Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi

L’évangile de Matthieu au chapitre 20 parle de salaire et de bonté. Mais il défait nos modèles et nous place dans un monde où l’on ne mesure pas, où l’on ne pèse pas, où l’on ne calcule pas. Le maître de la vigne a choisi de donner un denier à ceux qui travailleraient pour lui. Les premiers commencent tôt, d’autres arrivent en cours de route, et les ouvriers de la dernière heure, que le maître embauchent pourtant, sont tous payés de la même façon, un denier. Il est bien précisé qu’ils ne sont pas faignants, mais bien chômeurs, et que « personne ne les a embauchés ».

Ceux qui se plaignent de leur salaire sont les ouvriers de la première heure qui espéraient bien être payés au pro rata de leur effort, donc plus que les derniers arrivés. Ils n’ont pas compris que le don n’est pas un dû.

Pourtant, nous avions été prévenus par Isaïe, le prophète du Seigneur, « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. » Les uns et les autres n’ont pas à comparer leur peine, et le denier n’est rien d’autre que la métaphore de ce que Dieu donne à ceux qui le laissent venir à eux : sa tendresse, qui ne se pèse ni ne se mesure en demi tendresse ou quart de tendresse. Reste pour nous cet aiguillon : Qui va dire à ceux qui attendent que le maître embauche ? Et comment nous convertir à la bonté de maître pour devenir comme lui et donner ce qui n’a pas de prix, sans mesurer ni compter : notre attention, notre présence, notre temps, notre tendresse ?

N’est-ce pas cela, travailler à la vigne du maître ? Et ne sommes-nous pas tous en retard sur le maître pour comprendre ce qu’il espère de nous et quitter le marchandage pour entrer en gratuité ?

Anne Lécu op  

Soixante dix fois sept fois

Dans l’évangile de ce dimanche 06 septembre, Matthieu nous donne à méditer sur la correction fraternelle.  Ce passage s’inscrit entre, d’une part la parabole de la brebis égarée (Mt 18,10-14) et de l’autre, une réponse de Jésus à Pierre qui l’interroge sur le pardon à accorder aux frères. La réponse que donne Jésus à ses disciples est exigeante ; il leur demande de pardonner jusqu’à soixante-dix fois sept fois. Cela signifie que, dans la perspective de l’évangile, l’exclusion d’un membre défaillant ne doit pas être définitive. Prendre du temps pour ramener un frère sur le droit chemin nous rappelle notre propre fragilité vis-à-vis des autres. Nous avons besoin nous aussi des autres pour nous comprendre et prendre le temps de nous laisser nous refaire et nous convertir. En plus de cela la vie fraternelle ne peut être féconde que si les membres vivent une correction fraternelle entre eux, s’ils s’unissent pour confier leurs projets communs à Dieu, et s’ils vivent le pardon entre eux, sans limites, ni frein. Ici la correction fraternelle nous demande de veiller les uns sur les autres en osant nous interpeler. Avoir un contact direct et vrai avec la personne que nous pensons en faute pour connaître les raisons de son agir. En dépit de tout, si une faute est avérée, s’il n’y a pas possibilité de s’entendre faire appel à des témoins ou à l’Église pour nous aider à résoudre le différend sans aller devant un tribunal. La parole directe, le dialogue vrai et la confiance sont bien préférables car ils sont acte de foi et d’espérance en l’humain et la possibilité de relations franches et directes exprimées en  leur vérité et partagées.  On dit souvent que, le linge sale se lave en famille. L’Eglise est notre famille unie en Dieu qui veille sur ses membres par sa présence visible et invisible au milieu de nous. Cela nous aidera à comprendre mieux le rôle de l’Église dans le processus qui consiste à aider le frère pécheur à revenir à Dieu et à se laisser réconcilier. Comment vivons-nous tout cela dans nos propres communautés ? sommes-nous prêtes à aider une sœur dans cette situation ? Et mon rapport et ma pratique du sacrement de la réconciliation : où en suis-je ? Demandons continuellement à Dieu la grâce de nous venir en aide face à nos frères en faute afin, de les aider à la lumière de l’Evangile à grandir et à se convertir selon  sa volonté et non la nôtre. Que Marie notre mère nous y aide dans le quotidien de notre vie de foi à la suite du Christ notre Seigneur et notre Dieu.

 

Soeur Madeleine Dedoui

Fraternité

« Je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël », ainsi commence la lecture du prophète Ezéchiel de ce dimanche (ch. 33, 7) Guetteur. Belle ambition pour ceux et celles qui désirent ardemment une communauté simplement plus cohérente avec ce qu’elle croit. Guetteur et non surveillant. Là est aussi le projet de cette page d’évangile.

 

Pourtant, à la lecture, deux écueils se présentent d’emblée.

Tout d’abord, qui suis-je pour oser parler, aller voir celui qui est tombé, qui s’est écarté, voire perdu ? Ne faut-il pas d’abord regarder la poutre qui est dans mon œil avant de me soucier de la paille (Mt 7, 1-5) qui est dans celui du frère ou de la sœur ? Alors soyons clairs : je ne suis pas là pour régler des comptes, faire la morale, ni m’instaurer redresseur de torts. Si je peux m’adresser à ma sœur, mon frère, c’est dans une solidarité des bras cassés, dans ma propre conscience de mes errements.

 

Mais il est une autre difficulté, plus redoutable : Nous savons – bien tard – combien il est des fautes commises, des crimes, des atteintes à la liberté, à la dignité, à l’intégrité et la conscience de l’autre, dont l’enfant, qui ne peuvent relever d’un tête à tête, ni de deux ou trois témoins, ni même toute la communauté. Mais bien de la justice. Imaginer qu’aller trouver un manipulateur est la voie de la conversion est un leurre sur notre puissance. Ce n’est pas à la conscience du bourreau qu’il convient d’en appeler, comme si le mal commis pouvait rester en « petit comité ». Mais à la société des hommes afin que le tiers de justice se dresse, juge, atteste du mal subi par la victime et répare ce qui peut l’être. Nous savons combien l’entre-soi aura participé à plus de violence et de douleurs encore. Abîmant aussi l’intégrité de la communauté du Christ.

 

C’est alors dans la conscience vive de ces deux obstacles que je peux m’approcher de cette page de Matthieu. Et de quoi s’agit-il ? Non de gagner la bataille des arguments, de ma vérité, de prévaloir sur l’autre, mais de « gagner un frère ». Voilà le courage, le devenir frère. Ce frère que je vais trouver est donc celui-ci là que j’espère gagner, non pour moi, mais pour lui, pour nous ensemble, boiteux, tous. Essentiel. « Frère » car fils et fille du même Père, frère et sœur du même fils unique, le Christ. Voilà ce dont il est question.

Cette fraternité-là n’est pas une donnée, mais un projet, une passion. Car il est tant de fraternités mortifères, familiales parfois, mais aussi et en ces temps où des tueurs, au nom d’un dieu imaginaire et sanguinaire, se revendiquent frères, « à l’heure où certains ont fanatisé cette fraternité pour en faire le cœur de leur croisade macabre », écrivait la rabbin Delphine Horvilleur. Fraternités dévoyées.

 

Celle du Christ, loin de l’entre-soi, est bienfaisante et mobile. Une fraternité comme promesse, non sur le mode de l’identité, mais de l’intensité, dans une reconnaissance mutuelle. Non contre, mais pour d’autres, en leur faveur, comme le signe de ce que nous espérons devenir. Voilà l’unique motivation pour oser faire face avec à l’autre et lui parler, dans « l’humilité et la charité affectueuse » dit une règle de Qumrân. Lui parler et si besoin en appeler à des témoins et à la communauté du Christ. Au nom de Christ, rien d’autre.

Ce Christ qui sait parler, lui, et lui seul peut-être, au païen et au publicain ; y compris à cette part perdue en chacun de nous. Lui qui sait les reconnaître et les aimer jusqu’à en faire ses témoins privilégiés du salut, gratuit et surabondant. Personne n’est illégitime.

Véronique Margron op.

 

Dernier livre paru : L’échec traversé, avec Fred Poché, réédition, Albin Michel 2020

Pensées de Dieu, pensées des hommes

Juste avant ce récit, Jésus nous a demandé : « Pour vous qui suis-je ? »  Une force intérieure a fait sortir de ma bouche ces paroles : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». La réaction de Jésus m’a rendu heureux : « Heureux es-tu, c’est mon Père qui est dans les cieux qui t’a révélé cela » et en plus Il m’a confié une mission, Il a dit que je suis Pierre et que sur cette pierre je construirai mon Église. J’étais un peu aux anges et stupéfait en même temps. Mais avais-je bien compris ces paroles de Jésus, leur sens et leur portée ?

Nous avons vu les merveilles qu’Il a faites (guérison, pardon, résurrection…), pour nous Il était le tout puissant selon nos vues humaines, Celui qui peut d’un coup « de baguette magique » changer les choses et puis voilà que d’un seul coup Il part vers Jérusalem et nous parle qu’Il va souffrir et mourir, vous y comprenez quelque chose ? Pas moi. Alors je me suis écrié « cela ne t’arrivera pas », inconcevable pour moi, mais en faisant cela, sans m’en rendre compte je voulais enfermer Jésus dans ma conception que je me faisais de Lui. Et puis la souffrance, la croix, cela rebute. Et sa réaction : « Tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».  Quel coup, je n’avais rien compris et en même temps il ouvrait quelque chose en moi. Je découvrais le sens de ce que j’ai pu expérimenter dans le compagnonnage avec Lui, la Source de la force qui Lui permettra de surmonter son épreuve : « Il avait sans cesse les yeux tournés vers Dieu ».

Si nous gardons cette fidélité, cette relation avec Lui en Dieu, nous aurons non seulement la force de vivre les épreuves de la vie mais aussi la grâce de découvrir que le suivre c’est :

  • Aimer : aimer c’est tout donner
  • C’est aimer jusqu’au bout, pleinement
  • C’est perdre pour gagner l’essentiel : Sa Vie en plénitude donnée chaque jour
  • C’est laisser Dieu travailler nos résistances intérieures
  • Laisser Dieu par Jésus nous retourner non pour être devant Lui et Lui dicter ce qu’Il doit faire, mais marcher à sa suite, derrière Lui. Oui renoncer à se donner soi-même le sens de sa vie, mais accepter de le recevoir d’un Autre.

A ne plus vivre avec le Christ comme un élément de mon existence, mais à le mettre au centre de ma vie, me laisser conduire par Lui.

Humainement, il nous est difficile d’accepter la réalité de la Croix et d’en découvrir son sens profond et de s’y ouvrir. Oui ne pas garder sa vie pour soi mais la donner à un Autre pour recevoir de Lui la vraie Vie, chemin de Joie et de Liberté intérieures qui nous ouvre à l’Amour vrai. Oui la Puissance de Jésus est autre que notre puissance terrestre. Il nous dit : « la Croix seule est la non puissance de Dieu, la Résurrection seule est la toute Puissance de Dieu ».

Vous pensez comme moi, qu’il n’est pas facile de rentrer dans cette réalité de Jésus, pas facile de faire la volonté de Son Père, exposant sa vulnérabilité, sa fragilité, parce qu’Il n’est qu’Amour. Pas facile d’accepter sa non-puissance, de donner Sa vie pour nous sauver et recevoir de Dieu la Puissance de la Résurrection qu’IL nous donne à chacun. D’ailleurs juste après Il nous fait vivre une expérience inoubliable, que nous ne comprenons pas bien sur le coup, mais qui sera une force pour nous lors de sa Passion et sa mort : Il est transfiguré devant nous, plus blanc que nature, prémices de la Gloire qui l’attend par sa Résurrection, nous disant que la mort n’aura pas le dernier mot et qu’une Joie, qu’une Vie sans fin nous attend, qu’Il doit pour cela vivre sa mission jusqu’au bout. Le chemin avec Lui n’est pas fini, il en faut du temps, des épreuves, des souffrances, des joies, des grâces pour comprendre un peu de Son mystère d’Amour, pour se laisser transformer et changer notre cœur pour qu’Il continue son œuvre en nous et par nous pour le monde.

Soeur Catherine Arrondel

Je te donnerai les clés du Royaume des cieux

 

Que de sueurs froides nous font passer ces maudites clés lorsque au moment de partir, celle de la porte d’entrée, à moins que ce ne soit celle de la voiture,  ne sont pas au rendez-vous !….

Dans l’Evangile, il s’agit de clés pour entrer dans le Royaume des Cieux.

Le pluriel suggère tout un trousseau.

S’il y a des clés, c’est qu’il ya des portes.
… des portes pour enter dans le Royaume.
… plusieurs accès …
Sinon une seule clé aurait suffi.

Confier une clé ou un trousseau à quelqu’un c’est lui faire confiance.

C’est lui permettre d’entrer et de circuler librement à l’intérieur.
Qu’il soit comme chez lui.

C’est en quelque sorte se livrer un peu à lui : il remarquera les livres que j’aime et la musique que j’écoute …

Dieu nous a donné les clés du Royaume
Qu’en avons-nous nous fait ?
Quelles portes ai-je ouvertes ?

La clé de la réconciliation, l’ai-je perdue et pas cherchée ?

La clé de la confiance, l’ai-je enfouie dans les profondeurs de mes poches ?
La clé du service à rendre, l’ai-je laissée sur la table pour que quelqu’un d’autre la prenne ?

La clé de la bonne humeur, au clou dans le vestibule ?

Celle de l’ordinateur pour répondre à ce message qui appelle au secours,  à la corbeille ?

La clé du dialogue ?

La clé de la prière ?

La clé du silence ?

La clé de la bienveillance et celle de l’indulgence ?

La clé de l’espérance … l’ai-je offerte à qui en avait besoin pour reprendre pied ?
la clé du portable fermé pour avoir la paix ? ……

La clé de la cohérence entre l’être, le dire et le faire ?

La clé du risque : risquer une parole, un sourire même masqué, risquer un geste de bienvenue, d’apaisement…

Alors c’est un passe-partout qu’il me faudrait !

Mais …. si  ….. clé voulait aussi dire  … solution, signification, sens ?…

Les clés du sens de ma vie pour entrer dans le Royaume de Cieux ?

 

Sœur Françoise-Chantal op  

Car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples ».

« Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens ».

Ce n’est pas un hasard si ce récit de l’évangile se situe entre deux  multiplications des pains : Mat.14, 13 et Mat. 15,32.  Dans Jn 6,34,après la multiplication des pains,  Jésus  annonce : « Je suis le pain de vie ». Cela la femme cananéenne l’a  déjà deviné. C’est pourquoi elle a cette réponse désarmante et tellement juste  dans sa  simplicité : « Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ».  Jésus est précédé par sa réputation de guérisseur messianique : Seigneur, Fils de David ! ». Et la cananéenne sans aucune retenue, poussée par la souffrance dont elle voudrait être libérée pour sa fille et elle-même, en dépit des rebuffades qu’elle reçoit de la part  des disciples et de Jésus lui-même, crie…affirmant,  par cela même, sa foi en lui et son espoir d’être entendue. Elle se prosterne. Elle  montre  ainsi que de lui seul peut venir son salut, lui en qui elle  reconnaît,  par cette attitude, le bon Maître dont elle souhaiterait  partager la table.

L’émotion de Jésus s’exprime à travers son cri d’admiration: « Ô femme, grande est ta foi ! ».

Quelle aventure pour Jésus ! Après une controverse avec les pharisiens et les scribes, le texte dit qu’ « il se retira dans la région (païenne) de Tyr et de Sidon ». On peut penser qu’il voulait mettre un peu de distance d’avec ses détracteurs et prendre du repos. Mais ce fut le lieu, d’un changement  providentiel  de regard sur sa mission divine.

Isaïe l’avait prophétisé : « Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur …je les comblerai de joie dan ma maison de prière… » Es 56,7

Comblée, oui ! Au lieu de miettes qu’elle réclamait,  la païenne reçut le pain des enfants, Jésus lui-même, qui lui apporte l’amour du Père. Il la   restaure ainsi,  elle et son peuple, dans l’amitié avec le Dieu de l’Alliance, Ce Dieu qui nourrit, guérit, qui ressuscite en redonnant la joie de vivre.

L’humilité du Christ a rencontré l’humilité de la cananéenne ; rencontre merveilleuse, prémisse parmi d’autres, d’une aube nouvelle pour l’humanité.

Aujourd’hui, ce texte nous touche dans les profondeurs encore paganisées de notre être solidaire  du monde tellement « malmené par le démon » Mat. 15,22.

« Jésus, toi la Vérité révélée, vers toi nous venons demander la guérison de nos maux, de nos blessures, de notre péché. Entends  nos cris  montant du creux de nous-mêmes et du cœur de notre monde, à travers celui de la cananéenne : « Seigneur, viens à mon secours ».

 

                   Sœur Viviane

 

Une main tendue

Après l’Evangile de la multiplication des pains, la Parole de Dieu ce dimanche nous invite à méditer sur la main tendue que Jésus offre à Pierre. Après que la foule a été rassasiée, elle cherche Jésus parce qu’il lui avait donné à manger. Les disciples, ceux qui étaient les plus proches de Jésus, ne pouvaient pas comprendre la façon d’agir de leur maître.

Jésus part seul. Peut-être veut-il  prendre un moment de vis-à-vis avec son Père ? Mais peut-être désirait-il aussi mettre de la distance avec ses disciples. Leur laisser la possibilité de partager entre eux, de ressentir l’effet produit en chacun par le miracle dont ils venaient d’être témoins.

L’image de cette barque qui s’éloigne est pour moi le signe d’un appel fait aux disciples de s’éloigner de leurs certitudes ; de prendre le temps du discernement, pour accueillir le message de l’évènement de la multiplication des pains qu’ils venaient de vivre.

Jésus viens vers eux. L’Evangile précise que c’était vers la fin de la nuit à la quatrième veille, au petit jour. C’est le moment où, entre « chien et loup », on  n’arrive pas à distinguer, à faire la différence entre les choses.

Jésus vient vers ses disciples. Il marche sur les eaux. Ses disciples voient un fantôme, une apparition surnaturelle d’un mort ! Ils sont effrayés. Jésus leur parle. Il les rassure : « Courage, c’est moi, n’ayez pas peur ».

Alors Pierre ose se lancer ce défi « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne que je vienne près de toi ». « Si c’est bien toi », Pierre a besoin d’être convaincu de la véritable identité de celui qui leur parle ; sa confiance n’est pas aveugle. « Viens », c’est la réponse sans ambigüité, de Jésus. Alors Pierre sauta le pas et marche vers Jésus manifestant, dans un premier temps, une intrépide assurance.

Mais très vite, la fureur des éléments de ce lieu de mort qu’est la mer, a raison de sa foi. Devant l’anormalité de la situation, la frayeur reprend le dessus..

Alors il crie,  comme Jonas le fit en son temps coulant au fond de la mer. « Seigneur, au secours ! ». A ce cri, Jésus tend la main et le rattrape : « Homme de peu de foi ! ». Le cri de Pierre est pourtant un cri de foi à l’adresse de celui qui pouvait, dans l’urgence, le sauver ; mais comptant sur lui-même pour marcher sur l’eau, peut-être n’avait-il pas compris que sans Jésus, il n’y a pas de salut possible. Pierre a besoin de temps pour connaitre, accueillir et comprendre le message et la personne de Jésus. Il doit continuer à mettre au clair dans sa vie l’image qu’il a de Jésus. Son cheminement avec lui devra le conduire à dire « vraiment tu es le Fis de Dieu », non pas parce que Jésus l’a sauvé des eaux, mais parce qu’il a découvert que celui qui lui tend la main est celui seul qui peut le « sauver ».

Dans ma vie, et même après des années de consécration, de temps de prière… j’ai expérimenté comme Pierre des élans de certitudes où je crois tout pouvoir faire, supporter, assumer seule, où c’est ma raison qui l’emporte… et comme Pierre, des moment de foi en celui qui me tend la main et qui «  me sort du gouffre des eaux », comme le dit le psaume.

Jésus me rappelle, que dans ma relation avec Lui, si le doute s’insinue, je dois être attentive à toujours prendre la main qu’il me tend dans la médiation de sa parole, des sacrements , mais aussi des  médiations  humaines.  Soyons conscients que la main tendue de Jésus passe par notre relation avec les autres. Soyons une  main tendue les uns vers les autres,  et accueillons avec humilité la main que les autres, au nom de Jésus, nous tendent.

Soeur Amanda Mancipe

Saisi de compassion

Jésus vient de perdre tout à la fois son cousin et ami,  Jean Baptiste, d’une manière aussi cruelle que violente à cause de l’orgueil d’un homme et de la rancune d’une femme.

On peut aisément comprendre le chagrin et la douleur qu’il peut éprouver comme tout un chacun. Tous deux étaient liés l’un à l’autre bien au-delà de leur humanité, dès avant leur naissance. Pour Jean Baptiste, Jésus était l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ( Jn 1, 29).  Celui dont il n’était pas digne de défaire les sandales parce qu’avant lui, Il est. ( Jn1,19-30;Lc 3,16 et ss)…

Pour Jésus , Jean  est  son prophète(Mt.11,11)  la lampe ardente et lumineuse (Jn.5,35ss), son fidèle témoin (Jn1, 17 ss) et son précurseur jusque dans sa mort violente.

C’est dire à quel point Jésus, dans son humanité, peut être troublé par sa disparition et éprouvé le besoin de se mettre à l’écart.

Peut-être que les foules elles aussi, ont saisi quelque chose du drame qui vient de se produire et vont chercher leur consolation auprès de Celui qu’elles  reconnaissent aussi comme étant un prophète avec l’espérance que Dieu ne les a pas abandonnées. Jésus comprend leur plainte et l’ampleur de leur désir et se trouve “saisi de compassion”. Et aussitôt, s’oubliant lui-même, il se met à les consoler , à guérir ceux qu’ils aiment et tous ceux qui se présentent en quête d’un salut.

C’est la compassion, l’amour de DIEU pour l’humanité souffrante qui agit Jésus dans ces actes de miséricorde à l’égard des personnes qui attendent tout de Lui. Il n’a de cesse que de les consoler mais aussi de les rassasier aussi bien moralement que physiquement.

Bien souvent, comme nous le faisons nous-mêmes, les disciples sont fatigués et ( appréhendant sans doute, la suite de cette longue journée) proposent à Jésus de renvoyer les foules pour qu’elles se trouvent  quelque chose à manger . L’argument est bon mais Jésus ne s’y arrête pas et renvoie les disciples à leur propres capacités d’action pour trouver une meilleure solution conforme à la volonté du Seigneur. Dieu ne peut renvoyer simplement ceux qui se tournent vers Lui. Sa compassion va au-delà et concerne tout l’humain ,y compris dans ce besoin primaire qui est de se nourrir pour vivre et cela parcourt toute la bible.

Alors pour les disciples , il s’agit de partir de ce qu’ils ont…même pas grand chose, au regard des foules; le Seigneur fera le reste. Ils doivent encore l’apprendre du maître et s’en souvenir. Etre sûrs que leur foi en Jésus pourra tout réaliser, après son retour au Père.

Reconnaître que ce qui jaillit du coeur de miséricorde du Christ, c’est l’abondance inépuisable de l’amour du coeur de notre Dieu et Père(Rm8, 37-39)

C’est de cela que les disciples auront à témoigner jusqu’à son retour.

 

Soeur Christine Panin

Trésor caché

Le royaume des cieux est comme un trésor caché. Tout le monde ne connaît pas la vérité et ne comprend pas les messages cachés de Jésus. Certains ont des yeux mais ils ne voient pas. Ils ont des oreilles mais ils n’entendent pas. Ils ne voient et n’entendent que ce qu’ils veulent voir et entendre. Dans le premier livre des rois, nous avons entendu comment le Seigneur Dieu a récompensé Salomon pour son désir désintéressé d’être juste devant le peuple en tant que roi. Dieu n’a pas changé! Il continue de bénir ceux qui mènent une vie chrétienne désintéressée, s’efforçant de répondre aux besoins physiques et spirituels des autres. Dans la lettre de Paul aux Romains, nous avons appréhendé comment Dieu savait nous répondre avant la création grâce à son libre arbitre. Il savait à l’avance lesquels d’entre nous vivraient notre foi chrétienne conformément aux enseignements de Jésus, brillant dans l’amour divin afin que nous puissions hériter du Royaume de Dieu. Si nous sommes parmi ses humbles et obéissants serviteurs de Dieu, ceux qu’Il a connus d’avance, alors nous sommes parmi ceux qui ont été appelés à être justifiés. Nous sommes parmi ceux qui seront glorifiés en Jésus-Christ. Par la grâce de Dieu, par la puissance du Saint-Esprit, notre foi en Jésus-Christ et le sacrement du baptême, nous avons reçu un cœur et un esprit nouveaux, libres de tous les péchés passés que nous avions commis, y compris toutes les traces du péché originel. Et pour aider notre nouveau cœur et notre nouvel esprit, nous sommes nés de nouveau de l’Esprit, [Jn. 3: 5] car ayant reçu le séjour de l’Esprit Saint pour nous guider sur le chemin chrétien. Cette nouvelle création en nous est notre seule assurance de l’espérance bénie de la vie éternelle. Mais ce n’est pas la fin du chemin spirituel. Ce n’était que le début de la route, le début de notre nouvelle marche en Christ en tant que nouvelle créature. Maintenant, nous devons vivre notre foi. Nous devons maintenir notre justice aux yeux de Dieu. Un chrétien ne peut avoir une foi vivante que lorsqu’elle coule comme des ruisseaux d’eau, lorsqu’elle brille comme une lumière. En tant que nouvelle création, enfant de Dieu, nous devons aimer Dieu par-dessus tout. Nous devons aimer notre prochain comme nous nous aimons. Et nous devons recevoir les sacrements de la Sainte Église catholique de façon continue. Par le sacrement de la réconciliation, après avoir reçu le sacrement du baptême, nous sommes sanctifiés par l’Esprit pour être obéissants à Jésus-Christ et pour être aspergés de son sang [1 Pierre. 1: 2] afin que notre justice soit maintenue devant Dieu. Mais même tout cela ne suffit pas. Nous devons encore recevoir le sacrement de la Sainte Eucharistie car le Christ a dit que le pain, la Sainte Eucharistie, est son corps. Il est le pain vivant, il est Tout à tous. Suite à la crise sanitaire, plusieurs personnes ont vécue différemment leur relation au sacrement du Royaume. Sachons donc faire le tri de tout ce que nous possédons, faire le classement de ce que nous pensons être des valeurs car le Royaume de Dieu est ouvert et donner à tous sans exception. Nous sommes libre de désiré ce Royaume ou pas car Dieu n’oblige personne à y entré.

Sœur Patricia YAMEOGO

Construire la vie qui est au cœur du Royaume de Dieu

Mt 13, 24 – 43

Cette épisode des 3 paraboles : l´ivraie, le grain de sénevé et le levain s´inscrit dans l’ensemble des sept paraboles sur le Royaume. Jésus assit dans une barque au bord de la mer. Lui, il réchauffe les cœurs des foules dans un partage à l’aise et dynamique, plein de vie.

Jésus leur demande de bien remarquer une scène qu´ils ont l´habitude de contempler tous les ans dans les champs de Galilée. Tandis que les gens présents sur les chemins sans rien voir de spécial, quelque chose se produit sous terre : les grains semés se transforment peu à peu en une belle récolte mais pas sans contrainte : à côté du bon grain grandi aussi l´ivraie. Ainsi que pour le pain préparé le matin par une femme, quelque chose se fait en secret et bientôt la pâte va lever. Il en va de même pour le Royaume de Dieu : Sa force bénéfique agit-elle maintenant en silence à l´intérieur de notre vie et transforme-t-elle tout mystérieusement. Est-ce là le secret ultime de la vie ? Nous vivons distraitement le monde des apparences et des expériences incompréhensibles se produisent au cœur de l´existence.

La force de Dieu sera-t-elle dissimulée dans la vie ? Comme la levure qui agit secrètement Dieu arrive-t-il aussi de façon imperceptible, mais avec une force puissante pour tout transformer ? Il y a plus surprenant dans cette parabole et cela a pu en scandaliser certains : le levain était considéré comme symbole et métaphore de la force du mal qui peut tout corrompre : Le pain azyme par contre symbolise la pureté et sainteté, on le mangeait pour la Pâque. Jésus interpelle par cette métaphore déconcertante et provocante. Comment peut-il comparer le royaume à une portion de levain ? Dieu interviendra-t-il en inversant les schémas traditionnels de pureté ?

Le grain germe et croit, poussé par une force mystérieuse qui lui échappe. Il s´agit d´un Dieu qui intervient par de toutes petites choses.

Le sens n´a pas besoin d’être expliqué dans une parabole aussi claire. Nous devons faire renaitre dans notre entourage le ressenti que Jésus a voulu nous transmettre. Cela n´exclue pas la possibilité de s´interroger ultérieurement sur les différentes résonances que peut générer la parabole. C´est à nous le dernier mot dans chaque situation de se risquer à croire que son action salvatrice se manifeste dans l´humilité des interventions de Dieu.

Ce qui compte c´est de construire la vie qui est au cœur du Royaume de Dieu. Il y a beaucoup de chemins mais on a besoin de se réveiller, de croire et de faire autrement. La vie s´écoule il faut des cœurs ouverts,  libérés, des changements de schémas qui nous amènent à la transformation.

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Sr. Ruth Esperanza TORRES C.