœur est-il si lent à comprendre ? Ne sommes-nous pas trop encombrés par des futilités et n’oublions-nous pas ceux qui nous entourent : nos proches par exemple.

Dans le silence, je vous invite à méditer ce don de Dieu fait aux hommes en la personne de son Fils, créer à l’image et à la ressemblance de Dieu. « Qui m’a vu, a vu le Père » St Jean.

Et moi, en tant que chrétien, ma vie témoigne – t-elle de ma foi…

Sœur Corine op.         cru00e8che

L’entretien de Jésus avec Nicodème

L’Evangile de ce quatrième dimanche de carême s’enracine dans « l’entretien de Jésus avec Nicodème ».

On peut toujours imaginer une palette de raisons pour expliquer, ou justifier, la démarche nocturne de ce savant qui connaît les Ecritures sur le bout des doigts. Pourtant, le niveau, la qualité de l’échange c’est Jésus qui les fixe … La barre est haute car il s’agit des Ecritures connues par Lui sur le bout du cœur.

Il est question de naître d’en haut, de naître d’Esprit. Il est question de devenir une personne neuve, à tout âge, de redevenir un enfant en somme, pour se laisser guider par l’Esprit.

Déconcertant pour un notable juif. ….

Les perspectives de Nicodème et de Jésus sont difficilement conciliables. Le dialogue tourne court…

Tout érudit qu’il soit, et il l’est, Nicodème avoue – non pas son incrédulité- mais son incompréhension d’intellectuel. Une dimension lui échappe : « Comment cela peut-il se faire ? » (verset 9). Cependant l’aveu d’ignorance du pharisien pourrait ouvrir une brèche vers la vie de relation que Jésus lui offre.

« Si vous ne devenez comme des petits enfants …… vous n’entrerez  pas …» (Mc 10,15)

Mais Nicodème ne l’entrevoit pas … ne la soupçonne même pas cette communion, du moins pas encore….. Ses connaissances théologiques ne lui servent à rien sinon à l’égarer un peu plus.

Jésus ne cherche pas à le convaincre : comment le pourrait-il, puisque son témoignage n’est pas reçu ?

« Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1,11)

« Vous n’accueillez pas notre témoignage » ( Jn 3,11)

Mystère de l’univers de la foi …

En fait, Jésus ne peut toucher qu’un corps blessé, qu’un cœur désarmé et ouvert, qu’une oreille à l’écoute.

Jésus ne peut être reconnu par l’homme que dans sa pauvreté, dans sa maladie, sa faiblesse, sa petitesse, dans la misère de son péché.

L’évocation du serpent d’airain dressé dans le désert n’arrive qu’à la fin de la méditation de Jean. Elle est là pour appuyer tout ce qui précède : la conversion du cœur, voilà l’esprit d’enfance retrouvé, la voilà la « re-naissance » possible dans l’Esprit, dans l’amour.

Et c’est bien de retournement dont il s’agit : passer des certitudes de l’intelligence à l’assurance du cœur qui croit tout, espère tout, attend tout … C’est le cœur de l’homme qui est à changer.

Jean s’appuie sur les textes de la première alliance pour s’adresser à ce notable, membre de l’éminent Sanhédrin. Il s’agit pour Nicodème de passer de convictions ancestrales à la fragilité d’un signe : un signe … qui guérit par un seul regard ?

Le véritable caducée c’est le Christ en croix. Oui, la mort de Jésus est salvatrice

La croix : le signe, la manifestation, la preuve que « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique  pour que tout homme qui croit ne périsse pas mais ait la vie éternelle». (verset 16)

Le vrai problème n’est pas le mal que nous avons commis mais bien l’amour de Dieu qui nous sauve. La part de ténèbres qui nous habite, nos terres en friche n’empêchent pas que nous soyons fait pour la lumière, la beauté, la vérité, l’unité.

La croix est Vie pour tous ceux qui la regardent comme telle. Le regard croyant et la prière au Christ crucifié peuvent nous libérer du mal, faire la vérité en chacun, à condition de ne pas en rester aux questions … de Nicodème  et ce n’est pas toujours si facile ….. Sa démarche nocturne n’est-elle pas, peut-être, le signe d’une certaine nuit spirituelle ?

Soeur Françoise Chantal       Sr Françoise Chantal

Dieu a tant aimé le monde

[Chers lecteurs, vous noterez exceptionnellement ce dimanche, deux commentaires.    Nos soeurs sont prolixes et la webmaster parfois un peu perdue dans ses tableaux...]

« Car Dieu a tant aimé le monde  qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé. » Jn 3,17

            Alors pourquoi dit-on souvent que les chrétiens sont dans le monde, sans être du monde ? Jean dit ailleurs (dans le prologue) que le Christ « est venu chez lui » (Jn1, 11) Le monde, c’est donc chez lui…? Dieu a tant aimé le monde… et nous ne serions pas du monde ?

            Xavier Léon-Dufour définit le monde comme le lieu de notre rédemption. Quand Dieu a créé le monde, il a vu « que cela était bon », mais nous avons défiguré cette œuvre magnifique (nous continuons de le faire !)… Or Dieu a toujours compassion de l’humanité pécheresse qu’il a tant aimée et qu’il ne se lasse pas d’aimer.

            Dieu « a envoyé son Fils dans le monde… pour que, par lui, le monde soit sauvé. »

Le monde d’aujourd’hui ? Terrorisme, tortures, massacres, destructions, corruption… Comment Dieu peut-il aimer ce monde, comment peut-il encore y être « chez lui » ? au point de renouveler pour nous chaque matin le sacrifice rédempteur ? Se peut-il que tous les criminels dont nous entendons parler tous les jours, que tous les criminels potentiels que nous sommes, appartiennent au Seigneur et qu’il les aime tellement qu’il continue de nous envoyer son Fils ?

            Toutes ces questions, chacun et chacune d’entre nous se les pose. Qui pourra répondre ? En réalité, avons-nous vraiment besoin d’une réponse ? L’amour ne s’explique pas. Nous vivons de cet amour. Il est la source de notre joie, une joie que « nul ne pourra jamais nous ravir » (Jn 16,22). Mais c’est une joie qui ne peut que se traduire en amour, amour de nos frères et sœurs en humanité, amour… de nos ennemis : ceux qui commettent ces crimes odieux sont aussi aimés de Dieu ! Il faut que nous les aimions aussi !

            Dieu « a envoyé son Fils dans le monde… pour que, par lui, le monde soit sauvé. » Le monde d’aujourd’hui comme celui d’hier. Engagés avec lui, nous n’avons pas le droit de baisser les bras.

Soeur Marie-Thérèse Perdriault    IMG_0077