Laisser Jésus nous sauver

Mosaïque du père Marko-Yvan Rupnick
Basilique ND du Rosaire – sanctuaire de Lourdes

 

La semaine dernière nous fêtions l’Epiphanie, la manifestation de Dieu comme petit enfant faible et roi universel.

Cette semaine, la fête du baptême du Seigneur complète celle de l’Epiphanie en manifestant cette fois-ci la divinité de Jésus et non plus son humanité. Théophanie, « manifestation, révélation de Dieu » ; c’est bien cela qu’il s’agit de célébrer aujourd’hui. Il nous faut adorer Dieu fait homme dans sa divinité qui se révèle à nos yeux.

Alors que sur les rives du Jourdain Jésus demande à Jean de le baptiser dans le fleuve, celui-ci ne manque pas de lui répondre, stupéfait de sa demande : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! ».

Pourquoi Jésus se ferait-il baptiser par Jean ? Ce baptême est une démarche de conversion, une façon de préparer son cœur à la venue du Messie.

Pourquoi Jésus, le Messie, l’agneau sans tâche, agirait-il ainsi ? N’est-ce pas plutôt moi, Seigneur, qui dois me retourner vers toi, faire le premier pas, t’ouvrir mon cœur ? N’est-ce pas à moi d’apprendre à aimer ?

Telle est la grande œuvre de Jésus : accomplir toute justice en prenant notre place, en prenant sur lui nos péchés, et, ainsi, nous faire entrer dans la vie même de Dieu. Jésus prend sa place dans la file des pécheurs, décidés à changer de mentalité et à produire des fruits de conversion, et qui demandent pour cela d’être immergés dans le Jourdain par le Baptiste.

Scandale : celui que Jean avait annoncé et qu’il venait de définir comme « plus grand que moi » lui demande le baptême ! OUI, répond Jésus, c’est ainsi « qu’il convient que nous accomplissions toute justice. »

La justice de Dieu est cette cohérence particulière par laquelle Dieu réalise sa miséricorde envers nous, hommes pécheurs, pour manifester son dessein universel de Salut, et Jésus en est le médiateur. C’est là une étonnante et  surprenante œuvre d’amour, fruit d’un cœur libre, aimant, obéissant.

Ce « petit » baptême d’eau, que Jean-Baptiste accepte de donner, annonce déjà le grand baptême de la Passion, de la mort et de la Résurrection du Christ. Celui-là même dans lequel nous sommes plongés au jour de notre propre baptême.

Comme Jean, laissons-le nous sauver. Laissons-nous aimer par Lui en nous ouvrant à Lui. Telle est notre part. Nous entrerons alors un peu plus avant dans la vie de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.

Le baptême du Christ nous rappelle, à nous aussi, que par notre baptême, par la grâce de son Esprit, Dieu continue de nous murmurer jour après jour : « Tu es mon fils ».

 

Sœur Claudine Perquin op  

 

Nous avons vu son étoile

Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur. (Mt 2, 1-12)

Nous voici le jour de l’Epiphanie, fête qui signifie : « Révélation » ou « manifestation », c’est à dire « Dieu se laisse voir », Dieu se montre à l’homme dans la personne de Jésus. L’Epiphanie, dans un sens profond, est l’annonce du salut pour tous les hommes. Cette fête a pris importance dans l’Eglise dès le XIIe siècle, et l’Evangéliste saint Matthieu, est l’unique à rapporter la visite des mages venus d’orient, pour adorer l’enfant.

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode…

Hérode semble être né pour régner et dominer. L’historien juif Flavius Joseph, le décrit comme un homme intelligent et passionné, tyran, comme quelqu’un qui vivait seulement pour ses intérêts, n’hésitant pas à se défendre au prix du sang. Hérode toujours a cherché à préserver son prestige, sa sécurité, et son pouvoir. Voilà l’homme qui a reçu l’annonce par les mages, de la naissance du « Roi des juifs ». Matthieu met en scène la royauté terrestre avec Hérode et la royauté divine, avec Jésus, le roi promis par Dieu. Le Roi des juifs n’était qu’un petit enfant humble et impuissant. Jésus est le Roi qui est venu non pour être servi, mais pour servir (Mt 20, 28). Matthieu utilisera à nouveau cette expression « Roi de juifs » pour sa crucifixion. Jésus : Roi de sa naissance à sa mort.

Or, voici que des mages venus d’Orient…

Qui sont ces mages ? D’abord, les mages n’étaient pas du peuple élu. Leur pays d’origine demeure imprécis, saint Matthieu les dit « venus d’Orient ».  Certains pensent qu’ils sont rois, trois rois : Melchior, Gaspar et Balthazar. Mais les évangélistes ne disent rien de ça.  Sûrement le chiffre trois est dû aux trois présents qui ont été apportés.  Les noms Melchior, Gaspar et Balthazar, n’apparaissent qu’au VIIe siècle.

Le moine anglais Bède, dans « Exposition  in Matthaei Evangelium », indique l’origine de ces trois mages. Les mages représenteraient les trois continents : L’Asie, l’Afrique et l’Europe, c’est-à-dire le genre humain. Ils sont trois comme les fils de Noé : Sem, Cham et Japhet. C’est à partir de ces trois fils que toute la terre fût peuplée. (Gn. 9,18-19).

Quelle que soit l’origine, les noms, le nombre, ce qui est important, c’est que Dieu rencontre l’homme, il se manifeste à tout homme, sans tenir compte de son origine et sa condition ; et c’est à l’homme de savoir écouter et comprendre les signes par lesquels Dieu se manifeste. Les mages ont vu dans l’étoile une manifestation, ils se sont mis en route, et sans le savoir, sont allés annoncer à Hérode la  Bonne Nouvelle de la naissance du Roi des juifs.

Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie.

Le prophète Isaïe, l’avait annoncé « Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière » (Is.9.2). Il évoque ainsi la lumière que Dieu apporte et qu’il est lui-même. La lumière de Dieu ne peut que produire de la joie dans le cœur de chaque homme, la lumière ne peut que conduire à la vérité, à la vraie clarté.

Tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui…Ils ouvrirent leurs coffres et lui offrirent de l’or, de l’encens, et de la myrrhe.

Pas de paroles des mages, au moment de la rencontre de Jésus, « le Roi de juifs », seulement des gestes : « Tombant à ses pieds » avec ce gestes des mages, ils reconnaissent avec humilité la grandeur de Dieu. Les visiteurs portent des présents, qu’ils avaient pris pour le petit roi : de l’or, de l’encens, et la myrrhe. L’or, métal précieux par excellence, synonyme de beauté, de richesse et de gloire : En Jésus, il honore le roi. L’encens, qui dégage une fumée odorante qui s’élève et se répand par tout, est synonyme de prière et adoration : Il manifeste la divinité de Jésus. La myrrhe, parfum précieux, utilisé pour les noces et des ensevelissements : ainsi ce parfum évoquait-il l’humanité de Jésus destinée à la mort et sa sépulture.

Dieu veut nous sauver de la tyrannie de ce monde, pour cela il se manifeste à l’homme de tous les temps,  et nous sommes invitées à méditer sur les desseins de Dieu, pour l’humanité. Et pour nous sauver, il envoie son unique Fils.

 

Sr Maria Esperanza OLARTE-MATEUS.OP  

 

Le quatrième roi mage

En guise de voeux pour cette fin d’année et pour ouvrir l’année nouvelle, une de nos soeurs nous raconte l’histoire du quatrième roi mage.

Copyright de l’image © La marchande de sable

 

L’histoire ne le dit pas, mais il y eut un quatrième Roi mage qui venait d’un pays très lointain dans le nord. Il s’appelait Artaban.

Quand il fut averti par un ange de la naissance du Messie, il vendit tous ses biens pour acheter les trois plus gros diamants du monde et partit pour aller les offrir au Roi des rois. Il suivit une étoile très brillante qui indiquait où se trouvait le nouveau-né.

Or, après des mois de route, il arriva dans un village qui semblait abandonné. Alors qu’il marchait dans les rues, une femme se jeta à ses pieds le priant de lui venir en aide. Elle lui expliqua que le village avait été pillé par des barbares et qu’il ne restait plus rien à manger. Tous les habitants mouraient de faim.

Artaban fut touché par la misère qui s’abattait sur les villageois. Il prit un de ses diamants et l’offrit au chef du village pour qu’il puisse acheter de la nourriture pour tout le monde. Tous ceux qui vivaient là le remercièrent de sa grande générosité.

Artaban reprit son chemin, heureux d’avoir pu aider ces pauvres gens.

Il traversa plusieurs pays toujours en suivant l’étoile.

À l’entrée d’une grande ville, il fit un jeune homme qui vendait du jus. Artaban descendit de son cheval pour acheter de quoi boire. Il apprit que l’adolescent avait une maladie mortelle et qu’il tentait de réunir l’argent nécessaire pour se procurer le médicament qui pourrait le guérir. Artaban eut le cœur brisé par cette histoire et offrit un des deux diamants qui lui restaient au jeune homme. Ce dernier se jeta dans ses bras et lui dit mille mercis.

Contant d’avoir pu aider le garçon, Artaban poursuivit son voyage.

Quand il arriva à l’endroit qu’indiquait l’étoile, il trouva la crèche vide. Son voyage avait été très long et Joseph, Marie et Jésus avaient déjà quitté leur abri de fortune.

Le Roi mage partit donc à la recherche de Jésus pour lui offrir le diamant qui lui restait. Il parcourut la Palestine de long en large pendant trente-trois ans sans jamais le trouver.

Vieux et fatigué, il décida, de retourner à Jérusalem pour s’y installer. À son arrivée, il fut surpris de la foule qui se trouvait là. Il y avait tant de gens qu’il ne pouvait avancer à cheval. Il descendit de sa monture pour aller voir ce qui se passait. Dès qu’il mit le pied par terre, une jeune fille se rua sur lui en criant : « Sauvez-moi, sauvez-moi. » Surpris, il vit que la fillette portait des chaînes aux pieds. C’était une esclave. Elle continuait à crier : « Je veux être libre.» Deux hommes s’approchèrent et empoignèrent la jeune fille. C’étaient des marchands d’esclaves qui allaient la vendre au marché. Une telle injustice troubla Artaban qui offrit son dernier diamant aux deux hommes pour qu’ils libèrent l’enfant. Ce qu’ils firent, heureux d’avoir réalisé un si bon profit dans cette affaire.

Satisfait d’avoir libéré la jeune fille, Artaban était triste de n’avoir jamais pu offrir les diamants à Jésus.

Alors qu’il était perdu dans ses pensées, Artaban fut emporté par la foule. « Que se passe-t-il? », cria-t-il. Un homme qui se trouvait là lui répondit qu’il y avait un prisonnier que l’on menait pour être crucifié. C’est à ce moment qu’il vit l’Enfant qu’il avait cherché durant toutes ces années. Voilà ce que les hommes avaient fait de lui.

Le Roi mage ouvrit son sac, mais il n’avait plus rien à offrir en échange de la vie du Fils de l’Homme. Il avait tout donné en route. Alors sur le visage indescriptible de Jésus, il vit ses trois diamants qui brillaient de mille feux. Il entendit une voix qui lui disait : « Va en paix, ton cadeau, je l’ai bien reçu! »

Artaban comprit que tout ce qu’il avait fait pour les hommes au long du chemin, c’était à Dieu qu’il l’avait fait.

Il reprit sa route, cette fois-ci, en suivant l’étoile qui brillait au fond de son cœur, et continua à offrir son aide à tous ceux qu’il croisait sur son chemin. On raconte même qu’il apporte des cadeaux aux enfants le jour de l’Épiphanie.

On peut trouver cette histoire racontée en français ici.  

La sainte famille

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». Le Verbe s’est fait chair dans la fragilité d’un tout petit enfant et c’est à cette même fragile humanité divine que les bergers viennent rendre hommage. Mais très rapidement, le texte d’évangile de ce jour nous invite à revenir à la dure réalité de la vie… partir en Égypte pour fuir la puissance d’Hérode. Ainsi, dès le début de son évangile, l’évangéliste inscrit la vie de ce Dieu fait homme dans l’histoire de son Peuple. Lui aussi doit faire face à la persécution d’Hérode, il doit fuir.

L’Évangéliste Mathieu nous dévoile une famille fuyant la violence, la domination des puissants, la mort. Tel fut le message de l’ange du Seigneur : « fuir en Égypte ».  Et c’est en terre d’Égypte que Joseph, Marie avec leur bébé seront accueillis – ce qui ne fut pas le cas dans leur propre pays au moment de la naissance de Jésus – Terre d’Égypte qui sut également accueillir auparavant, dans les moments difficiles Abraham, Joseph, Jacob…. Cette fuite représente tant et tant de fuites d’hommes et de femmes de notre monde d’aujourd’hui, cherchant une terre d’accueil par peur, inquiétude, tristesse, souffrance et douleur mais aussi d’espérance, de volonté de vivre, de trouver un monde meilleur… un monde de paix. Joseph, comme bon père de famille, ne recherche que le meilleur pour son fils et sa femme Marie. Il doit prendre soin d’eux, les protéger. Pour cette raison, il part la nuit même vers cette terre d’accueil comme lui avait demandé l’ange dans le songe. Il n’y a pas de temps à perdre ! Combien de pères et mères de famille en zone de violence préfèrent fuir leur pays afin de protéger ceux et celles qui leur sont chers !  Bien souvent, tout comme Joseph, Marie et Jésus, ils doivent partir dans la hâte en laissant tout derrière eux, remettant leur vie dans la main de Dieu pour qu’Il les protège. Le voyage est dangereux, dur, incertain.

Et c’est dans ce contexte de dureté, d’incertitude, de longue route et d’exil que se réalise la prophétie « D’Égypte, j’ai appelé mon fils ».

Puis après la mort d’Hérode, l’ange du Seigneur, de nouveau dans un songe donne un message à Joseph commençant lui aussi par « Lève-toi, prend l’enfant et sa mère et pars pour le pays (non plus d’Égypte mais) d’Israël. »

Retour d’exil, retour au pays qui connaitra un détour par Nazareth afin que s’accomplisse ce que dirent les prophètes : « Il sera appelé Nazaréen ».

Que notre Seigneur Dieu accompagne et protège tous les hommes, les femmes et les enfants en situation de migration, d’exil, loin de leur pays. Que notre monde recherche ensemble la justice et la paix pour chaque être afin que tous puissent vivre dans la dignité et une humanité plus fraternelle.  Ainsi adviendra le Royaume de Dieu.

Soeur Pascale Moisy op

Noël ou l’exil du ciel pour la terre

 

Banski « la cicatrice de Bethéem », crèche pour Noël 2019

 

Évangile de l’aurore, Noël 2019

« Les bergers découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né » (Lc 2, 15-20)

 

Dans la Palestine du temps de Jésus les bergers ne sont pas de jeunes garçons en mal de nature et de silence, jouant du pipeau, mais plutôt des hommes rudes, parfois des bandits fuyant la justice en se réfugiant sur les montagnes. Ils faisaient alors l’affaire des grands propriétaires de troupeaux qui avaient ainsi des hommes habitués à vivre à la dure et prêts à se battre pour protéger leurs vies comme les moutons contre les attaques des prédateurs en tous genres.

Ils ne sont pas des enfants de chœur !

Ainsi donc, comme pour Matthieu avec les mages, ce sont des hommes peu recommandables qui sont réquisitionnés par Dieu. C’est par à eux que ce Dieu peu conventionnel vient se manifester.

A cette seule évocation de la place des bergers, nous est annoncé que non seulement les pauvres nous précéderons dans son Royaume, qu’ils sont son visage, mais que c’est par eux qu’il se fait connaître au monde.

En cette nuit sainte, Dieu a quitté le ciel, où ses messagers historiques, si j’ose dire, les anges, sont remontés.

Il a quitté le ciel pour la terre. Les anges pour les bergers. Pour les pieds nus et les bras cassés.

Il a quitté son ciel, symbole de puissance, d’éternité, de distance, pour se laisser rencontrer dans un nouveau-né, à la merci de tous. Il s’est exilé de ce qui semblait le caractériser : gloire, puissance, éternité…

 

Aujourd’hui, tristement plus que jamais dans l’histoire humaine, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes sont en exil en ce monde, à la recherche désespérée d’une terre hospitalière, ne serait-ce qu’une mangeoire. Notre Dieu se tient là, à leurs côtés ; plus même, il se dévoile là. Venons-nous l’adorer ? Le soigner et le protéger ? ou préférons-nous détourner le regard… vers le ciel…

Poursuivons notre questionnement :

En nos maisons ordinaires, nos lieux familiers, en tout ce qui fait notre sécurité, ce Dieu étonnant, qui, comme tout enfant, ne peut parler que par nos mots et nos gestes, comment peut-il se révéler ?

Pour espérer non seulement l’accueillir, mais être de ceux qui sont ses portes-voix, à l’instar des bergers, peut-être alors faut-il nous-mêmes être en exil.

La philosophe et psychanalyste Julia Kristeva, née en Bulgarie derrière le rideau de fer à l’heure de déclenchement de la seconde guerre mondiale, à cette parole saisissante, « vivre, c’est s’exiler et c’est d’abord s’exiler de la mélancolie ».

Voilà peut-être l’invitation de Noël !

Car notre Dieu s’est exilé de son ciel familier – et qui sait, peut-être d’une nostalgie de sa tranquillité – pour entrer sur une terre étrangère, celle des simples vivants qui peinent, agissent, tuent, aiment et meurent. Tel un hommage à la condition humaine, toute cabossée, vagabonde, parfois errante, soit-elle. Une terre qu’il fait sienne.

Vivre ce Noël comme une invitation à quitter les nostalgies d’un autre monde, d’une autre Église, d’une autre famille, d’une autre vie, d’un autre Dieu. L’exil intérieur alors comme le lieu de la découverte du vrai Dieu fait homme.

La grande annonce de Noël, n’est pas de regarder au ciel justement. Mais en bas. Là est Dieu désormais. Habiter le bas, l’humble et magnifique condition humaine. Vivre les « choses d’en bas » pour espérer alors « rechercher les choses d’en haut » (Colossiens 3, 2).

« Et moi en terre d’exil je lui rends grâce » Tobie, 13,8.

 

Véronique Margron op.  

Noël 2019

Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous

(Giotto) 

Tout est accompli. Les moments d’attente, de veille, sont à leur terme. Il est là, le Prince de la Paix, la Lumière qui éclaire tout homme, le Verbe fait chair. Il est né le divin enfant, le Sauveur du monde.  C’est Noël. Dieu parmi son peuple. Quelle joie !

« Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu » nous dit le prophète Isaïe. Pour cela éclatons en cris de joie.

 

En cette fête, saint Jean dans son évangile (Jn1, 1-18) nous invite à découvrir l’origine de ce don merveilleux que Dieu fait à toute l’humanité.

« Au commencement était le Verbe. Et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était  Dieu ». Saint Jean reprend volontairement le premier mot de la Genèse, « au commencement ». Ce mot n’est pas une précision d’ordre chronologique. Ce qui commence ici c’est ce qui commande toute l’histoire humaine, c’est l’origine, le fondement de toutes choses. Tout est mis sous le signe du Verbe qui est la Parole divine, Parole d’Amour, Dialogue. Voilà l’origine, le commencement de toutes choses. Tout a été fait par Lui. La création tout entière est le fruit du dialogue d’amour du Père et du Fils dans l’Esprit Saint. Il importe alors de rentrer dans ce dialogue car nous sommes crées dans ce dialogue et pour ce dialogue.

 

« Le Verbe était la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde ». Il est la véritable  Lumière qui illumine l’esprit de tout homme. Mais « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu ». La question qui se pose est la suivante : qui sont les « siens » dont il s’agit? S’il fallait faire un sondage, beaucoup diront que le terme « siens » fait allusion au peuple d’Israël, ce qui n’est pas faut mais restrictif. Il s’agit en réalité de l’humanité entière. Chacun est donc concerné. Il nous faut résolument nous engager alors à réserver au Verbe incarné l’accueil approprié pour rentrer dans son salut.

 

À l’instar de Jean le Baptiste qui proclame à haute voix le mystère de celui  qui, non seulement est avant lui mais aussi est le commencement absolu, ouvrons nos cœurs et accueillons convenablement et sans réserve le Verbe, la Lumière, le Fils de Dieu afin de devenir véritablement enfants de Dieu car, « à ceux qui l’ont reçu, il leur a donné de devenir enfants de Dieu ». Il s’agit bien d’un don que Dieu nous fait en toute gratuité. Accueillir la Parole qui est source de vie, donne aux hommes une capacité. Cette capacité dispose l’homme à accéder à la dignité d’enfant de Dieu. Saint Jean dans sa première lettre nous le rappelle avec vigueur: « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes » 1Jn 3,1

 

« Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu ». Ce qui est mis en valeur ici c’est le rapport entre la grâce et la liberté. En effet, devenir enfant de Dieu n’est pas le fruit du seul effort de l’homme. Accueillir la Parole, le Verbe, la Lumière qui éclaire tout homme, le Chemin qui conduit à Dieu, par la foi est une adhésion libre, personnelle de l’homme et de l’action de Dieu. C’est Dieu qui prend l’initiative de nous faire participer à la plénitude de la vie certes, mais encore faut-il que nous accueillons convenablement ce don, cette grâce. Que la grâce de l’Esprit inspire et éclaire ma liberté pour que je puisse faire naître en mon cœur le désir de la lumière et l’accueil de sa Parole.

 

« Et le Verbe s’est fait chair  et il a habité parmi nous ». Celui qui existait de toute éternité est entré dans le temps et dans l’histoire humaine.  L’incarnation du Verbe marque une nouveauté dans la manière dont Dieu communique avec les hommes. Cette Parole devient une personne. Par l’incarnation, Dieu, le Tout-Autre nous fait comprendre qu’il n’est pas un être enfermé dans sa transcendance souveraine. Il est le Dieu de l’Alliance qui communique par sa Parole. Le fait que cette Parole devienne un homme qui parle le langage des hommes révèle parfaitement l’identité de Dieu et son dessein d’amour pour les hommes. Nous sommes invités à avoir la foi en ce Verbe qui s’est fait chair et à Lui vouer une parfaite adhésion.

 

À travers ce prologue saint Jean nous fait savoir que la gloire du Fils unique s’est manifestée. Il nous montre aussi l’attitude des hommes face au don de Dieu : l’accueil ou le refus. Refuser la Parole-Lumière c’est renoncer au don de vie qui vient de cette Parole et par conséquent retomber dans les ténèbres. La Parole incarnée, Jésus, nous révélera le mystère du Père. Nous sommes invités à contempler la vie divine effective en Jésus, vrai Dieu et vrai homme.

 

Sr Pascaline Bilgo

Dieu avec nous

 

Les textes liturgiques de ce quatrième dimanche de l’Avent, font mention d’un engendrement. Qui dit engendrement, dit transmission de la vie. Ce qui nous paraît logique à quelques jours de noël !

Le prophète Isaïe (7,10-16) dans la première lecture annonce la naissance du Fils de Dieu qui sera avec nous. Cette naissance s’établit dans la concrétisation de l’Alliance entre Dieu et son Peuple : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à- dire : Dieu-avec-nous). »

Quant à Saint Paul, il parle autrement de l’engendrement. Il souligne dans un premier temps l’insertion de Jésus dans la descendance de David :  » il est né de la race de David. » Puis, montre que Jésus est aussi notre Seigneur établi dans la puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts. Ainsi, un lien se fait voir entre nativité et résurrection, entre humanité et divinité de Jésus. Finalement, c’est à la lumière de la résurrection que les événements concernant Jésus ont été compris. Plus, disons que « l’obéissance à la foi », permet aussi de donner une réponse à cette bonne nouvelle qui nous est annoncée. La foi, elle-aussi, engendre car elle est obéissance d’une volonté qui s’engage en même temps que d’une intelligence qui accueille le message (Bonne Nouvelle)

Mathieu (1,18-24) dans son évangile nous présente deux figures emblématiques du mystère de l’Incarnation : Joseph et Marie.

Deux époux qui s’aimaient et étaient sur le point de mener une vie commune. Voilà que Marie se retrouve enceinte avant qu’ils aient habité ensemble. Quel coup dur pour Joseph !

L’ange intervient pour rassurer Joseph. Il n’a pas à craindre. Le Seigneur par la médiation de l’ange se révèle à Joseph et lui donne l’autorisation de prendre son épouse avec lui. Son inquiétude est donc levée. Dans le silence et la confiance, Joseph accepte de collaborer au projet de Dieu pour nous, en prenant Marie chez lui.

Sommes-nous capables de nous sacrifier pour les autres ? De les protéger ? Ne sommes-nous pas tentés de les dénoncer publiquement par nos calomnies afin de ternir leur réputation ? Quelle est la qualité et la profondeur de notre amour pour nos proches ?

Marie de son côté a accepté de porter cette grossesse et d’enfanter Jésus malgré tout ce qui aurait pu lui arriver. L’obéissance de Marie est un signe de sa foi en Dieu. Et nous, cherchons-nous à connaître la volonté de DIEU sur nous ? Sommes-nous prêts à faire ce que DIEU nous demande, même si c’est difficile ou que nous ne le comprenons pas ?

Saint Matthieu en expliquant le nom de Jésus : « le Seigneur sauve » et on l’appellera Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous » nous montre le pilier de notre Foi : DIEU nous aime. Pour cela, il a envoyé son Fils, pour nous sauver du péché, mais aussi de tout mal.  Il sauve le monde entier : hommes, femmes, enfants, jeunes, personnes âgées, animaux, plantes… IL est avec nous dans toute notre vie, dans nos problèmes et dans nos difficultés, aussi bien que dans nos joies.

Que l’exemple de Joseph et Marie nous stimule dans nos rencontres de tous les jours et que l’Enfant Jésus qui naîtra dans quelques jours augmente en nous l’Espérance de vivre et d’aimer !

Sœur Catherine Zongo op