Je suis avec vous

« Je suis avec vous mais pour peu de temps »

 Un jour de catéchèse proche de la Toussaint,  je faisais remarquer aux jeunes les célébrations  distinctes du 1eret du 2 novembre.

Elise éclata en sanglots.

Son chagrin était profond, et, quand elle put s’en expliquer, elle dit simplement «  Oui, mais on ne les voit plus ! »  [ ceux qu’on a aimés]

Le temps de l’absence lui paraissait – à juste titre – objet d’une vive douleur …

Cette douleur … qui ne l’a pas ressentie  lors la perte d’un être tendrement aimé ?

Et quand Jésus dit à ses apôtres «  Je suis avec vous, mais pour peu de temps », il signifie son départ proche.

Il prépare, avec une infinie délicatesse, des amis avec qui il a tout partagé pendant 3 ans.

Il sait combien ils vont se sentir orphelins, quelle déroute sera la leur dans le temps non quantifiable qui précédera  l’effusion de l’Esprit.

L’absence est toujours un temps difficile : c’est  le temps des questionnements et des incertitudes.

 

Je vous donne un commandement nouveau

Cette poignée d’hommes va inaugurer le temps de l’absence et le temps de l’absence va devenir le temps de l’Eglise.

Mais c’est l’Esprit qui fonde la communauté ecclésiale.Car Jésus n’a laissé :

– aucune directive sauf un commandement nouveau « Aimez-vous les uns les autres ».

– aucune hiérarchie sauf celle de l’amour mutuel,

– aucune structure sauf de « se laver les pieds les uns aux autres ».

 

J’ai eu le privilège en 1991 de vivre avec Jean Vanier ce geste inoubliable du lavement des pieds dans un pèlerinage ‘’ Foi et Lumière’’ à Lourdes pour l’anniversaire des vingt ans de sa fondation. C’est un moment d’une rare intensité spirituelle.

 

Hier, 18 mai 2019, un jeune de notre groupe de catéchèse, Jean Nicholas, a reçu le sacrement de confirmation.. Ses parents avaient tenu à inviter ses catéchistes à partager le repas réunissant au-delà de la Touraine, des Rwandais vivant en France. Plus d’une centaine de personnes.

Dans la conversation sur le Rwanda il fut question d’ethnies et j’ai admiré la réponse de plusieurs africains : « Nous ne parlons jamais d’ethnies, nous sommes tous Rwandais » Pour moi cette affirmation sereine et assumée était la victoire de la vie sur la mort, le triomphe de l’amour mutuel.

Soeur Françoise Chantal Lelimouzin o.p.

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Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent

Mes brebis : la brebis est cet animal différent du mouton en ce qu’il se laisse aller facilement à la découverte de la nature, de son environnement sans suivre une trajectoire précise, elle a tendance à ne pas se laisser guider. Dans le passage de l’évangile le Christ parle des hommes. Le dimanche passé il a confié la charge de ses brebis à l’apôtre Pierre.

Ecoutent ma voix : les brebis reconnaissent la voix du berger, parce qu’elles font confiance à cette voix qui ne trompe pas, qui conduit sur le bon chemin. Les « brebis » peuvent s’égarer, la voix ira les chercher, les ramènera sur le bon chemin. Le Christ nous invite à nous laisser conduire par Lui, il nous aime tellement que son amour et sa parole vont toujours allez à notre recherche.

Moi, je les connais : l’amour qui le lie à ses brebis, instaure une relation de confiance et de connaissance. Chaque brebis compte tellement pour Lui si bien qu’il les connaît individuellement et en prend soin.

Elles me suivent :le Christ se met à la tête de ses brebis et elles le suivent. C’est Lui qui est la tête, le guide. Elles le suivent parce qu’elles se savent aimées par Lui.

Les implications qui en ressortent sont que ces brebis ont la vie éternelle, elles ne périront jamais, personne ne les arrachera de sa main parce que Lui et le Père sont UN. Comme ils sont UN, Jésus nous mène là où il veut que nous soyons, dans son intimité avec le Père, comme Lui-même est dans l’intimité du Père. Le berger est donc celui qui révèle notre unique destinée : la vie éternelle.

Suivre celui dont nous écoutons la voix, c’est sortir de nos convoitises, cesser d’être prisonnier de nos plaisirs et de nous protéger en nous repliant sur nous –même : on ne peut se donner la vie à soi-même, mais seulement la recevoir et la donner. Dans le troupeau de Jésus-Christ, il n’y a certes que des brebis mais chacune est pour Lui unique au monde. Il la connaît, aucune ne ressemble à une autre. Chacune a son histoire singulière, ses blessures, ses limites et sa propre beauté qui n’est égale à aucune autre. Une brebis du Bon Dieu n’est pas quelqu’un qui cherche à se fondre dans le troupeau en devenant un modèle d’obéissance aux lois du groupe. Ce n’est pas quelqu’un qui se tourmente sans cesse de n’être pas un modèle. Une brebis de Dieu est quelqu’un qui croit que Dieu le connaît de fond en comble bien mieux qu’il ne se connaît lui-même et que c’est en toute connaissance de cause qu’il l’aime ,non parce qu’il est conforme à une loi mais parce que c’est lui. Dans le troupeau du Bon Dieu il n’y que des brebis mais, à ses yeux, elles sont toutes différentes les unes des autres ; personne n’a à se conformer à un modèle. Le seul et unique modèle qu’il faut chercher à ressembler c’est le Christ .Que Dieu Lui-même nous accorde la grâce qui nous aidera à nous laisser conduire par le bon Pasteur Jésus-Christ.

Prions pour les vocations afin que ceux et celles qui reçoivent un appel particulier écoutent la voix du bon pasteur et y répondent avec générosité pour se mettre au service de l’Eglise.

Sœur Patricia YAMEOGO  

Du vide comblé de grâce

Jetez le filet à droite de la barque ! Il faut être Dieu pour maitriser les espaces, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment. Les disciples, après tous ces évènements de mort-résurrection, ont rejoint leur activité habituelle et quotidienne. Et c’est au cœur de cette occupation que Jésus vient à leur rencontre. Dans leur souci de manque, d’échec, il leur désigne avec exactitude l’endroit certain de la réussite.

Que de surprises pareilles avons-nous parfois dans nos vies d’infécondité. Il nous indique bien souvent où aller, avec quoi s’y rendre, voire ce qu’il faut faire. Mais savons nous l’écouter, lui obéir assez promptement à l’instar des disciples qui n’ont pas douté de leur maitre même sans l’avoir reconnu à cet instant ? Car il en résulte un filet plein de poissons. Qui agit à son ordre en récolte les fruits. Des fruits qui normalement nous mènent à l’émerveillement. C’est le Seigneur ! S’exclama Jean. Mais il s’agit de s’étonner joyeusement d’avoir rencontré le Christ, de l’avoir vu agir sur nos chemins naturels, là où on ne l’attendait pas peut être.  L’émerveillement doit provenir d’une surprise agréable et vraie de la présence du Seigneur expérimentée. C’est bien là que peut reposer le fondement de notre amour pour lui.

Parce que nous sommes personnellement persuadés qu’il existe, que nous l’avons touché du cœur, que nous l’avons même senti agir, nous sommes prêts à l’aimer toute notre vie. Pierre nous en donne un bel exemple. « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » «Toi, tu le sais. Je t’aime. » Répondit Pierre à Jésus. Pierre précise : Toi. Comme pour dire : peu importe ce que pensent les autres vu mon reniement, peu importe mon incertitude à te rester fidèle, mais Toi, tu le sais. Tu sais que je t’aime. C’est cette conviction qu’il nous faut avoir. Au-delà de nos trahisons, nos limites, nos doutes, notre passé parfois lamentable, nous pouvons nous laisser immerger par la miséricorde de Dieu et lui renouveler sans peur notre amour pour Lui. Ne pas céder à la déception, au jugement des autres. Et alors, oser nous remettre en route sur les pas du Ressuscité. Le Vivant qui nous veut aussi vivant !

Pour cela Il a même l’air et l’audace de confier ses clés, son troupeau et l’avenir de celui-ci à cet apôtre qui est tombé. Par cette confiance placée en Pierre, Jésus nous pose la question à chacun de nous : m’aimes-tu vraiment ? Si oui laisse de coté tes pleurs, tes chagrins, tes échecs, tes peurs, tes fautes petites ou grandes et prends soin de toi et de mes brebis. Puisque Lui nous fait confiance, retournons-lui la même. Malgré nos péchés, il nous relève et nous apprend à considérer l’essentiel. C’est-à-dire notre amour pour Lui. Mieux encore, il nous confie de nouveau la responsabilité de notre vie et celle des autres.

Au Ressuscité, je dédie ce poème :

Jésus ! Tu es vivant !

Qui des apôtres aurait cru à ce soleil levant ?

Si Tu ne passais à leur coté ?

Pour leur révéler ta vraie identité ?

Un Dieu miséricordieux

Capable de nous regarder dans les yeux

Pour nous faire redire notre amour pour Lui

Car ce qui est important dépasse notre ouïe

Merci Jésus de nous joindre sur nos routes

Des voies qui nous plongent parfois dans des doutes

Demeure avec nous O Ressuscité car il se fait tard

Si nous perdons l’instrument tel la cithare

Qui nous rappelle par sa musique

Que nous pouvons faire de nos vies de belles lyriques.

 

Sr  Maria Virginie DOLEBZANGA      

Le CHRIST est Ressuscité, Il est vraiment Ressuscité !

 (En Jean Ch. 20 v. 19 à 29)

Depuis le Matin de PAQUES, nous ne cessons de penser à cet Evènement et entre Chrétiens, c’est encore ce que nous essayons de dire et de redire dans nos rencontres : « Le Christ est ressuscité ! »comme si cela était nouveau, un message répété, parce que ces jours-ci, après un Carême plus ou moins bien vécu, on se réveille, on reprend les textes des Evangélistes, les Actes des Apôtres….et nous croyons et nous annonçons : « Le Christ est vraiment Ressuscité ! »

Toutes ces « apparitions » de Celui-Ci JESUS! que certains d’entre les disciples avaient vu mort, enseveli… d’autres qui n’avaient pas pu ou voulu suivre de près  cet Homme, son arrestation, sa condamnation hâtive, son crucifiement, sa mort et son ensevelissement dans le tombeau ! La peur, l’horreur, même Pierre qui avait essayé de suivre Jésus et au même moment avait juré qu’il ne connaissait pas cet Homme ! Et tous les habitants de Jérusalem avaient pris plus ou moins connaissance de ce qui se passait, mais de quelle façon !

Après cette tragédie, le désespoir pour certains : Apôtres, Disciples. On se retrouve pour parler, essayer de comprendre, le pourquoi … Et le matin du 3éme jour, après avoir entendu d’abord les femmes dire que le corps de Jésus n’est plus dans le tombeau, puis Pierre, Jean qui y sont aller au tombeau pour voir, et en fin d’après-midi deux disciples qui repartaient sur Emmaüs, ont cheminé avec Lui, sans le reconnaître…. Pouvait-on donner  foi en ces témoins ? Cependant, l’un ou l’autre l’avait reconnu : Marie-Madeleine, le son de sa voix, à Emmaüs, le partage du pain …. Et les messagers (des anges) annonçant que JESUS n’est plus là, qu’Il est Ressuscité ! Qu’Il faut le chercher ailleurs ? Des Signes signifiant bien la Vie de Ressuscité. Et  Jean qui est sûr, Il croit que Jésus est Vivant, le tombeau vide lui suffit pour croire! Jésus est Vivant, ressuscité !

Alors, on se rassemble encore et on se verrouille dans la maison, peut-être la maison où l’on avait partagé le repas de la Pâque, le jeudi soir. Peur sans doute des juifs, des romains, ceux qui avaient mis à mort le condamné, ceux qui l’avaient fait taire ! Chagrin qui fait qu’on se replie sur sa peine, qu’on regrette de n’avoir pas été à la hauteur de l’évènement, on est accablé de fatigue et en même temps d’en l’entre-deux : « Croire ou ne pas croire en ces témoins un peu fragiles, sous l’émotion…. »

Et le soir de ce même jour… bien que les portes soient verrouillées, JESUS vint, Il leur dit : « la PAIX soit avec vous » et tout en parlant, Il montre ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la Joie. Et Jésus redit cette phrase : « La Paix soit avec vous » « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, Je vous envoie » ayant ainsi parlé, Il souffla sur eux  et leur dit : « Recevez l’Esprit-Saint » « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus »

En ce passage, tout est contenu ! La Paix donnée, pas n’importe quelle paix, la Vie de DIEU, l’Amour de DIEU ! Tout a été réalisé en Moi, à votre tour maintenant, recevez l’ESPRIT-SAINT, Je vous envoie…  Maintenant, vous pouvez en mon Nom donner, pardonner… Le Souffle de Dieu, la Vie du Christ Ressuscité leur est donnés pour qu’ils puissent annoncer ….. et donner la Vie du Ressuscité !

Encore un temps pour s’imprégner de cette réalité et de leur mission, un temps de réflexion, d’assimilation, de mûrissement de ce qu’ils ont vécu pendant ces trois années avec le Maître avant la grande épreuve, revoir tous les enseignements, mais avec la Lumière, la Force du Christ Ressuscité   et enfin recevoir l’Esprit en plénitude à la Pentecôte !

Cette année, ce texte nous a parlé ainsi ; très souvent, en d’autre temps ou lieux, nous nous sommes arrêtés sur la suite de ce récit, où dans le même contexte Jésus apparaît aux disciples huit jours plus tard, et leur redira « la Paix soit avec vous » …etc.  Mais l’un des douze apôtres Thomas, le premier jour de la semaine n’était pas là, Il doutait, ne voulait pas croire en la parole de ses amis et voulait voir, lui-même des signes concrets de la Résurrection : « si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ». Thomas voit et croit, reconnaît et dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et sans doute, ce passage a été écrit pour nous  parfois, qui avons encore des réactions un peu semblables, des doutes, des questionnements !  « Croire sans voir, c’est cela la Foi ! »

Merci Christ et Seigneur, de nous donner à suivre les  premiers témoins de ta Résurrection ! Nous nous appuyons sur leur Foi, et sur les signes que tu nous donnes encore par tous les témoins d’hier et d’aujourd’hui !

Et à notre tour puissions-nous être des témoins de la Résurrection du Christ par l’Annonce : «Le Christ est Ressuscité, Il est vraiment Ressuscité »et par nos actes qui témoigneront de cette annonce !

                                Sœur Marie Christine COUSIN

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Notre Dame

 

Notre Dame

Éditorial du 23 avril 2019 RCF.

Rarement dans l’histoire cette invocation aura-elle été prononcée, en quelques jours, des dizaines et centaines de milliers de fois, par les médias, les religieux et politiques du monde entier, les réseaux sociaux, et surtout par chacun de nous.

En cette Sainte Semaine, Notre Dame de toutes douleurs fut invoquée sans cesse. Car elle est de toutes nos causes : notre Dame d’Espérance, Notre Dame des larmes, notre Dame de grâce, Notre Dame des affligés… Elle est notre compagne en toutes choses, les noces comme les drames.

La nommer, c’est en appeler à sa présence, à sa protection. Car en ce monde si brutal, où au jour de Pâques, des chrétiens, au Sri Lanka, se font assassiner en célébrant l’amour de Dieu venu vaincre la mort, nous avons infiniment besoin d’une protection du dedans du cœur et de l’âme.

Deux choses nous sont nécessaires pour vivre, intimement comme socialement : des liens et des lieux. Des liens, amoureux, amicaux, familiaux, sociaux. Des liens qui nous reconnaissent parmi les vivants, nous donnent une place en ce monde pour exister. Dans ces liens, il y a Notre Dame, une femme qui a aimé Jésus, cet enfant, plus que quiconque, qui a chéri le Christ, cet homme, comme personne. Une femme de chair et de sang, compagne de toutes les femmes désespérées et combattantes, de toutes les humiliées qui refusent de se résigner.

Des liens donc. Mais des lieux aussi.

Notre Dame est de ces lieux, ici à Paris, comme il y a des dizaines de milliers de Notre Dame dans le monde. Notre Dame est alors cette adresse qui raconte nos racines et nous rappelle que nous venons de plus que nous-mêmes. La foi comme la beauté ne se font ni en un jour ni en mille. En ce lieu, la prière au Dieu unique, en toutes langues, s’est infiltrée en chaque pierre.

Notre Dame du monde, qui est à Paris comme elle est aussi à Port au Prince, à Alep ou à Colombo, notre Dame est toujours celle des pauvres que nous sommes, mendiants de liens autant que de lieux pour consoler et reposer notre âme.

Si Notre Dame attend son relèvement, elle implore qu’il en soit de même pour tous les grands brûlés, victimes de son Église, victimes de notre injustice ou de notre indifférence. Faisons-lui cette promesse.

 

Véronique Margron op.  

 

 

L’autre disciple

 

Toile Régis Hesloin (RH création). Passage, janvier 2019.

 

Pierre et l’autre disciple, «celui que Jésus aimait», entrent dans le tombeau. À peine seront-ils repartis que Marie de Magdala s’y penchera. Elle y découvrira deux anges vêtus de blanc (Jn 20, 12), puis se retournant dehors, c’est Jésus qui se fera reconnaître d’elle.
En ce jour après le sabbat, il nous est dit que la Résurrection n’est pas un vide, une absence, mais bien au contraire une présence paradoxale.
Là où la mort devrait être, dans le tombeau, va se dire que le regard doit se porter ailleurs, dehors.
Là où l’aimé allait être pleuré, vénéré par des femmes, se raconte qu’il faut porter son cœur plus loin : vers l’impensable d’une vie qui resurgit.
Le récit commence par la venue de Marie-Madeleine au tombeau. Et c’est parce qu’elle ne trouve pas le corps du Seigneur qu’elle fait venir les deux disciples. Ils entrent et sortent. Comme le mouvement d’une vie, de toute vie. Leurs corps épousent ce qui est advenu au corps de Jésus qui est entré, mort, en ce tombeau. Mais en est aussi ressorti, vivant.
Métaphore de la foi. Métaphore du sens de l’existence. Le cœur de nos histoires se tient dans ce geste : consentir à passer de la mort à la vie, avec celui qui était mort et qui est le vivant. Ces deux hommes qui sortent du tombeau sont nos précurseurs. Ils préfigurent ce qu’il advient pour chacun de nous, comme ce qui nous est promis. Leurs corps passent du lieu de la mort, du silence, du scandale de la souffrance et de l’injustice, au grand espace de la vie. Elle qui ne peut s’enfermer, y compris quand nos corps sont contraints. Croire qu’avec lui nous pouvons déjà traverser ce qui est du côté de la mort.
C’est à nous que la question est posée aujourd’hui : désirons-nous sortir de nos enfermements avec le Christ ? Pouvons-nous le croire ? À la suite des deux disciples des commencements des temps nouveaux, car si l’un est Pierre, unique, l’autre apparaît telle une silhouette. Et si c’était, là, chacun de nous ?

Soeur Véronique Margron op


Tout est dit

Qui cherchez-vous ?

                                        Que voulez-vous ?

                                                                                  Voici l’homme !…

Jésus est livré à la foule trop riche de ses  comptes à régler … un pauvre est jeté  en pâture. Et tout se joue en l’espace de quelques heures…..

  • un procès qui n’en n’est pas un
  • un condamné qui n’a rien fait de mal, contre lequel Pilate lui-même n’a rien retenu
  • une foule manipulée par les prêtres, qui ne sait plus qui elle est, ni ce qu’elle fait,  ni pourquoi elle le fait

À vrai dire, il nous en faut du temps pour essayer de mieux  comprendre le sens de  la longue montée de Jésus vers Jérusalem, son dernier repas, sa traversée du Jardin des Oliviers, son arrestation, sa condamnation et sa lente ascension vers le Golgotha…

Il nous  en faut du temps pour comprendre cet amour fou qui, cloué sur la croix, devient source de vie pour toute l’humanité.

Devant le Christ en croix, il n’y a plus rien à dire…. Seul le silence peut parler. Au pied de la Croix, ce sont nos propres vies que nous sommes appelés à regarder. Au pied de la Croix, ce sont nos propres chemins de croix que nous sommes appelés à revisiter. Certes, pas simplement les nôtres, mais aussi les chemins de croix des autres, de tous nos frères et sœurs du monde entier.

La vie de Jésus, à l’image de la nôtre, est arrivée à une heure que chacun aimerait éviter : celle des ténèbres. Ténèbres des cœurs qui le jugent ; ténèbres de la corruption qui vient détruire le seul pur et le seul juste ; ténèbres de la peur dans laquelle Pierre se débat ; ténèbres de la souffrance et de l’abandon ; Ténèbres de la persécution, ténèbres de l’oppression. Ténèbres du meurtre et de la violence.

Ténèbres qui sont aussi les nôtres aujourd’hui : dans la maladie ou l’épreuve, dans la solitude ou dans l’abandon, dans la tentation, dans le mal, dans la tristesse ou dans le désespoir; dans la misère ou dans injustice, dans la violence ou dans l’oppression.

À la neuvième heure (c’est-à-dire vers 3h de l’après-midi) Jésus poussa un grand cri: «  Eli Eli, lama sabachthani » ce qui veut dire : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Il est intéressant de constater que Marc et Mathieu ont transcrit  ces paroles du Christ en araméen, comme ils le font pour les paroles les plus impressionnantes de Jésus dans de circonstances spéciales :  « Ephphata »,   » Rabbouni « ,  » Abba »… En ce moment précis, ces paroles sont certainement authentiques et ô combien troublantes. Jésus se sent abandonné par son Père.

Psychologiquement, humainement, Jésus ressent une grande solitude, effectivement une sorte d’abandon. Mais cependant on ne peut pas dire, comme André Gide en s’appuyant sur ce cri, que Jésus soit mort désespéré. Bien sûr cette détresse est réelle, mais il ne s’agit pas à proprement parler de désespoir, car celui-ci signifie qu’on a perdu la confiance en Dieu. La détresse, elle, résulte simplement d’une immense tristesse et d’une grande désolation.Jésus par la volonté du Père a vécu la tragédie que représente toute mort humaine. La peur de la mort, pour lui particulièrement ignominieuse, mort qu’il avait demandée à son Père de lui épargner à  Gethsémani. Mais il s’est incliné devant la volonté du Père.

La détresse de Jésus, exprimée dans cette phrase:  » Eli Eli lama sabachthani « , nous le savons, est reprise du premier verset du Psaume 22 . Elle a donné lieu à de multiples  interprétations, mais en prononçant ce verset, Jésus a voulu montrer que l’Ecriture s’accomplit en lui et que le psalmiste  annonçait sa propre plainte. Il est intéressant de souligner aussi que ce psaume qui a commencé dans l’angoisse s’achève dans la confiance. « Que ta volonté  soit faite et non la mienne « Jésus en fidèle Fils de Dieu, s’abandonne  pleinement à Lui.

 Et, à notre tour, c’est cette confiance absolue en Jésus Ressuscité que nous devons avoir. Lorsque nous contemplons la Croix, pensons toujours que du haut de cette Croix, c’est Lui qui nous regarde avec une immense tendresse, avec Amour, un amour démesuré. En étendant ses bras entre ciel et terre, notre Frère nous a précédés auprès du Père où il nous attend dans la joie parfaite de la Résurrection.

Soeur Maria Fabiola Velasquez